20 mai 2007

Les objets, substitute for life ?

medium_208741.jpg

J’ai reçu aujourd’hui un nouveau téléphone portable. J’en suis inhabituellement « tout content » et en même temps extrêmement mal à l’aise. C’est très ambivalent et cela me plonge dans de profondes réflexions sur la société de consommation et mon propre positionnement.

J’en fais tout un flan de ce téléphone-MP3-radio-vidéo-mégapixel-machin-truc-chouette, par contre il ne repasse pas les chemises et c’est bien dommage parce que c’est la seule tâche ménagère que je ne sais toujours pas accomplir…

Ce qui me réjouit, commençons donc par cela, c’est que cet objet remplace feu mon précédent portable qui sans préavis s’est éteint la semaine dernière en refusant obstinément de se rallumer… j’y ai perdu l’intégralité de mon répertoire dont, selon mon habitude fâcheuse, je n’avais pas fait de sauvegarde, pas même sur la carte de SIM… qu’à cela ne tienne, mon opérateur me proposait pour des prix ridicules un nouveau portable (ça c’est grâce à mes factures mensuelles salées pour surconsommation…), encore plus beau, plus élégant et plus performant, que j’ai bien entendu choisi totalement noir !

Ayant la couleur de tout ce qui m’appartient, le dit portable m’a donc fait bien plaisir mais ce n’est qu’un objet aux options futiles, un simple bout de métal, que ce cher B.D. appelle ma « prothèse » qui semble bien dérisoire mise en perspectives avec les soucis actuels de mes proches ou que dire encore de mes idéaux…

En effet, cet objet a comme à chaque fois que je me fais plaisir, un tenace arrière-goût de culpabilité. J’ai conscience d’être plutôt un garçon chanceux et je suis conscient des améliorations sociales que j’ai pu construire ces dernières années en passant des petits boulots étudiants inintéressants et sous payés à un début de « carrière » prometteur, et du bonheur que représente mon nid douillet en Occident, qui plus est en France où la sécurité sociale est un bien inestimable, entouré de personnes amicales et dans une vie de couple aussi riche qu’intense ! Mais en regard de cela, je n’oublie pas, et je me dis que c’est de l’argent bien mal employé, égoïstement investi sur l’autel de la futilité au lieu de soutenir les actions ou les besoins réels de mes proches, ou des causes plus larges.

Ce sentiment somme toute très « chrétien » de culpabilité à la possession, et donc à la consommation, ne me quitte jamais. Je pense même que c’est plutôt sain. Ce sentiment me pousse à toujours réfléchir mes achats et m’évite d’être un consommateur compulsif. Mais il n’empêche que j’ai toujours ce pénible sentiment de devoir, en compensation à ces bienfaits de FORTUNA, me montrer disponible et magnanime, soutenir autant que faire se peu mes proches ; J’avoue que parfois cela pèse, et que j’ai des élans d’égoïsme aussi succincts qu’irréfléchis, mais qu’à cela ne tienne, je n’ai pas perdu de vue l’essentiel.

Ce matin j’ai repensé à ce qu’écrivait Marie au sujet de la pluie. Et je crois que tu seras d’accord avec ce ressenti de la pluie : elle est le phénomène le plus apaisant qui soit, comme si elle seule savait nous rassasier, éteindre les feux de la colère et atténuer les douleurs. Comme un baume à l’âme, des rafales de pluie battantes ont alourdi l’air toute la matinée avec le bruit régulier de ses cliquetis des gouttes qui s’écrasent sur le bitume, avec le roucoulement des eaux qui s’engouffre dans le caniveau et la beauté mordorée de la route qui de mon premier étage ressemblait alors à une sombre rivière à cause du ruissellement soutenue de l’averse ou à la peau d’un serpent géant dû aux ondulations des averses.

La fenêtre ouverte, je contemplais debout ce spectacle et je respirais à plein poumon l’air chargé d’humidité, épais et suave. Ça vaut toutes les séances de psychothérapie du monde !

Alors si d’aussi simples moments sont un tel don, à quoi bon tous ces objets qui nous contraignent ?