12 décembre 2006
À propos de la conférence de Téhéran…
Hier, j’ouvrais le journal Le Monde, édition papier des dimanche 10 et lundi 11 décembre, et je ne fus pas réellement surprise d’apprendre que Téhéran réunissait une conférence sur la réalité de la Shoah.
En Egypte, j’ai souvent entendu (opinion populaire) la théorie négationniste consistant à nier le génocide juif de la seconde guerre mondiale.
L’argument fort, c’est celui proféré par Mahmoud Ahmadinejad, présidant de l’Iran, d’après qui, autant de juifs n’ont pas pu êtres tués durant l’Holocauste puisque la population de l’Allemagne à cette époque était inférieure au nombre de morts dans les camps.
Cet argument séduit hélas aisément ceux, qui par un grand manque ou déformation d’informations, d’éducation, de culture, ne savent pas que durant ce génocide, ce ne sont pas seulement de juifs allemands qui ont été exterminés, mais aussi, des Polonais, français, des homosexuels, des handicapés mentaux, des communistes…
Mais, débattre sur ce que rapportent les livres d’Histoire publiés en Europe et les livres publiés ou pas publiés du tout en Orient ne fera pas évoluer les opinions, car la volonté de nier cette partie de l’histoire est très forte, elle est attisée par le conflit israelo-palestinien actuel, qui est systématiquement amalgamé au passé des juifs d’Europe.
Le monde arabe ressent que son histoire, ses problèmes n’ont pas la même importance aux yeux de l’Occident que l’Histoire de l’Europe.
Il y a une colère qui veut la reconnaissance des palestiniens qui meurent en masse dans le conflit avec Israël.
Il suffit de tenter d’apporter des arguments pour défendre l’existence de l’holocauste pour se faire couper la parole et s’entendre dire : « Et les palestiniens alors ? Ce n’est pas une raison pour les exterminer ? »
Il y a selon toute apparence une dissociation impossible à faire entre les deux phénomènes, le sentiment que les juifs israéliens se vengeraient.
En niant le génocide juif, certains pensent par là, dénoncer le mépris de la communauté internationale face aux victimes palestiniennes du conflit avec Israël, oubliant au passage les victimes israéliennes de la même guerre, insultant au passage tous ceux qui sont morts dans les camps de concentrations durant la seconde guerre mondiale, ainsi que leurs descendants.
La masse a tendance a ne pas faire la différence entre les populations et les dirigeants, à se haïr entre peuple au lieu d’accuser les dirigeants de toutes nationalités, coupables actifs ou passifs.
Le reproche est fait à la communauté internationale de na ne pas agir pour arrêter le conflit israélo-palestinien. Le monde arabe se sent oublié et vivre dans l’ombre écrasante de l’holocauste qu’ils ressentent être présenté comme le seul ou le plus grave de tous.
En effet, le génocide juif a eu cette particularité historique et numérique, indéniable, que l’on connaît (pas tous hélas, c’est l’objet de ce posting, que de dénoncer au passage l’ignorance qui favorise la manipulation des masses en faveur du Négationnisme).
Pour autant, des faits historiques prouvent également que la communauté internationale, à l’époque, a mis trop de temps à réagir pour arrêter le projet Hitlérien (voir en outre, le film de Costa Gavras, « Amen », 2002, avec Mathieu Kassovitz).
Actuellement, je pense que la communauté internationale est parfaitement au courant de ce qu’il se passe entre Israël et la Palestine, qu’il y a une forte médiatisation, une solidarité réelle montrée dans certains pays envers les victimes des deux côtés. Car, en effet, il ne faut pas oublier que ce sont les dirigeants les responsables, que tous les Israéliens ne souhaitent pas une perpétuation du conflit en vue d’envahir plus de territoires palestinien encore.
Que les masses incultes soient aisément manipulables et orientables vers la haine, cela n’a rien de bien étonnant, mais lorsque des intellectuels se joignent à la conférence de Téhéran, cela devient écoeurant, ignoble. C’est la première manifestation négationniste de si grande ampleur dans le monde musulman. En 2001, à Beyrouth, un même projet de conférence avait été annulé après un appel d’intellectuels de quatorze pays arabes dont un représentant palestinien.
Cette conférence a pour but de déterminer l’existence de l’Holocauste, répondant à des questions telles que « Chambres à gaz, négation ou confirmation ? ». Cela donne la nausée !!!
Et si la conférence devait aboutir à la confirmation de l’existence du génocide, alors, l’Iran se déclare prêt à l’accepter !
Mon Dieu, en est-on réduit à attendre l’approbation des négationnistes et révisionnistes à propos de l’histoire européenne, pour commencer à entrevoir la possibilité d’une union entre l’Orient et l’Occident pour mettre fin ensemble, aux conflits multiples décimant des populations dans le monde entier ? Oui, tout comme nous en sommes réduit à attendre que les Etats-Unis s’intéressent à autre chose qu’à leur économie lorsqu’ils décident d’agir à l’extérieur de leur pays.
La séparation de l’Occident d’avec L’Orient, aussi bien idéologique, que d’intérêt semble se renforcer dans une perte de temps consistant à remuer de façon illégitimement écoeurante le passé au lieu de se tourner vers la situation déjà bien alarmante du présent.
Article Le Monde.fr avec AFP du 11/12/06 :
« « « Le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki, a inauguré lundi 11 décembre une conférence sur l'Holocauste unanimement condamnée par la communauté internationale. Pendant deux jours, Téhéran reçoit des universitaires étrangers révisionnistes, parmi lesquels l'ex-universitaire et révisionniste français Robert Faurisson, condamné à de multiples reprises par la justice, l'Australien Fredrick Toben, qui a passé plusieurs mois dans une prison allemande pour incitation à la haine raciale, ou encore l'ancien membre du Ku Klux Klan et ex-parlementaire américain David Duke.
Le ministre des affaires étrangères iranien a qualifié la rencontre de "forum scientifique" destiné à apporter des réponses aux "questions sur l'Holocauste" posées par le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Ce dernier qualifie le génocide des juifs de "mythe", met en doute son ampleur et affirme qu'il a été utilisé pour justifier la création de l'Etat d'Israël.
"L'antisémitisme est un phénomène européen", a lancé Manouchehr Mottaki dans son discours inaugural, assurant que"dans la longue histoire de l'Iran, il n'y a aucun document établissant une seule manifestation d'antisémitisme". Le chef de la diplomatie iranienne a en revanche assimilé le sionisme au nazisme, les qualifiant tous deux de "racisme".
UNE CONFÉRENCE "NAUSÉABONDE"
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a demandé "l'opposition ferme" de tous face à une"tentative de semer le doute sur la réalité d'[une] horreur unique et indéniable". Paris a exprimé son "inquiétude" et Berlin condamné "ceux qui cherchent à donner un forum" aux révisionnistes. Washington a parlé pour sa part de "geste honteux" , tandis que le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a qualifié la conférence de "nauséabonde".
Une "contre-conférence" se tenait à Berlin le même jour en guise de"signal" contre M. Ahmadinejad et ses "arguments absurdes". Organisée par la Centrale fédérale de formation politique, entité financée par des fonds publics, elle présente les derniers résultats de la recherche sur le négationnisme et l'antisémitisme en Europe et dans le monde musulman, et les stratégies à adopter pour lutter contre.
"Une mise en doute de l'Holocauste et une remise en question du droit à l'existence d'Israël sont une attaque fondamentale des valeurs démocratiques des sociétés occidentales", a affirmé le président de la Centrale fédérale.
Invité, le chercheur américain et historien émérite de l'Holocauste, Raul Hilberg, qui a fui l'Autriche nazie en 1939, a expliqué vouloir "apporter [sa] contribution" contre le discours révisionniste et antisémite du régime iranien. "Je ne crois pas qu'un dialogue soit possible avec des gens qui nient l'Holocauste", a-t-il ajouté. » » »
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3218,36-844561@51-756489,0.html
Marie from Cairo.
10:55 Publié dans ARTICLES | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Téharan, Iran, Shoah, Holocauste


