26 juillet 2007

De l'écriture...

J’aimerais aborder ici deux versants de l’Ecriture, ceux qui me sont proches, dans la pratique. J’éviterai donc, la Littérature, la Poésie, et même mon écriture à la main. J’ouvre un instant une parenthèse sur ce sujet de l’écriture à la main, certains ont peur qu’elle disparaisse au profit de la frappe sur le clavier, que la main humaine se transforme à terme en une simple palme munit d’un seul doigt, le pouce, celui dont on a besoin pour cliquer sur une souris ou un joy stick. Ils ont raison mais pourquoi pas ? Je suis un pur produit de cette décadence. J’ai peine à écrire manuscritement quelques lignes, comme si ce n’était déjà pas assez illisible auparavant, j’éprouve maintenant bien des difficultés à former certaines lettres. Jadis, à l’Université, nous étions habitué à écrire plusieurs heures par jour, Par session de cours de deux heures, la main droite ne souffrait aucun repos durant une heure avant la pause, jusqu’à être parfois douloureuse. Mais quelle belle douleur, souvent guidée par l’intérêt des paroles du professeur, si riche, que le cerveau voulant tout consigner sur le papier, ordonnait à la main de ne pas s’arrêter. Je ne dis pas qu’un cours durant lequel je n’écrivais rien était un cours ennuyeux et vide, parfois des cours passionnants coupaient l’envie d’écrire et donnait plutôt l’envie de regarder le prof dans les yeux et de ne plus bouger, même pas un cil. J’écris à présent beaucoup plus vite sur un clavier d’ordinateur, ma main ayant perdu de sa flexibilité. Par ailleurs, j’apprécie la possibilité qu’offre un logiciel de traitement de texte, de modifier la police d’écritures, de graissé, de mettre en italique, de surligner de toutes les couleurs possibles, de changer l’orientation du texte…Finalement, c’est l’aspect graphique qui m’intéresse, pouvoir tout contempler d’un seul coup d’œil avec l’option aperçu avant impression. Je ne considère plus mon écriture manuscrite que comme un dessin. Au-delà de l’illisibilité, les vagues, jambes, pics, qui se dessinent à travers mon écriture, l’orientation de cette dernière, systématiquement vers le haut de gauche à droite, même lorsque j’écris sur du papier à carreau, me réjouissent. C’est tout simplement unique et original, une petite œuvre d’art. Écrire sur Word uniformise l’écriture, et cela convient parfaitement à l’écriture traitée pour le travail, destinée à être communiqué. Grâce à cela, on peut tout de suite voir de quoi cela aura l’air pour le destinataire.

Voici les deux points que je voulais aborder sur le sujet de l’Ecriture : le journalisme, et le Blog Paris-Le Caire.
Je tombe cette nuit même, vers les 5h du matin, alors que la chaleur intense et humide qui règne sur Le Caire m’empêche de dormir et que j’ai eu ma dose de bruit de climatisation pour aujourd’hui, sur une intéressante interview retransmise sur TV5 Monde d’un grand journaliste, si grand que je ne connais pas son nom, ce Monsieur a écrit dans l’Express, dans le Monde, dans le Nouvel Observateur, ami d’Albert Camus entre autres.
Le journaliste qui l’interviewe sur sa carrière lui propose en guise de définition du journaliste, l’expression suivante : Historien du moment. Le grand journaliste acquiesce et soumet celle d’ouvrier de l’éphémère. Si l’historien, face à un événement contemporain, recherchera automatiquement les sources du passé, le journaliste, lui, se doit de mettre en valeur l’aspect inédit de l’événement. Les deux réunis, donnent sans doute un bon journaliste. Cela me renvoi donc à ma modeste expérience. Tantôt, j’ai l’inédit sous la main, servit sur un plateau, et mon premier réflexe est alors de rechercher de quoi construire un historique un socle à l’événement dont je veux faire un article. D’autre fois, j’ai un thème en tête, mais je ne parviens pas à le mettre à jour. Souvent, un des manques me conduit à ne pas écrire l’article, et je ne me lance avec conviction que lorsque j’ai les deux aspects réunis. Tout cela pour dire qu’avoir les idées pour un article est facile, mais que de trouver la pertinence est hautement plus difficile, et que les journalistes eux aussi peuvent être victimes du syndrome de la page blanche typique chez les romanciers.

Autre sujet, le Blog Paris-Le Caire. Ce Blog fêtera bientôt ses deux ans. Deux années que je ne me lasse aucunement de cette conversation originale que j’entretiens avec Loïc, si ce n’est un regret, celui de ne plus avoir Selma (Doha et De retour à Paris, voir archives) avec nous.
Loïc joue un rôle moteur, indispensable à mon écriture sur le Blog. Il me tend les perches à saisir. Il me renvoi au questionnement d’une « vie parisienne » sur la vie « exotique » que je vis dans le Moyen-Orient. Il me pose les questions que j’oublie de me poser étant partiellement déconnectée de la vie en France et de la vision qu’on les français du monde arabe. Il me donne envie aussi d’aborder des sujets qu’il suscite lui-même, des sujets que je n’aborderai plus sans lui, tant la vie cairote me détourne vers d’autres préoccupations. Loïc est la personne qui me relie le plus à la France depuis deux ans, qui me rappelle à l’ordre de thèmes que j’avais mis de côté.
Tout l’intérêt est ici et nous l’avions compris dès le départ, instaurer une discussion entre deux villes radicalement différentes, mais en nous servant de notre base commune qui est notre passion pour le questionnement. Ni moi ni Loïc ne croyons vraiment en la possibilité d’apporter des réponses, mais nous croyons en la légitimité et le pouvoir du questionnement. Poser des questions, c’est faire émerger des problèmes. Faire émerger des problèmes c’est réfléchir structurellement, mieux comprendre le monde, peut-être même tenter de devenir plus tolérant. Si nous assumons nos propos, et affirmons nos opinions, nous n’avons aucune prétention à dire des vérités aussi petites soient-elles. Toute question que nous posons, naïve, ou provocante, a sa raison d’être, et les lecteurs de ce Blog sont toujours les bienvenus à participer au débat que nous lançons. Les lecteurs sont même devenus au fil du temps d’indispensables membres du Blog. Je n’écris pas qu’à Loïc et Loïc n’écrit pas qu’à Moi, nous nous adressons toujours avec arrière-pensée aux commentateurs réguliers ainsi qu’aux lecteurs anonymes, qu’ils soient réguliers ou occasionnels.

Voilà, j’avais envie d’exprimer combien j’aime écrire…

24 février 2007

Conventionnalisme français

Pendant ce temps là à Paris…

J’ai négligé ce blog… mais depuis quelques temps je suis complètement phagocyté par le boulot, avec mon consentement ! J’ai toutefois enrichie mon blog et je serais très heureux que vous y fassiez un tour :

medium_DSCN7419.JPG

 Mais aujourd’hui c’est samedi, MA JOURNEE, celle où je prends un malin plaisir à traîner dans la salle de bain, à bichonner les plantes et les poissons, à jouer avec le chat, à faire un brin de ménage et le linge pour la semaine…

Après un grand café je me connecte, je mets une série de musique en boucle, à fond, et c’est parti pour une journée pour soi, l’hédonisme en acte.

Je suis loin des périples géographiques de Marie, les miens sont à Paris intra muros, « passé le périph point de salut ! » comme j’ai déjà entendu dire, mais c’est surtout que mes activités y sont centralisées.

C’est un problème typiquement français : Paris, et rien ! Cette ville, pas si grande que ça, a aimantée toutes les activités innovantes de France, de telle sorte qu’elle est devenue un passage obligé pour la plupart des ambitions.

Bien sûr les grandes villes de province ont retenues quelques spécificités, elles restent souvent très dynamiques, plus vivantes que Paris d’ailleurs dont les rues sont tristement vides la plupart du temps, tout le monde étant soit affairé au boulot, soit entassé dans le métro, soit cloîtré chez soi !

Malgré ce contexte peu favorable j’ai enfin le sentiment de pouvoir « m’éclater » !

J’ai eu bien du mal à admettre les 25 ans, à avouer que le temps passe, que je ne suis plus systématiquement le plus jeune partout où je vais et que certaines de mes attitudes devaient changer… mais je commence à entrevoir les avantages !

Je me sens totalement affranchi de toute autorité, libre de disposer de mon organisation sans entrave pour parvenir à mes fins ! hé hé ! Mais surtout, je me sens enfin crédible ! Il en aura fallu du temps pour que mes propositions soient prisent au sérieux, pour que mon milieu professionnel ou le milieu universitaire réponde à mes appels du pied ! Du coup ça avance ! Prochaine conférence le 10 mai à la fac de Strasbourg, sur l’imaginaire végétal et l’écologie (pas encore rédigée, j’avoue…) et quelques jours plus tard à la Sorbonne sur l’esthétique objective…

Ce qu’il y a d’ironique dans cette situation, c’est que sous prétexte que j’ai enfin dépassé la barre symbolique des 25 ans, avec la crédibilité d’une thèse et les années d’expériences professionnelles en simultanée, c’est une description qui rassure et on s’imagine qu’une certaine maturité est récemment acquise,  apte à faire de nous une « force de proposition »… et pourtant, les idées et les projets que je défends sont les mêmes ! À la virgule près ! Je n’ai pas l’impression d’avoir changé énormément ces dernières années, certes je suis plus stratégique, et je travaille de plus en plus vite du fait de l’habitude, mais je ne me sentais pas moins capable il y a quelques années.

Il paraît que c’est typique du monde continental, et plus encore de la France, très attaché à des conventions en tout genre. Le monde anglo-saxon est semble t’il plus dynamique, et moins obsédé par les écoles qu’on a pu faire, les diplômes et l’age. Et en Egypte ?

Ce qui me fais le plus rire dans les entreprises françaises, et ça je l’ai vu partout, c’est la confiance et l’importance accordée aux diplômés des « grandes écoles » type HEC, IEP, Essec, X, Mines, Centrale ou Polytechnique. J’en ai côtoyé un certain nombre et j’ai travaillé avec un certain nombre d’entres eux. Certes, avec un diplôme estampillé Sorbonne- CNRS – ENS je m’en sors pas mal, mais je reste un universitaire ! je ne me suis nullement senti dévalorisé ! Au contraire ! La prétention sans nom qu’on leur a inculqué dans ces écoles est généralement injustifiée en regard de leur connaissances et de leur culture générale, et clairement usurpée en matière de réputation à former des jeunes opérationnels ! Ils ont certes des compétences spécifiques tout à fait intéressantes pour une équipe, mais nullement suffisantes ! Une équipe constituée seulement de ce genre de profil me semble très peu novatrice. Heureusement quelques entreprises, ou plutôt quelques responsables, comprennent que le mélange avec les universitaires est générateur de diversité, d’émulation et d’idées… mais on est loin de la généralisation.

Vivement la suite !

24 septembre 2006

En passant

J’ai l’impression que ces derniers temps nous sommes tous les trois pris dans le flot de nos activités et cette période, qui nous a fait dépasser (et manquer) le premier anniversaire du blog Paris-Doha-Le Caire, est une étape charnière dans nos développements professionnels respectifs. Je me suis surtout consacré au « sujets prioritaires » que je développe sur l’esthétique verte, en collaboration avec Olivier Martin Delange, qui n’est autre que « mon » Olivier. Il prépare d’ailleurs actuellement une exposition à Bordeaux et un projet photographique dont je suis le premier fan. (voir Olivier Martin Delange)

 

Il y a des périodes comme celle-ci où je me sens comme possédé par le fantôme de Mirabeau, complètement amok ou tout droit échappé de l’œuvre immortelle de Dante. C’est quand une espèce de boulimie fantastique de tout me prend, comme si je devais mourir dans l’instant et me dépêcher au-delà du possible de tout faire ! Travailler, lire, écrire, manger, boire, fumer… tout en même temps, tout très vite etc… C’est très productif mais rien n’est finalisé en de telles périodes fondatrices qui se prolongent par de longues périodes de correction, d’amélioration et de finalisation. Cet état est généré par le cumul des activités qui me demande de déployer des trésors d’ingéniosité en organisation, mais surtout une énergie parfois introuvable. Le fait de surfer toutes mes journées en plusieurs langues sans distinction me conforte aussi dans cette attitude dantesque et grandiloquente. Entre les activités diurnes dans un bureau et les activités nocturnes sur la thèse, il s’agit de s’informer et d’être productif aussi bien en allemand, qu’en anglais et en français, plus rarement en italien. La thèse en cours n’en tire pas forcément avantage mais je me suis motivé à l’idée de la terminer cette année, la troisième (et dernière ?) année « d’étude » de ma vie… à moins qu’un post-doc intéressant ne permette de prolonger encore ces études sans fin… pour non pas totaliser 8 ans dans les universités françaises, mais 10 !!!! Il pleut sur Paris, par intermittence, mais la fenêtre ouverte laisse le bruit et l’air humide entrée dans l’appartement, m’évitant par là-même de vaporiser les plantes pendant une heure, comme tout les soir de cette chaude semaine passée. La pluie a un effet cathartique puissant et elle m’a suffisamment apaisé pour que je puisse écrire un peu, pour rien, en passant, pour moi-même en quelque sorte.

03 avril 2006

fluctuatio animi

Ces derniers temps je replonge totalement dans l’univers philosophique après quelques périodes d’errance. Ma vie est  bien loin de l’animation et de l’exotisme de mes camarades ! Mesdemoiselles, vos péripéties impressionnent !
Beaucoup plus simplement je cours en tout sens à la recherche d’un avenir pour mes recherches et je me recherche en pleine recherche… non, on ne s’en sort plus !
En clair, la thèse m’a totalement avalé ! Le fait de refréquenter assidûment les séminaires de philosophie de la capitale, malgré la fermeture des universités (mon labo est assez récent, il date des années cinquante et n’est pas dans les locaux de la Sorbonne mais deux rues plus loin).
Vendredi j’intervenais dans une journée pour doctorant sur le thème de l’emploi. Ironiquement, alors que je suis toujours en recherche d’emploi, je faisais un point assez long sur les perspectives en dehors de la recherche pour les doctorants. Je m’étais toujours projeté dans une activité professionnelle hors de la recherche. Et en fait, au vue des autres exposées, j’avoue que continuer la recherche au-delà de la thèse est plus que tentant !
C’est un monde difficile, où les places sont rares et chères, surtout en philosophie, mais c’est tellement passionnant ! Je lorgne un peu sur les autres universités européennes pour trouver des opportunités, rarissimes, mais on ne sait jamais.
Je tisse ma toile en espérant bien y piéger un poste !
Mais tout cela ne m’éloigne guère de mes réseaux bisontins. Ce week end encore ne fut émaillé que d’entrevues chaleureuses avec les membres de ce passé bisontin qui reste d’une actualité criante.
Samedi midi déjeuner avec mon inestimable S. qui avait l’air plus reposé. Je m’étais beaucoup inquiété pour lui après son accident cardiaque de janvier. C’est avec une joie non dissimulé que je l’ai retrouvé, presque pétillant, quelque chose de fringuant, et toujours cette vivacité d’esprit. Il a tendance à forcer les traits de ses positions ou de ses critiques dans nos échanges, pour me pousser à bout ou me faire réagir, mais il reste mon maître incontesté. Professeur qui m’a réellement initié à la philosophie et dont les conseils avisés ont orienté mes huit dernières années, aussi bien en philosophie que pour ma vie en général. Un peu comme un père de substitution je me rappelle avec émotion de ce que mon père lui a dit lorsqu’ils se sont rencontrés à l’occasion de mon Pacs avec Olivier.
Autre figure improbable ce dimanche, soirée chez Marjolaine et Nicolas. Toujours aussi solides et dynamiques, passionnés et acharnés dans leur domaine respectif : la musicologie pour lui et l’architecture pour elle, avec mon plasticien de compagnon et son philosophe on fait une drôle d’équipe !
La suite sera résolument bisontine également. Une vielle amie de Lycée sera dans mon quartier toute la semaine et une autre vielle amie graphiste doit se remontrer imminement.
Finalement il ne se passe rien, et tout à la fois, j’oscille entre les joies quotidiennes et les frustrations liées à mon impatience chronique. Cette ambiance, et cette irrépressible envie d’aller de l’avant, espèce de conatus personnel, n’est pas sans rappeler ce bon vieux Spinoza et son idée de fluctuatio animi….

17 novembre 2005

Loïc et le principe de réalité

Aussi imparable que le rasoir d’Occam, aussi désenchanteur et froid que ce principe de base, le principe de réalité se manifeste lorsque vous vous rendez à l’évidence… ou plutôt que l’évidence vous tombe dessus avec la masse et la force d’un coffre fort de troisième catégorie tombant du cinquante-sixième étage. C’est le moment précis où on se dit : « Merde ! ».
Vous savez bien, c’est le moment où on arrête de rêver, celui où on fait le deuil de ses illusions et qu’on se soumet aux dures lois du quotidien…
Le coffre-fort m’est tombé dessus aujourd’hui.
Ivre de bonheur à l’idée de quitter mon poste actuel voilà qu’on me propose un « entretient de fin de contrat » chose qu’ILS ne m’ont jamais fait subir malgré les trois ou cinq (je sais plus) contrats que j’ai rempli chez eux.
Patatra ! Voilà qu’ILS me font une proposition tentante… voire même honnête (enfin autant que cela puisse l’être dans une des entreprise tête de pont du libéralisme radical).
Du coup je passe plusieurs jours à résister, à me dire : « Non ! Je ne peux pas accepter ! Non ! Je ne dois pas accepter ». J’ai invoqué le nom de ce pauvre Alain qui n’a rien à voir dans l’histoire avec son « Penser c’est dire non ! » J’ai même songé à la Résistance, à Sartre aussi.  Je suis allé jusqu’aux Saintes Ecritures, aux principes moraux les plus fondamentaux et que sais-je encore.
Seulement ben voilà… la différence entre cette proposition et son refus est l’incarnation numérique du principe de réalité. Bien meilleure que toutes les propositions précédentes, même si l’emploi en question n’est pas intéressant et le salaire pas si convainquant que cela, et bien ça fait toujours le double de ce que je toucherai si, comme le pire le prévoit, je restai au chômage.
Donc, je crois bien que je vais aller vendre mon âme au diable en signant ce contrat de CDI (tout en sachant que je fuirai à la moindre petite occasion, cela va de soi !)
Demain dès l’aube… J’irai m’engager volontaire la mort dans l’âme, la honte sur le dos, et le profil bien bas…
Le coffre fort de troisième catégorie faisant approximativement 500 kg, s’il tombe du cinquante-sixième étage… selon la bonne vielle formule de la chute des corps de Galilée… un truc du genre T= 9.6225.10-14√D3… …alors je me suis pris une bonne trentaine de tonnes au cm2….
De quoi écraser irrémédiablement le champ des possibles… subitement disparu de mon horizon toute empli de la vue de ce coffre fort ! Alors c’est peut-être le meilleur des mondes possibles de notre cher Leibniz, mais il n’en demeure pas moins qu’il nous faut alors faire le deuil de tous ces autres possibles… et ça, ça m’est encore difficile.
Il y a quelques jours à peine, on m’a dit « il est temps de devenir adulte !» Je retarde sciemment ce moment qui sonne comme le glas à mes oreilles pour garder l’innovation, le dynamisme et la vivacité plus adolescente certes, mais tellement plus vivante que j’ai jusqu’ici conservé.
Alors soit, je recommencerai à rêver demain que j’obtiens, le beurre, l’argent du beurre, la crèmerie et le crémier par la même occasion, (ce qui es théoriquement possible en commençant par le crémier), mais pour aujourd’hui je crois bien que je me suis résigné… et puis j’ai déjà épousé le crémier en fait…

31 octobre 2005

Loïc, des hommes-mémoires

Week-end exceptionnellement long à travailler sur la thèse et à échanger avec Olivier. Un week-end semblable aux autres en somme, mais incomparablement plus agréable que bien d’autres qui par le passé m’ont vu errer dans la nuit… ou pire… Nous en avons profité pour voir une expo au domaine National de Saint Cloud de sculpture de souches d’arbres tombés en 1999. Nous réussissons à concilier nos centres d’intérêt souvent de façon inattendue et spontanée. Cette fois encore, ma thèse aura pu s’enrichir de quelques exemples et de réflexions contemporaines supplémentaires.
La vie parisienne est bien différente des autres villes que j’ai pu « habiter » (je pense toujours à Heidegger avec ce verbe), qu’il s’agisse d’Altkirch, Arras, Rastadt, Pforzheim, Baden-Baden, Rome, Lausanne, Besançon ou Bordeaux. Le seul lien entre toutes ces années, tel un fil d’Ariane tendu vers l’avenir, c’est cette incomblable mémoire qui ne cesse de tout avaler comme un gouffre sans fond.

 

Je me souviens parfaitement de notre prof de philo en terminale, qui malgré son originalité et son laxisme n’a pas manqué de fortement nous influencer. Elle ne nous a pas enseigné la philosophie, elle nous a donné le goût de la philosophie, c’est bien plus profond ! Certes moins efficace d’un point de vue scolaire, mais tellement supérieur d’un point de vue humain. Et je me souviens d’une matinée dans cette salle Jankélévitch où un poisson rouge trônait en haut d’une armoire sans que je n’aie jamais su ce que ce bocal faisait là. Ce jour là, dans la lumière dorée d’un vendredi matin de mai, nous évoquions la possibilité de continuer un cursus de philo. Elle a eu cette phrase que j’ai trouvée d’un pompeux sans nom, mais qui ne manque pas de me faire rêver. Elle disait alors que s’engager dans cette voie (« entrer en philosophie », comme j’ai entendu par la suite de façon encore plus pompeuse et désuète) permettait de continuer à faire vivre cette discipline, de porter la particularité de la philosophie qui n’est pas une matière comme les autres. Je ne vais pas vous retranscrire le court classique sur le bon mot de Kant « on n’apprend pas la philosophie, on apprend seulement à philosopher ». Mais surtout, elle en a donné un titre ce matin là, presque une responsabilité. Elle a dit que nous serions alors « des gardiens de la mémoire ». Tu sais bien qu’avec mon esprit fantasque, ce genre de phrase ne tombe pas au fond de la mémoire sans être immédiatement liée à tout un imaginaire.

 

Aujourd’hui, c’est un peu ainsi que je me sens : une mémoire ambulante. Il y a encore des trous innombrables dans tous les sens quant à l’ensemble de l’histoire de l’univers. Il y a des trous qui ne seront jamais comblés, par manque de temps, ou par manque de théories existantes. Mais à force de lecture, de mémoire et de curiosité, j’ai pu me faire des grandes représentations générales et des schèmes qui permettent de penser le monde et de se retrouver dans l’océan des productions culturelles. Un autre de ces bons mots anciens : « le philosophe est un généraliste de la pensée ».

 

Seulement, ce don jubilatoire ne serait-il pas plutôt une malédiction ?
Après tout, être des généralistes de la pensée, de ses méthodes et de ses produits, ne nous sert pas à grand-chose dans notre société de marché. Cela ne se vend pas. De là à finir dans un tonneau sur les hauteurs d’Athènes si je n’exerçais pas des activité professionnelles sans aucun rapport avec mon cursus il n’y a qu’un pas. Preuve que je n’aurai pas le cran d’envoyer paître le premier empereur qui passerait par là ! Mais je lui en toucherai deux mots quand même !
Je crois que la philosophie, en France peut être plus qu’ailleurs, souffre de son isolement conservateur. Je pense sincèrement que nous pourrions apporter beaucoup, dans des disciplines spécialisées (l’environnement pour ma part). Seulement les institutions et les entreprises ne le croient pas…
Alors c’était donc vrai,  Catherine Clément (je sais, elle n’est pas en odeur de sainteté dans le milieu institutionnel puisqu’elle fait de la « vulgarisation ») affirmait dans La Putain du Diable, que la philosophie en particulier et le savoir en général était l’apanage du mal, Vara, la petite chouette d’Athéna qui sait tout, le fruit de la connaissance du Bien et du Mal, le savoir, serait alors une malédiction. Est-ce pour cela que nous y prenons autant de plaisir ?
Bien loin de cet univers culturel métaphysique sur lequel je pourrai épiloguer dans un long délire fumeux, la réalité sociale est là ! On doute de notre capacité, en tant que conservateur, en tant qu’homme mémoire, d’être d’une utilité quelconque par ce cursus atypique, pour des activités productives, insérées dans le système économique sans lequel nous ne pouvons pas construire notre petite vie personnelle, et en mouvement constant.

 

Alors voilà, tu es parti au Caire pour réfléchir à ce problème de fond, et de mon côté je m’apprête à une période de chômage à Paris qui me permettra la même réflexion, tout en persévérant dans la rédaction de ma thèse. Nous savions bien, il y a quelques années, lorsque nous avons pris cette voie, que cette réflexion serait difficile, mais franchement, je ne m’attendais pas à un tel décalage entre ce dont je pense être capable et ce qu’en croit mes interlocuteurs éventuels hors philo !

 

Mais ce soir sera heureux, encore, petite fête entre ami pour Samain, si toutefois quelqu’un se souvient que toutes les fêtes chrétiennes sont apposées sur les fêtes païennes qu’elles cherchent à remplacer, mais avec lesquelles elles ont finalement fusionnées. Pour les amateurs je rappelle aussi que cette année Samain tombe en lune noire… attention donc !

27 octobre 2005

Loïc, Réminiscences

 


Marie ! Comme on se retrouve alors ! Tu as été confrontée à des éléments de ma vielle réflexion mystique et mes sempiternelles questions existentielles : Dieu, le temps et la mort, mes trois incompréhensibles… qui m’assaillent l’esprit chaque matin au lever depuis des années (et oui, c’est à ce point !)

 

Période délicate pour moi aussi. Je vois l’échéance des 25 ans approcher à grands pas (dans cinq mois et demi !) et je me sens subitement proche du terrible cap de la classification en « adulte ». Fini les réductions et la tranche des 15-24 ans !
Ce fut une tranche merveilleuse, incroyable de rebondissements et de choix importants, une période difficile parfois, mettre en place sa propre identité, mais maintenant je me sens vraiment libre et en conformité avec mes idées. La vie avec Olivier, mes relations avec mes parents, très fortes malgré les distances géographiques et les différences, mes amis, tout aussi lointains mais importants. Tout cela me convient.
Mais, il y a toujours cet épineux problème que toi aussi tu affrontes encore : la construction d’une vie « sociale » et d’une « carrière ».
On a fait des choix risqués : un cursus universitaire en philosophie ! Bien loin des impératifs de la vie économique. Pourtant je ne pense pas que nous avons eu tort. Cette formation nous offre un grand nombre de qualité monnayables, encore faut il que les employeurs en aient conscience ! Tout ce que nous faisons, nous le faisons avec passion, et de toute manière je suis incapable d’agir autrement.
Alors voilà. Je pourrai accepté un emploi bien rémunéré sur Paris, mais qui ne m’intéresse pas plus que ça. Seulement ce n’est pas la vie que je veux vire, du tout. Le train-train routinier et un emploi qui n’exige pas un fort investissement personnel et de l’innovation ne m’intéresse pas. J’en ai soupé de l’emploi-frigo et j’ai goûté à la créativité… erreur fatale peut-être, mais cela devient une drogue instantanément.
Te rappelles-tu de l’ambiance d’émulation et de vitalité que nous avons expérimenté à Besançon et surtout à Pasteur ? Même ensuite, à la fac de Besançon en philo où on était seulement une vingtaine d’étudiants chouchoutés par une équipe de prof constante ? On a eu une chance inouïe en fait, j’ai rapidement compris cela en licence à la Sorbonne et par la suite à Paris…
Et bien cette ambiance me manque à un point innommable. J’arrive à la maintenir aux cotés d’Olivier qui est lui-même dans cette logique, mais c’est bien le seul endroit où subsiste cette volonté et cette passion.
Tout cela me revient de plein fouet en ce moment. Par exemple, la semaine dernière j’ai vécu une matinée de réminiscence. Pour une stupide histoire de travaux dans l’immeuble du bureau, une fuite d’eau coulant je ne sais où activait l’alarme incendie. Tant que le problème n’était pas réglé, nous ne pouvions rester dans les locaux. Du coup, ayant quartier libre pour quelques heures, je suis allé dans le café le plus proche me faire mon café-cigarette adoré en compagnie de mon actuelle collègue Co. Forcément, se retrouver dans un café le matin avec Co, que je connais depuis dix ans, qui a vécu avec moi à Valdahon juste ne face de chez moi, qui a connu notre Lycée, la fac, les nuits bisontines, puis que j’ai retrouvé à Paris et qui travaille dans le même bureau que moi, se retrouver là après dix ans d’amitié, comme au bon vieux temps, nous a  fait faire un bon en arrière impressionnant. Toutes ces matinées où nous nous retrouvions dans les cafés de la rue Pasteur, ou bien au Seventh art café où j’ai passé tellement de temps que je faisais parti du décor ! Les discussions enflammées que j’ai pu y avoir, l’impression de refaire le monde, réviser, rédiger, écrire… Tout cela m’est revenu comme si c’était le présent.
 J’ai fait mes études de bar en bar si je regarde rétrospectivement. C’est là que j’ai toujours été le plus productif, dans les nuages de fumée de cigarette, avec un café fumant. Tôt le matin, après avoir emprunté des livres à la bibliothèque, faire la tourné des bars selon l’activité : Le « Brussels » pour le petit déjeuner et les révisions urgentes en regardant le Doubs couler sous la Madeleine, le Seventh pour les amis, le Black Hawks pour déjeuner ou rédiger une disserte, le Globe pour sécher les cours… (J’avoue), le petit bar pour lire à n’en plus pouvoir, le Madiggans, l’Enfer et le Building pour les soirées, plus festives… ah oui, et bien entendu La Crèmerie pour les réunions d’urgence ou les confessions intimes devant un jeux d’échec…
C’est un peu honteux mais si ma vie défilait devant mes yeux en une fraction de seconde, il faut bien avouer que ce serait tasse de thé, cigarette, café, tasse de thé, cigarette, café, tasse de thé…
Tout ça en quelques secondes m’a rappelé ce que je veux vraiment : échanger, travailler, apprendre et communiquer, perpétuellement.
C’est un peu caricatural, tu sais bien comme je suis conservateur, mesuré et un peu coincé, mais c’est vrai que ça me manque. Un de ces jours il FAUT absolument se faire une tourné des bars ensemble.
Alors, qu’allons nous faire de nos vies ? Je ne sais pas encore. Tout ce que je sais, c’est que j’ai une grande force de travail à occuper et que j’ai besoin de me sentir dans l’urgence, en défis et pris dans une course qui me passionne, c’est ainsi que je travaille le plus efficacement.
Où en es tu au Caire ?

15 septembre 2005

Loïc : Paris et moi !

Je suis assez dur avec Paris parce que c’est une ville pleine de frustration, ne serait-ce que pour une simple raison économique. Et pourtant, je dois l’avouer,  mais à demi-mot quand même, il  y a des endroits dans Paris qui échappent à cette impression de gris omniprésent.
Je lisais justement dans le métro tout à l’heure un livre de photo sur Colette dont je dois faire une chronique pour www.photosapiens.com . Toutes les photographies tournent autour du Palais Royal et de la place de cet édifice dans la vie de Colette. Le personnage m’est déjà sympathique, mais le lieu encore plus peut-être !  Ce n’est pas à proprement parler beau, c’est un lieu étrange tout à fait symbolique de Paris que j’ai rempli de souvenirs ces quatre dernières années surtout quand je travaillais juste à côté, à l’Institut National d’Histoire de l’Art, rue Richelieu alors, dans l’ancienne Bibliothèque Nationale. Je traversais le jardin tous les jours, plusieurs fois, notamment pour faire la navette entre le ministère de la culture qui s’y trouve et l’INHA.
C’est un lieu rempli d’histoire au cœur de Paris, cliché, juste devant le Louvre, ancien Palais construit pour le Cardinal (Richelieu si ma mémoire est bonne), personnage par ailleurs tutélaire pour la Sorbonne où il repose… Ensuite les révolutionnaires s’en sont fait un véritable repaire, les boutiques qui longent les deux allées à colonnades sont souvent très luxueuses ou pleines d’antiquités et le jardin enfin, à la fois contemporain et qui respecte le plan carré à la française, les si décriées colonnes de Buren et des fontaines sculpturales contemporaines, tout cela en fait un lieu vivant, lien entre aujourd’hui et demain. Le pouvoir aussi y est omniprésent entre le Conseil d’Etat et le ministère, la culture, oui, avec deux théâtres, dont la comédie française attenante, et enfin le spectacle des gens qui s’y promènent, déjà décris par Balzac par exemple (Les illusions perdues). C’est ce qui impressionne le plus les touristes et moi-même au départ, cette omniprésence de la culture et de l’histoire. On se sent au centre de la France, cela ne fait aucun doute. Pouvoir et culture, histoire et passion.
Mais c’était aussi un lieu mal famé jusqu’à la rénovation de la fin des années cinquante grâce à quelques artistes et Malraux. D’ailleurs, c’est ce qui me plais dans ce quartier, le rectangle intérieur du Palais Royal est luxueux, tout à fait conforme à l’image patrimoniale de la France (d’ailleurs ce week-end c’est les journées du patrimoine…) mais ce rectangle, mis à part du côté Louvre et ses belles places Colette et Malraux pour Touristes, est entouré de trois rues très laides, vident, sans vitrine ni devanture, tristes à mourir, grises et souvent sales… rue de Valois, rue du Beaujolais avec un très romantique passage du perron pour entrer dans le Palais Royal et enfin la rue de Montpensier. C’est là un endroit déjà décrit dans un de mes premier texte sur ce blog, mais c’est tout à fait ça Paris et sa banlieue : un bel écrin pour son histoire qui fait rêver, et je me prends au jeu, mais au milieu d’un champs de médiocrité…
Maintenant ce Palais, en plus de la mémoire historique acquise et des années d’études, c’est un champ de souvenir, de gens, de discussions, ou de réflexions au fil des années et de mes traversées de son jardin ou des rendez vous que j’y pu y donner. Alors seulement j’habite Paris (merci Heidegger !). Alors seulement j’aime Paris.
Mais je n’ai qu’une envie : me dire que tout est possible, comme tu viens de l’affirmer au sujet de l’Egypte. Hélas… Paris ne cesse de te rappeler que ce n’est pas parce que l’ancien régime est tombé il y a plus de 200 ans (en revenant régulièrement au XIXe quand même) que l’ascenseur social fonctionne… tout n’est pas possible et il faut faire des pieds et des mains pour avancer en sachant très bien que nous ne sommes pas tous favorisés de la même façon et que toujours, il nous faudra combattre contre l’immense Léviathan français (merci Hobbes) qui s’incarne dans ce dédale : l’administration… Nous en reparlerons au sujet des projets d’entreprise d’Olivier… Alors parle moi d’Égypte ! Encore ! Parce que je ne suis pas prêt à faire le deuil des possibles…