26 juillet 2007
De l'écriture...
J’aimerais aborder ici deux versants de l’Ecriture, ceux qui me sont proches, dans la pratique. J’éviterai donc, la Littérature, la Poésie, et même mon écriture à la main. J’ouvre un instant une parenthèse sur ce sujet de l’écriture à la main, certains ont peur qu’elle disparaisse au profit de la frappe sur le clavier, que la main humaine se transforme à terme en une simple palme munit d’un seul doigt, le pouce, celui dont on a besoin pour cliquer sur une souris ou un joy stick. Ils ont raison mais pourquoi pas ? Je suis un pur produit de cette décadence. J’ai peine à écrire manuscritement quelques lignes, comme si ce n’était déjà pas assez illisible auparavant, j’éprouve maintenant bien des difficultés à former certaines lettres. Jadis, à l’Université, nous étions habitué à écrire plusieurs heures par jour, Par session de cours de deux heures, la main droite ne souffrait aucun repos durant une heure avant la pause, jusqu’à être parfois douloureuse. Mais quelle belle douleur, souvent guidée par l’intérêt des paroles du professeur, si riche, que le cerveau voulant tout consigner sur le papier, ordonnait à la main de ne pas s’arrêter. Je ne dis pas qu’un cours durant lequel je n’écrivais rien était un cours ennuyeux et vide, parfois des cours passionnants coupaient l’envie d’écrire et donnait plutôt l’envie de regarder le prof dans les yeux et de ne plus bouger, même pas un cil. J’écris à présent beaucoup plus vite sur un clavier d’ordinateur, ma main ayant perdu de sa flexibilité. Par ailleurs, j’apprécie la possibilité qu’offre un logiciel de traitement de texte, de modifier la police d’écritures, de graissé, de mettre en italique, de surligner de toutes les couleurs possibles, de changer l’orientation du texte…Finalement, c’est l’aspect graphique qui m’intéresse, pouvoir tout contempler d’un seul coup d’œil avec l’option aperçu avant impression. Je ne considère plus mon écriture manuscrite que comme un dessin. Au-delà de l’illisibilité, les vagues, jambes, pics, qui se dessinent à travers mon écriture, l’orientation de cette dernière, systématiquement vers le haut de gauche à droite, même lorsque j’écris sur du papier à carreau, me réjouissent. C’est tout simplement unique et original, une petite œuvre d’art. Écrire sur Word uniformise l’écriture, et cela convient parfaitement à l’écriture traitée pour le travail, destinée à être communiqué. Grâce à cela, on peut tout de suite voir de quoi cela aura l’air pour le destinataire.
Voici les deux points que je voulais aborder sur le sujet de l’Ecriture : le journalisme, et le Blog Paris-Le Caire.
Je tombe cette nuit même, vers les 5h du matin, alors que la chaleur intense et humide qui règne sur Le Caire m’empêche de dormir et que j’ai eu ma dose de bruit de climatisation pour aujourd’hui, sur une intéressante interview retransmise sur TV5 Monde d’un grand journaliste, si grand que je ne connais pas son nom, ce Monsieur a écrit dans l’Express, dans le Monde, dans le Nouvel Observateur, ami d’Albert Camus entre autres.
Le journaliste qui l’interviewe sur sa carrière lui propose en guise de définition du journaliste, l’expression suivante : Historien du moment. Le grand journaliste acquiesce et soumet celle d’ouvrier de l’éphémère. Si l’historien, face à un événement contemporain, recherchera automatiquement les sources du passé, le journaliste, lui, se doit de mettre en valeur l’aspect inédit de l’événement. Les deux réunis, donnent sans doute un bon journaliste. Cela me renvoi donc à ma modeste expérience. Tantôt, j’ai l’inédit sous la main, servit sur un plateau, et mon premier réflexe est alors de rechercher de quoi construire un historique un socle à l’événement dont je veux faire un article. D’autre fois, j’ai un thème en tête, mais je ne parviens pas à le mettre à jour. Souvent, un des manques me conduit à ne pas écrire l’article, et je ne me lance avec conviction que lorsque j’ai les deux aspects réunis. Tout cela pour dire qu’avoir les idées pour un article est facile, mais que de trouver la pertinence est hautement plus difficile, et que les journalistes eux aussi peuvent être victimes du syndrome de la page blanche typique chez les romanciers.
Autre sujet, le Blog Paris-Le Caire. Ce Blog fêtera bientôt ses deux ans. Deux années que je ne me lasse aucunement de cette conversation originale que j’entretiens avec Loïc, si ce n’est un regret, celui de ne plus avoir Selma (Doha et De retour à Paris, voir archives) avec nous.
Loïc joue un rôle moteur, indispensable à mon écriture sur le Blog. Il me tend les perches à saisir. Il me renvoi au questionnement d’une « vie parisienne » sur la vie « exotique » que je vis dans le Moyen-Orient. Il me pose les questions que j’oublie de me poser étant partiellement déconnectée de la vie en France et de la vision qu’on les français du monde arabe. Il me donne envie aussi d’aborder des sujets qu’il suscite lui-même, des sujets que je n’aborderai plus sans lui, tant la vie cairote me détourne vers d’autres préoccupations. Loïc est la personne qui me relie le plus à la France depuis deux ans, qui me rappelle à l’ordre de thèmes que j’avais mis de côté.
Tout l’intérêt est ici et nous l’avions compris dès le départ, instaurer une discussion entre deux villes radicalement différentes, mais en nous servant de notre base commune qui est notre passion pour le questionnement. Ni moi ni Loïc ne croyons vraiment en la possibilité d’apporter des réponses, mais nous croyons en la légitimité et le pouvoir du questionnement. Poser des questions, c’est faire émerger des problèmes. Faire émerger des problèmes c’est réfléchir structurellement, mieux comprendre le monde, peut-être même tenter de devenir plus tolérant. Si nous assumons nos propos, et affirmons nos opinions, nous n’avons aucune prétention à dire des vérités aussi petites soient-elles. Toute question que nous posons, naïve, ou provocante, a sa raison d’être, et les lecteurs de ce Blog sont toujours les bienvenus à participer au débat que nous lançons. Les lecteurs sont même devenus au fil du temps d’indispensables membres du Blog. Je n’écris pas qu’à Loïc et Loïc n’écrit pas qu’à Moi, nous nous adressons toujours avec arrière-pensée aux commentateurs réguliers ainsi qu’aux lecteurs anonymes, qu’ils soient réguliers ou occasionnels.
Voilà, j’avais envie d’exprimer combien j’aime écrire…
20:37 Publié dans II PARTIE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écrire, écriture, journal, Le Caire, littérature, études, philosophie
03 juillet 2007
Blogs d'Expats
15:02 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Blogs, Egypte, français, lepetitjournal, Le Caire, Marie Girod
29 mai 2007
Vie de quartier
Je n’y vis que depuis cinq mois, j’en rêvais, c’est fait, et j’y suis déjà fortement attachée.
C’est l’Egypte et l’Europe à la fois. Relativement petit, constitué de petites rues en arrondis qui se rejoignent à de petits carrefours ombragés par les arbres.
À première vue, il n’y a que des villas anciennes et en ruine, et des ambassades. Mais si on prend le temps de s’y promener, et d’y vivre, on découvre des restaurants (chics ou de rues), des épiceries, des pharmacies, des coiffeurs, des pressings, des associations (de Cinéma dont le parrain est Omar Sharif, l’Unesco), des écoles, et aucun de ses lieux n’affiche d’ostentatoires publicités telles qu’on en trouve dans le Downtown, à Zamalek, à Maadi, à Héliopolis, ou le summum du phénomène, le temple de la consommation, à Mohandessin.
Garden City est sûrement le quartier le plus calme du Caire, on peut s’y promener la nuit en s’imaginant dans un village. Pourtant, des épiceries et des cafés sont ouverts jours et nuits, mais les tenanciers ne courent pas agressivement après le client et le touriste.
La journée, c’est tout autre chose. La population du quartier s’agrandit, tous les employés des banques et des ambassades arrivent au travail et en repartent au même moment, par conséquent, deux fois par jour Garden City est impraticable à pied à cause des embouteillages dans les petites rues et des concerts de klaxons.
Un autre visage de Garden City est la haute sécurité sous laquelle est mis le quartier. La moitié des rues qui y mènent est bloquée par des check points. Seuls les véhicules à plaques diplomatiques passent au travers de ces barrages. Quant aux riverains dont les visages sont étrangers au quartier, ils se voient demander leurs passeports à l’entrée. Heureusement, il reste une moitié des accès par lesquels on peut aller et venir à sa guise sans croiser de policiers ni de chiens renifleurs de drogue et de bombes.
Pour ceux qui ont la chance d’habiter un des hauts immeubles du quartier, on a vue sur le Nil, les voiles des felouques et Grands Hôtels. Garden City est en outre particulièrement bien situé au sein du Caire. On traverse une des grandes voies en bordure du quartier, et l’on est en plein Downtown, par un autre côté, on se retrouve sur le Place Tahrir, le cœur du Caire, et par un autre côté encore on traverse juste un pont au-dessus du Nil pour se retrouver sue l’île de Gezirah-Zamalek. Inconvénient : de tous les côtés, il n’y a pas d’autres choix que de devoir traverser de larges rues où les voitures circulent sur 4 voies ou plus, à une allure effrayante.
J’en reviens à ce que j’aime dans ce quartier. À chaque rue, on découvre de vieilles villas en plus ou moins bon état, faites d’architecture européenne. Garden City a été édifiée en 1905 par des propriétaires terriens et des Belges. Les styles turco baroque, italianisant et néo-islamique cohabitent. Chaque rue est jonchée d’arbres ce qui rend l’atmosphère particulièrement respirable en comparaison avec le Downtown tout proche. J’y apprécie le calme de la nuit, le marchand de journaux qui vend « Le Monde » et le « Canard enchaîné ». En effet, Garden City est largement peuplée par les occidentaux, mais n’a pas du tout l’allure des compounds pour riches étrangers que l’on retrouve dans les quartiers ex-centrés. Garden City reste humaine, très humaine, et les cafés du quartier accueillent plus d’Égyptiens que d’occidentaux. On reste en Egypte quoi ! Tout en ayant le confort du rappel de l’occident.
12:40 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Garden City, Le Caire, quartier
05 novembre 2006
Urbis
Que j’aime l’entrée dans l’hiver au Caire.
L’évocation de l’automne cairote faite par la co-auteur du blog « Chroniques du Caire », me donne plus envie de citer que de répèter : « L’automne s’installe aussi au Caire. Mais cet automne-là ressemble plus à un été indien. Les températures sont douces. Le soleil ne brûle plus comme ces derniers mois. Il illumine et nous chauffe doucement. L’air est plus pur. Les couleurs mêmes sont différentes. Comme si, avec la chaleur, la brume qui recouvre le Caire tout l’été, s’était aussi dissipée. Moins de poussière, de pollution peut-être aussi. Le jaune du sable est plus lumineux, les mosquées plus blanches, les immeubles mêmes semblent moins sales. Le ciel est plus bleu, on a même droit à quelques nuages blancs flottant doucement, qui, loin de l’assombrir, l’embellisse. Oui, le Caire semble plus beau en ce moment. » http://chroniquesducaire.over-blog.com/article-4309965.html
Hier, en fin de journée, l’asphalte était encore humide de la pluie qui était tombée dans la matinée, le ciel était gris, mais pas tant de pollution, il s’agissait de brume et de nuage. L’air était doucement frais. Inévitablement cela m’a rappelé l’Europe du nord. J’ai encore peine à exprimer ce sentiment étrange : la perception charnelle, visuelle, d’un climat plus ou moins proche de celui que l’on a toujours connu, produit un effet nostalgique, presque même un « home sweet home », et l’on sait combien je l’aime ce climat de grisaille. Pourtant, même lorsqu’il pleut ici, cela ne sent pas l’humus, personne n’ouvre de parapluie, on reste bel et bien dans une ville entourée du désert. Mais, l’imagination et la mémoire nous jouent de concert, ce tour.
Et hier encore, je tentais d’imaginer ce que le Caire avait été ou pourrait être, si tous ces vieux immeubles ne tombaient pas en ruine, s’ils étaient repeints de blanc, si les arbres n’étaient pas cachés sous la poussière, et laissaient donc découvrir leur vert-ité (vérité).
Lorsque l’on a la chance de se trouver dans les rues du Caire à une heure dégagée du trafic en pleine journée, enfin, on découvre une ville assez belle, on aperçoit les façades et leurs bas-reliefs, les balcons, les lustres qui pendent à l’intérieur. Hélas, la plupart du temps, on n’y voit rien, car les rues sont noires de monde et de voitures, et si l’on est à pied, il vaut mieux regarder où l’on marche que de prendre le risque d’avoir le nez levé constamment pour observer. Ainsi, il y a deux villes très différentes.
Et hier soir, au sortir d’une soirée sur un bateau où je m’ennuyais à mourir, j’ai décidé de marcher sur la corniche de Zamalek. Je n’en croyais pas me sens, les gens étaient attroupés devant les restaurants-bateaux, si bien que, entre chaque embarcadères, il n’y avait personne, à part des voitures parkées. J’ai pu marcher sans être interpellée, sans me soucier de prendre garde à la circulation. Il faisait frais, je respirais. Et là, une réminiscence m’a encore parcourue, celle de l’anxiété que peut ressentir une femme seule dans une rue vide, la nuit. Habituellement, au Caire, marcher de nuit ne diffère que peu de la journée, il y autant de monde dans les rues, en tout cas Downtown, car lorsque je vivais à Maadi, cela était bien différent, plus calme. Dans le Downtown, il m’est impossible de marcher pour le plaisir, tant il y a de voitures qui roulent partout, d’hommes qui m’interpellent, par contre, la présence policière constante me donne un sentiment de sécurité, je n’ai pas l’impression que quoi que ce soit de grave puisse m’arriver, mise à part me faire écraser par une voiture, ce qui est déjà très grave me direz-vous, mais bon, je me comprends. Mais sur cette Corniche de Zamalek, j’avais presque peur pour ma sécurité. Comme toujours, le juste milieu dans cette ville est difficile à trouver.
En France, il y a plein d’endroits dans les villes où marcher au calme, seul. Mais le soir, j’appréhendais toujours, car à une certaine heure, on croise plutôt des gens souls et drogués, mal intentionnés lorsqu’ils vous abordent. Et en pleine journée, les gens que l’on croise ne font aucun sourire, on se croise en prenant bien soin de s’ignorer. Reste alors la campagne. Mais telle une sotte citadine, j’ai toujours peur des bruits non identifiés me conduisant à imaginer une bête terrée prête à me dévorer. Et que dire de toutes ces histoires de pervers qui rôderaient au bord des routes en attendant leur proie. Ce n’est pas qu’un mythe.
Tout cela pour dire, que si en théorie la rue est ouverte à tous, on s’auto empêche pour un tas de raisons de circuler librement. Le but de la société selon Thomas Hobbes était d’en finir avec la violence qui régnait à l’état de nature, d’en finir avec le droit du plus fort, et d’entrer en société pour que chacun jouisse de la liberté, également, en toute sécurité. Mais on peut se demander si on n’a pas créé une nouvelle jungle, ou une prison.
13:35 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : urbanisme, climat, le caire, thomas hobbes



