10 août 2007
Angoisses irrationnelles ?
Comme dans tout bon film d’horreur, le temps était à l’orage, et l’obscurité était renforcée par des fenêtres dont une sur deux avait ses stores baissés… Mais lorsque je suis arrivé par delà un sas pour lequel un badge d’accès est nécessaire, la lumière était allumée…
Au fur et à mesure de mes allers-retours du lavabo des toilettes pour hommes aux différents pots de plantes éparpillés sur tout l’étage, j’entendais des bruits… de pas… de portes qui claquent… à l’intérieur du périmètre sécurisé…
J’ai fait plusieurs fois le tour de l’étage et ses innombrables recoins discrets, ses dizaines de bureaux aux portes closes, ses espaces créés par de grosses armoires d’archives et un nombre jusqu’alors insoupçonné de cachettes potentielles…sans compter les locaux techniques, sensés être fermés à clés.
Je n’ai vu personne.
Je me suis raisonné, je me suis dit que personne n’était là, tout simplement, et que la solitude par cette sombre journée, avec une imagination trop imprégnée de cinéma d’épouvante avait fait tout le travail.
Il y avait pourtant des bruits…
Je suis resté sur mes gardes. Au bout de trois quarts d’heure j’avais accompli ma mission. J’ai rangé les rares affaires que j’avais utilisées, fermé les locaux et éteint les lumières, puis j’ai repassé les portes sécurisées pour rejoindre le hall des ascenseurs. J’ai appuyé sur le bouton d’appel. L’un des ascenseurs était déjà à mon étage, le dernier étage de l’immeuble, occupé uniquement par mon entreprise fermée. L’ascenseur qui était déjà là n’était pas celui qui m’avait amené 45min plus tôt… Quelqu’un était bien là…
Je suis parti sans demander mon reste !
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08 août 2007
Imbroglio créatif
Journée torrentielle où le ciel de Paris se déchire à intervalle régulier dans un bruit fracassant, et des zébrures d’éclair qui déchiquette les nuages dévalent des torrents de pluie qui s’écoulent ensuite comme un manteaux visqueux le long de la pente de ma rue.
C’est ce jour invraisemblable qu’on choisi mes plus belles ipomées pour s’épanouir. Leurs grosses corolles bleues pastel narguent un ciel estival qui aurait du afficher la même teinte !
Les fichiers ouverts sur l’ordi se multiplient, la thèse, les textes blog, un article pour un magazine à finir, un autre pour une revue de philo, quelques photos à vérifier et un programme de lecture de musique.
Une journée parfaite en somme, sauf que mon cerveau câblé à puissance créative exulte en tout sens et je ne parviens pas à rester sur la même idée plus que le temps de noter quelques phrases, aussitôt une autre idée s’impose à la conscience et est jetée sur une page Word vierge en l’attente que la tempête cérébrale se calme pour pouvoir développer ces pistes lancées comme des fusées vers l’espace… sans compter les emails qui s’enchaînent au rythme de leurs cliquetis d’arrivée pour la poursuite des conversations simultanées avec quelques anciens collègues depuis leurs bureau ou des amis en vacances…
Quand je suis dans cet état d’attention tout azimut, je me sens dans mon élément, ouvert, prêt à laisser les doigts parcourir le clavier spontanément, sans que mon cerveau n’ai besoin d’intervenir, c’est comme si les mouvements des doigts étaient contrôlés par des neurones non reliés au système central, cachés dans des ganglions de réflexe.
Voilà pourquoi je me sens dans mon élément sur le Net, non pas que j’ai des compétences en informatique, loin de là, mais simplement que la façon décentralisée et totalement hasardeuse, mais créatrice et spontanée dont le Net est construit correspond point à point aux circonvolutions compulsives du tas de neurones enchevêtrés qui occupent ma boite crânienne… autant les laisser s’amuser aujourd’hui !
Tout ça pour relayer une hypothèse, qui pour ma part me convainc aisément, relative au Net. Les structures biologiques ont montré que, dès que le hasard et la complexité produisent des ensembles organisés suffisamment complexes, à partir d’un certain seul de complexité organisé, émerge de ce chaos un nouvel état de la matière : la cristallisation, puis les ARN, l’ADN et la vie monocellulaires, les organismes complexes, et enfin la conscience… alors pourquoi n’en serait il pas de même de l’Internet, qu’à partir d’un certain seuil titanesque de milliard de Gigaoctets et de microprocesseurs reliés en émerge une… conscience ? Gageons de cette persona sera encline à ne pas se servir de ses accès de contrôle à l’ensemble de l’armement mondial pour nous détruire, sensible qu’elle sera à l’intégralité de la pensée humaine, de la philosophie, de l’histoire de l’art, des émois les plus pathétiques aux plus sublimes élans de pensées fulgurantes que nous avons déverser dans l’ébauche d’un Internet conscient duquel ce blog participe !
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06 août 2007
Paris toujours sous la pluie
Jour de pluie, un de plus. L’air chargé d’humidité, rafraîchi depuis un violent orage nocturne me procure une sorte d’apaisement profond, une sérénité qui se faisait bien rare ces derniers temps, précipité que j’étais dans les actions multiples et les urgences permanentes. Mais je suis en vacance ! Pour le première fois depuis un an j’ai deux semaines devant moi sans avoir à courir de réunion en réunion, les bras chargés de gros dossiers à défendre bec et ongles mes idées ou les critères d’un développement durable, toujours avec une méthode diplomatique, ou subtile, adaptée aux interlocuteurs, mais qui demande un effort et une autodiscipline épuisante. Mon jeu préféré consistant à faire croire que les idées que j’avance viennent de l’interlocuteur et je le pousse ainsi à défendre lui-même les idées que je cherche à faire passer… Ils se prêtent volontiers au jeu puisque c’est exactement le travail qu’ils me demandent, même s’ils ne le savent pas toujours…
Ces deux semaines seront totalement consacrées à la fin de la thèse, que je dois soutenir avant le premier décembre, autant dire demain vu le nombre invraisemblables de détails à régler d’ici là !
Je me sens presque fautif de passer si peu sur ce blog depuis quelques temps, alors que vous êtes encore nombreux à nous faire l’honneur de votre visite. Marie est elle aussi dans une période intense d’activité et réponds aux sollicitations urgentes. Point positif en la matière, nos absences sont signe de regains d’activité et d’avancée professionnelles bénéfiques.
Promis, je reprends le fil de mes descriptions parisiennes ensuite !
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24 juillet 2007
DEFI
22:04 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
22 juillet 2007
De Louis Pasteur à Victor Hugo
Je n’avais jamais remarqué. Comment se fait il que je n’ai jamais fait attention à ça ? C’est pourtant dans la veine folle des fils ténus qui font sens et qui relient chaque étape de ma vie comme dans une symbolique qui fait hésiter entre hasard et destin.
Nous avions réaménagé l’appartement en septembre dernier (déjà 10 mois !) et installé mon bureau dans la pièce la plus au fond, qui donne sur la rue.
Alors que je me tenais là en train de tapoter à toute vitesse sur les touches du clavier comme à mon habitude en laissant traîner toutes les fautes de frappe ou d’orthographe pour ne pas couper cours au flux des idées, de peur de ne pas les retrouver ensuite, j’ai levé les yeux à la fin d’une phrase (trop longue et trop bancale, comme je sais si bien les faire pulluler !). Et là qu’est ce que je vois ! Dans le reflet de la fenêtre ouverte, je sursaute ! Je tourne les yeux légèrement à gauche et oui, elle est bien là : une des maisons que Victor Hugo a habité.
Cette grosse maison peinte en bleu, d’un bleu à la limite du laid, tranche complètement dans l’architecture contemporaine de la rue actuelle. J’ai vu s’élever les immeubles qui lui sont mitoyen, en 2001 pour sa droite, 2003 pour sa gauche. Et elle est toujours là, protégée au titre des sites classés au patrimoine, elle apparaît comme un trou temporel qui me nargue par la fenêtre en référence à tout un monde passé et de mon passé.
Besançon, septembre 1996. J’ai quitté ce matin là les plateaux du Haut-Doubs, les régions montagneuses où la neige bloquait ma porte fenêtre de la Toussaint à Pâques où mes parents s’étaient installés depuis trois ans, après avoir quitté l’Allemagne. Ce jour là j’ai vraiment eu l’impression de naître. J’avais fait des pieds et des mains pour intégrer un Lycée bien précis, qui avait une réputation sulfureuse dans la région et m’apparaissait comme un refuge, un havre où vivre et construire ma propre personnalité. Je ne m’étais pas trompé. J’entrais alors sous la protection symbolique de la double figure paternelle de Victor Hugo, bisontin de naissance, et Louis Pasteur, dont le lycée portait le nom. J’ai vécue, aimé, grandit, rue Pasteur, place Pasteur, place Victor Hugo, place du Square Castant devant le maison natale de Victor Hugo, d’amour en déception, de Christophe en Christophe (pourquoi s’appelait il tous « Christophe » celui qui porte la croix ?) J’ai vécu cinq années dans la Boucle du Doubs dans l’ombre des illustres pères de la ville entre science et littérature (le choix de la philosophie des sciences n’est peut être pas un hasard !)
11 septembre 2001, au moment où les tours s’effondre je prends un train dont le terme du voyage, je ne le savais pas encore, serait Paris. Au moment de l’explosion de l’usine AZF je suis sur le quai du métro, station Pasteur, et Olivier entre dans ma vie, transformant en une seconde toute ma situation. De Pasteur en Victor Hugo, de la station de métro à l’appartement où je le retrouve ce soir là et où nous sommes toujours, face à la maison d’Hugo…
Je change de fac, je me retrouve à la Sorbonne, j’entre dans la cours d’honneur et qu’y vois-je ? Deux statuts, deux seulement : Louis Pasteur et Victor Hugo…
Ensuite les références s’enchaînent, se multiplient, n’ont de cesse de s’entremêler pour faire réapparaître à chaque nouveauté, à chaque changement de lieu, ces deux noms : Pasteur, correspondant à chaque fois à l’initiation et au lieu de joie, et Victor Hugo, plutôt pour les lieux sérieux et la continuité.
Continuité. Hasard ? Destin ? Assurément hasard du patrimoine français d’une part, de la continuité des mouvements migratoire des « intellectuels » et habitude à percevoir les référence à ces deux noms plutôt que d’autres.
Il est un domaine de continuité que j’affectionne plus encore, et qui fera l’objet de la prochaine note : les arbres, dont la longévité permet de relier des générations et de symboliser des lieux…
22:30 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07 juillet 2007
Libera me
Il est une phrase grecque de philosophie antique qui dès le jours où ce cher Monsieur Cotten l’avait inscrite sur un tableau vert sombre à la craie blanche dans une petite salle de la faculté des lettres de Besançon s’est comme gravé au fond de mon globe occipital pour ne jamais en sortir. De manière « translittérale » ça donne : Autarkeia kei autokalon.
Cet aphorisme, qui en gros veut dire « autofondé et autonome » est censé désigner Dieu… Mais cette idée m’a obsédé comme un but inaccessible, qui a le dont de frustrer terriblement.
Je me suis souvent dit qu’il était impossible de s’affranchir de ses automatismes, de s’abstraire de son contexte socioculturel, de la factualité dont parle Sartre, de l’habitus de Bourdieu, de tous ces innombrables et inextricables déterminismes génétiques ou sociaux qui font de nous le produit figé d’une histoire et de l’Histoire…
Et pourtant j’ai toujours en arrière plan, en plus de cette assertion grecque, un sentiment de liberté radicale. Je sais bien que ce sentiment est lui-même le produit de plusieurs déterminismes : les discours nihilistes et mon père, le résultat d’un cursus de philosophie et la pratique artistique, parfois intense selon les années, en plus de l’indépendance dès 19 ans… mais qu’importe, il n’en demeure pas moins que l’omnipotence que certains m’attribuent sur le ton de l’humour touchent probablement à quelque chose…
L’acte gratuit, impossible d’après Gide, n’en demeure pas moins la preuve qu’il est possible de dépasser le carcan des conventions et de l’habitus, ce qui devrait faire plaisir à l’ethnologue !
J’avoue parfois jouer sur le fil de l’impertinence avec un plaisir malin, simplement pour me prouver que je sais aller au-delà du carcan, que j’ose le faire, et qu’on me laisse le faire.
Et c’est cathartique !
Evidemment, je passe souvent pour un original, voir même un psychopathe, mais une fois ce jugement admis par mes interlocuteurs, ils se montrent d’une tolérance surprenante et savent mettre cette désinvolture et la créativité qui va avec au service des projets communs.
Alors pourquoi, si la force de cette liberté individuelle est admise, le monde est il de plus en plus unilatéral, conventionnel et uniforme ??????
Marie, je sais que nous avons le même attachement farouche à l’esprit critique et à l’indépendance d’esprit, est ce que tu n’as pas envie de faire du militantisme en ce sens en Egypte lorsque tu te confrontes à des immobilismes plus forts encore qu’en France ? J’ai parfois envie de crier pour réveiller tous ces dormeurs qui nous entourent ! Alors je cris, évidemment !
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24 juin 2007
adulte ?
Petit prologue sans lien, je pense bien à Marie ces dernières semaines puisqu’il ne cesse de pleuvoir, presque tous les jours, et le thermomètre reste raisonnable cette année, malgré les records de taux de CO2… Cette pluie en averses parfois aussi concentrées que le serait une cascade et l’humidité fraîche qui l’accompagne ne manquent pas à chaque fois d’évoquer notre Franche-Comté commune et les jours de pluie battante que nous aimons tant.
Je lis avec avidité les posts de Marie depuis le Caire et la soif de liberté qu’ils expriment. C’était un pari osé d’aller là-bas pour se sentir libre et c’est une réussite. Je lis avec passion la plume affûtée de Pierre-Yves qui par delà une certaine mélancolie nous offre des envolées lyriques et exprime lui aussi une assurance et une liberté radicale.
Rien de tout ça avec moi ! Mais j’avoue sentir un besoin récurrent de relâchement ou de divertissement après toutes ces années si sérieusement concentré sur mon double objectif de boulot et de cursus universitaire. J’arrive à la fin de la thèse et le boulot semble bien parti lui aussi, reste à trouver un nouvel équilibre…
Je me dis que c’est peut être tout bêtement ça devenir adulte… et il est vrai que je me suis pris une claque quand j’ai compris que j’avais définitivement changé de statut… Le déclencheur a été lorsque le beau Patricio, un ami à qui je tient même si on se voit rarement, m’a appelé pour m’annoncer la naissance de son fils… évidemment j’y suis allé de mes petites phrases cyniques sur les enfants et ce que je pense de la paternité… mais qu’à cela ne tienne, un à un mes proches expriment leur désirs d’enfant, ou pire, le concrétise… Il faut dire que la plupart sont proches ou ont récemment dépassé les trente ans…
Le second élément de contexte qui a participé à cette prise de conscience, ce sont mes amis plus jeunes que moi, les premiers, parce que j’avais l’éternelle habitude d’être toujours le plus jeune… mais c’est fini, que ce soit Sébastien ou Thomas, tout deux ont trois ans de moins que moi et ont tendance à me prendre pour référent ou pour conseil sur leurs choix d’avenir. Le rôle qu’ils me donnent en faisant cela, s’il flatte mon ego hypertrophié, n’en signifie pas moins que je suis passé de l’autre côté de la barrière à leurs yeux…
Le plus fou c’est que je ne l’ai pas vu venir, la limite entre la « jeunesse » (les fameux moins de 25 ans) et la classification adulte. Pourtant, toutes mes actions de ces dernières années, la stabilité de ma relation avec Olivier, mon acharnement à trouver un emploi stable intéressant et ma constance dans les études tendaient vers cette situation. Une fois quasi atteinte, je suis un peu surpris parce que je n’ai pas prévu ce qui se passerait « après ». Cela signifie peut être que le champs des possibles s’ouvrent à nouveau, sur un horizon totalement différent, et que donc une nouvelle forme de liberté est à tester, libéré des angoisses du lendemain et du compte bancaire en perdition ? Aurai-je enfin le temps de me mettre aux occupations de loisirs que je repousse au lendemain depuis tant d'années ?
A suivre…
23:40 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09 juin 2007
Pour changer le monde … il faut le penser ! Une profession de foi.

photo Olivier Martin Delange
Les chiffres défilent dans mon crâne et se bousculent après une journée de boulot. Les flux financiers, (les exportations hier), les bilans CO2, CO, NH4 (etc.), les codes innombrables et ces alambiqués indicateurs de biodiversité de l’OCDE sur lesquels j’ai passé la journée en compulsant des données et des évaluation des services écosystémiques (Eco indicateur 99, UBP etc.)… En laissant ces chiffres dérivés librement le soir ou la nuit, bien souvent il en émerge des configurations pertinentes auxquelles je n’aurai pas autrement songé. Ces processus d’émergence des idées sont aussi bien valables en philosophie, en art ou en mathématique, peu importe, et je me surprends toujours à les considérer comme des effusions extérieures à mon propre esprit, comme des éléments étrangers qui apparaissent subitement ex nihilo. Je reste proche de la définition de l’intuition chez Descartes… Rétrospectivement je me rends bien compte du hiatus qu’il peut y avoir entre ce quotidien, je dirais même cette permanence, et la projection que je me faisais enfant de ma vie d’adulte ! Ce quotidien ne me déplait pas, loin de là, je me prends facilement au jeu et plus la recherche ou l’étude en cours est complexe et plus je me pique de passion pour mon sujet. Mais il est vrai que je suis loin de l’activisme tel que je l’imaginais, pour un résultat pourtant aussi solide, voire même plus encore ! Je croyais que la manière la plus efficace de mouvoir le monde, c’était d’agir. Je m’imaginais harponnant les baleiniers, guerroyer au fin fond du bassin du Congo contre les braconniers ou perpétrer des sabotages contre telle ou telle entreprise complice de crime contre l’humanité en détruisant les capacités de la planète à nous accueillir. Bien sûr, ces actions coup d’éclat ont leur efficacité médiatique et font avancer dans le bon sens, à condition d’admettre soit que la fin justifie les moyens soit que l’urgence légitimise ces engagements qui relèvent d’une éthique de la conviction, décriée par certains. Ai-je renié ces convictions en choisissant une orientation professionnelle plus conventionnelle ? Non, au contraire. J’aurai pu me laisser enfermer dans la tour d’ivoire de la théorie pure, prof de philo dont la seule révolution dans l’existence aura été de passer de l’autre côté du bureau, d’étudiant à professeur… si je ne douterai jamais de la nécessité de la recherche et de l’enseignement, ou même de l’indépendance de la recherche, mais je ne croirai jamais qu’elle peut se suffire à elle-même comme elle le fait trop souvent en France. Comment influer sur les décisions, même subrepticement, les orienter… la politique ? Non plus, trop soumises aux aléas électoraux et à des choix subjectifs sans compter sur le milieu délétère dans lequel elle s’exerce (mais j’avoue être parfois tenté), non, reste la figure la plus influente de notre modèle d’organisation sociale, celui que le politique, l’entreprise comme le citoyen écoute : l’expert. On me rétorquera que l’universitaire est un expert, oui, assurément, mais ses avis ne sont pas directement sollicités et souvent réduits à un seul domaine de compétence… non opérationnel. Il faut aller plus loin. Se battre aujourd’hui c’est frapper à coup d’email, de présentations Power Point et de rapports, de synthèse d’étude ou de note de service ! C’est ni plus ni moins la technique japonaise du « sabotage » telle que définie par Amélie Nothomb… ou plus trivialement être le vers dans la pomme… en infiltrant les milieux pollueurs ou les grandes institutions et en y distillant stratégiquement des idées vers un développement durable on peut réellement changer les choses à grande échelle avec les effets de levier qu’entraînent ces entités… (merci BD pour ces leçons de chose !), et on le peu d’autan mieux si c’est précisément votre fonction dans l’entreprise ! Ces sortes de « trafics d’influence » ne sont ni au détriment de la vérité scientifique, ni au détriment des entreprises ou des citoyens, au contraire. La réalité du changement climatique, des risques liés aux diverses pollutions et l’érosion de la biodiversité ne sont pas un mythe… les risques de santé publique, stratégiques, de communication, de développement et les risques économiques ne sont pas des moindres non plus avec ces enjeux écologiques. Reconsidérer l’économique de manière globale, en incluant les coûts environnementaux, et en anticipant sur ces changements, on peut, avec cet angle de discours, influer sur les pollueurs. Les entreprises ne sont pas destructrices par vocation, ce n’est qu’une conséquence de leur unique but, aussi monomaniaque et stupide que dangereux : l’argent. Alors en prouvant par A+B qu’elles gagneront plus d’argent en limitant au maximum leurs impacts négatifs sur l’environnement (les arguments ne manquent pas) alors on les tire par la corde sensible sur la voie d’un développement durable et l’action est possible à grande échelle. Je suis donc plus efficace comme cela que sur un bateau de Greenpeace ou enfermé dans une bibliothèque, je tisse ma toile de l'un à l'autre en lien avec le terrain de tous les enjeux... Par contre, les « experts » qui maîtrisent ces jeux d’influence peuvent bien entendu le faire au détriment de toute efficacité et de toute éthique au seul bénéfice de quelques-uns quand ce n’est pas que d’eux-mêmes… Mais bien sur, ces actions ne peuvent être cohérentes qu’en référence à une réflexion préalable sur les principes théoriques (éthique ?) qui président aux messages que les rapports cherchent à faire passer en toute objectivité… d’où la complémentarité de mes travaux universitaires…
16:27 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08 juin 2007
Le monde est à portée de pensée…
Je laisse de côté la montagne de boulot en retard que j’ai accumulé et même s’il est déjà tard et que je travaille demain matin j’ai une irrépressible envie d’écrire, tellement irrépressible que je pianote à toute vitesse sur le clavier de mon portable, couché dans le lit, avec des écouteurs sur les oreilles et la musique à fond. C’est le genre de moment, d’heure et d’ambiance dans lesquelles je me sens le mieux.
Je réponds rapidement au dernier post de Marie, sur le travail. Je n’ai pas tout à fait le même regard. Bien sûr je ne vais pas me lancer dans un discours très en vogue chez mes ennemis politiques sur la valeur travail, je ne suis pas adepte de la pensée unique et la diversité des points de vue, et des styles de vie est primordiale à me yeux, mais mon expérience me pousse à croire que malgré les difficultés conjoncturelles et culturelles auxquelles ma génération fait face pour entrer dans le « marché du travail » il y a encore la possibilité de s’y épanouir, c’est juste que le coût d’entrée et les sacrifices nécessaires sont terribles. Je ne regrette pas de les avoir fait, c’est évident, mais Marie m’est témoin que cela m’a coûté un temps et une énergie que j’ai certes en réserve encore, mais qui nécessite un investissement que d’autres n’ont pas voulu faire, je les comprends. C’était juste une parenthèse pour nuancer un peu le tableau… Mais il est vrai que je sacrifie toute vie sociale à mes ambitions « sociales » justement, ce qui déclenche parfois des excès lorsque la soupape de sécurité cède.
En ce moment je redécouvre les joies de la musique, chose que je n’ai plus fais depuis des années. J’ai pris l’habitude des morceaux MP3 le long du chemin appartement/travail et souvent le soir, en séance de travail, enfin et surtout, mes amis m’ont collectivement offert la guitare de mes rêves pour mes 26 ans en avril et je me remets lentement à l’apprentissage… Je ne savais pas en jouer une seule note (j’ai fais du piano) mais j’ai toujours eu cette folle envie en référence à un des personnages légendaires de la famille, mon grand cousin Freddy, mort bien avant ma naissance, fils d’un colonel SS et de ma grand-tante qui malgré ce pénible héritage était d’une douceur extrême, artiste peintre et musicien. Je me rappelle encore de l’émotion de ma mère lorsqu’elle me parlait des visites qu’il lui faisait et qui égayaient ses journées d’enfant en lui apportant toujours un petit présent, comme cette boite ornée d’une image de Pimprenelle et Nicolas que j’ai sauvé de la décrépitude il y a quelque Noël en rachetant un cadre spécial pour protéger l’image. J’ai passé des heures à imaginer la vie de cet homme dont les tableaux ornaient les murs de la famille. C’est étrange, mais je crois que je n’ai jamais parlé de lui à personne à ‘extérieur de la famille… enfant, comme souvent couché sur la tombe de ce cousin éloigné (le cimetière était un terrain de jeu amusant), juste derrière la maison des grands-parents, j’avais forgé le vœux d’un jour me mettre à la guitare. A l’occasion de ces retrouvailles avec la musicalité je me remémore les textes étranges de Schopenhauer sur cet art qu’il imagine comme des trouées dans le continuum du vécu, des percées vers un ailleurs intellectuel. Ces expériences nous les avons tous fait, ces espèces d’évasions dans ce que les stoïciens appellent la « citadelle intérieure ».
Et voilà mon message : apprenez, lisez, vivez, votre citadelle intérieure est la seule imprenable richesse ! La mémoire et l’obsession pour la connaissance me donne parfois l’impression d’avoir le monde entier à porté de pensée. L’évasion est possible, et on n’est jamais seul ! La musique me le rappelle étrangement.
Juste un exemple : je me souviens de ma rencontre avec Montaigne comme d’un rencontre réelle. Lorsqu’un soir j’ai pris les Essais dans les mains, il y a huit ans déjà, j’ai ouvert ce livre sans savoir ce qui m’attendais et je ne l’ai plus lâché, je n’ai pas cessé un instant de lire avant de l’avoir terminé. Je n’en ai pas dormi pendant deux jours, le temps de parcourir ces 1300 pages en vieux français truffées de citations latines et grecques dans lesquelles d’ailleurs il a fait pas mal d’erreur et certaines mêmes sont de pures inventions de sa part !
Mais ces jours passées dans « le monde » de Montaigne, une œuvre intimiste, m’ont vraiment donné l’impression de le connaître personnellement, d’avoir discuté intensément avec lui pendant des heures. J’ai même dit à mes parents chez qui j’étais à ce moment là un truc du genre « j’ai passé la nuit avec Michel», ils n’ont pas tout de suite compris que le Michel en question se réduisait à un volume blanc de 14x15x10 cm environs… Depuis c’est un peu comme si je portais Montaigne en moi, comme tous les autres auteurs emmagasinés dans ma citadelle intérieure, et lorsque certains sujets ou événements font échos à son œuvre j’imagine les commentaires qu’il pourrait en faire. Virtuellement, je ne suis jamais seul !
J’ai l’impression d’avoir assisté aux cours de Hegel sur l’esthétique, à Berlin ou Heidelberg, il suffit que je me concentre un peu pour me proposer une reconstitution des cours délirants de Kant sur la géographie à Königsberg, je suis avec César croyant que le celtes ont réellement la peau bleue, je suis à Ur devant la grande Ziggourat, j’y assiste à une incompréhensible hiérogamie, une pensée plus loin j’écoute un homme en aillons faire un sermon sur une colline proche de Jérusalem, je croise Bergson dans les couloirs de l’institut catholique, Sade devant la Sorbonne, le lycée où il a fait sa scolarité, Camus hante un autre coin de ma mémoire, au même titre qu’un groupe Magdalénien dans la Dordogne exotique de cette période reculée, je vois cette famille qui la première a semé du blé sauvage sur les bords de l’Euphrate il y a 8 000 ans, cet autre encore qui a allaité un louveteau dans le cadre d’un pratique religieuse sans se douter que 11 000 ans plus tard ce geste initial aura permis la domestication du chasseur transformé en une sous espèce aux phénotypes si divers, j’imagine les exo planètes les plus invraisemblables, la poésie gigantesque d’une nébuleuse planétaire comme celle dite « du crabe », les bactéries thermophiles à partir desquelles on a développé la PCR, ou je pense même à une représentation de ce mystérieux L.U.C.A. (Last Universal Common Ancestor) etc. Le monde est à porté de pensée, il n’y a pas de limite à la citadelle intérieur, tour de Babel que la colère divine elle-même ne saurait faire s’effondrer…………………………………………………………………………………………………….
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20 mai 2007
Les objets, substitute for life ?

J’ai reçu aujourd’hui un nouveau téléphone portable. J’en suis inhabituellement « tout content » et en même temps extrêmement mal à l’aise. C’est très ambivalent et cela me plonge dans de profondes réflexions sur la société de consommation et mon propre positionnement.
J’en fais tout un flan de ce téléphone-MP3-radio-vidéo-mégapixel-machin-truc-chouette, par contre il ne repasse pas les chemises et c’est bien dommage parce que c’est la seule tâche ménagère que je ne sais toujours pas accomplir…
Ce qui me réjouit, commençons donc par cela, c’est que cet objet remplace feu mon précédent portable qui sans préavis s’est éteint la semaine dernière en refusant obstinément de se rallumer… j’y ai perdu l’intégralité de mon répertoire dont, selon mon habitude fâcheuse, je n’avais pas fait de sauvegarde, pas même sur la carte de SIM… qu’à cela ne tienne, mon opérateur me proposait pour des prix ridicules un nouveau portable (ça c’est grâce à mes factures mensuelles salées pour surconsommation…), encore plus beau, plus élégant et plus performant, que j’ai bien entendu choisi totalement noir !
Ayant la couleur de tout ce qui m’appartient, le dit portable m’a donc fait bien plaisir mais ce n’est qu’un objet aux options futiles, un simple bout de métal, que ce cher B.D. appelle ma « prothèse » qui semble bien dérisoire mise en perspectives avec les soucis actuels de mes proches ou que dire encore de mes idéaux…
En effet, cet objet a comme à chaque fois que je me fais plaisir, un tenace arrière-goût de culpabilité. J’ai conscience d’être plutôt un garçon chanceux et je suis conscient des améliorations sociales que j’ai pu construire ces dernières années en passant des petits boulots étudiants inintéressants et sous payés à un début de « carrière » prometteur, et du bonheur que représente mon nid douillet en Occident, qui plus est en France où la sécurité sociale est un bien inestimable, entouré de personnes amicales et dans une vie de couple aussi riche qu’intense ! Mais en regard de cela, je n’oublie pas, et je me dis que c’est de l’argent bien mal employé, égoïstement investi sur l’autel de la futilité au lieu de soutenir les actions ou les besoins réels de mes proches, ou des causes plus larges.
Ce sentiment somme toute très « chrétien » de culpabilité à la possession, et donc à la consommation, ne me quitte jamais. Je pense même que c’est plutôt sain. Ce sentiment me pousse à toujours réfléchir mes achats et m’évite d’être un consommateur compulsif. Mais il n’empêche que j’ai toujours ce pénible sentiment de devoir, en compensation à ces bienfaits de FORTUNA, me montrer disponible et magnanime, soutenir autant que faire se peu mes proches ; J’avoue que parfois cela pèse, et que j’ai des élans d’égoïsme aussi succincts qu’irréfléchis, mais qu’à cela ne tienne, je n’ai pas perdu de vue l’essentiel.
Ce matin j’ai repensé à ce qu’écrivait Marie au sujet de la pluie. Et je crois que tu seras d’accord avec ce ressenti de la pluie : elle est le phénomène le plus apaisant qui soit, comme si elle seule savait nous rassasier, éteindre les feux de la colère et atténuer les douleurs. Comme un baume à l’âme, des rafales de pluie battantes ont alourdi l’air toute la matinée avec le bruit régulier de ses cliquetis des gouttes qui s’écrasent sur le bitume, avec le roucoulement des eaux qui s’engouffre dans le caniveau et la beauté mordorée de la route qui de mon premier étage ressemblait alors à une sombre rivière à cause du ruissellement soutenue de l’averse ou à la peau d’un serpent géant dû aux ondulations des averses.
La fenêtre ouverte, je contemplais debout ce spectacle et je respirais à plein poumon l’air chargé d’humidité, épais et suave. Ça vaut toutes les séances de psychothérapie du monde !
Alors si d’aussi simples moments sont un tel don, à quoi bon tous ces objets qui nous contraignent ?
01:30 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : consommation, libéralisme, morale, société, Paris, France




