02 septembre 2007
Respect Bis
Laurence, sur son Blog « Chronique du Caire », a ouvert le débat sur le respect au Caire, notamment dans le contexte de la vie urbaine : Conduite, files d’attentes…
http://chroniquesducaire.over-blog.com/article-7044221.html
En effet, je partage ce constat, de plus en plus, j’avoue, d’un manque de respect d’autrui.La conduite est un bon exemple de cela, les chauffeurs qui laissent passer les piétons ou accordent la priorité à un conducteur qui semble moins initié, existent, mais ils ne font pas le poids face aux fous du volant qui « attaquent » la route comme s’il y avait urgence. Si les gens paraissent très « relax » dans les cafés, à discuter, boire le thé durant des heures, au volant, il en va tout autrement. Mon expérience récente de la conduite m’a fait découvrir une agressivité que je n’avais pas mesuré jusqu’alors. Et puisque je suis une femme, j’ai aussi découvert un machisme bien pire que celui dont je suis victime dans la rue, apparemment une femme au volant est bien plus problématique qu’une femme piétonne. Lorsque je cherche à garer ma voiture, que je me place pour effectuer un créneau, on ne me laisse pas le temps de faire quoique ce soit, qu’un des innombrables préposés au garage des voitures, saute littéralement sur ma portière, l’ouvre brutalement et me donne l’ordre de descendre : il veut simplement que je dégage la rue au plus vite, car personne ne veut patienter derrière moi, et au passage gagner quelques pounds. A chaque fois que j’ai été dans une voiture en tant que passagère, et que le conducteur était un homme, je n’ai jamais vu personne l’ejecter de sa voiture ainsi et lui usurper son droit à faire ses manœuvres lui-même. Je me retrouve ainsi, régulièrement, dans ma voiture à devoir reclaquer ma portière pour faire comprendre que je suis maître de mon véhicule, en bref, je dois affirmer que j’existe et que l’on me doit du respect.
Autre exemple, afin d’étayer le propos véridique de Laurence. À mon départ pour la France, à l’aéroport du Caire, à la douane, et à mon retour au Caire, au même endroit, à la douane encore, ces deux fois, je me suis disputé en arabe avec des femmes égyptiennes qui trouvaient que la file n’avançait pas assez vite. Elles n’ont manifestement pas pris la peine de penser que bousculer les gens qui font la queue ne fait pas avancer plus vite le travail de contrôle de la police et que par conséquent, tout n’ira pas plus vite. Ainsi, la première femme, s’est mis tout d’abord à me coller. J’en ai pris l’habitude, c’est typique dans le metro, même si cela me déplait. Puis, elle m’a poussé du bras, dans mon dos. Là, je me suis retourné et lui ai demandé quel était son problème. Elle a eu le culot de hausser le ton, j’ai fait de même et lui ai fait comprendre que je ne bougerai pas et que je souhaitais qu’elle cesse immédiatement de me bousculer. Son mari est intervenu, elle s’est tout de suite tue. Il était bien plus patient qu’elle, et il a aplani la situation en s’adressant à elle, pas à moi.
Fort heureusement, en Egypte, il y a toujours des contre-exemples, et l’on croise aussi au quotidien des personnes qui vous aide, des hommes galants, des femmes bienveillantes. Toutefois, le manque de respect tend à devenir majoritaire.
Qu’elles en sont les raisons ? Il y a sûrement plusieurs sources, et il serait long de disserter là-dessus, mais il m’apparaît que dans une ville qui contient un nombre si important d’habitants, plus que jamais il faudrait de la discipline et du respect, et plus que jamais c’est finalement impossible, comme si l’aspect numérique dépassait tout le monde et rendait les choses vaines. Vous me direz, Kyoto au Japon est une ville qui explose, pourtant les gens y sont réputés pour leur discipline ? Hélas pour eux, vu de loin, ils ressemblent du coup à des robots.
L ‘Egypte est très extrême, on l’a déjà dit milles fois. On peut s’y sentir beaucoup plus en sécurité qu’ailleurs à cause de la solidarité, de la présence policière, etc…Et à la fois s’y sentir en danger à cause de l’inconscience des gens. Les Égyptiens ont globalement une certaine sagesse qui les pousse à s’entraider en famille, entre amis, à capitaliser en investissant dans des voitures ou maisons pour léguer à leur descendance…Et en même temps, ils jouent avec la vie humaine et les nerfs d’une façon irresponsable.
Et du côté de Paris ? Tout semble bien réglementé, pourtant les gens se plaignent aussi du manque de respect dans la rue, et de la froideur des gens. Pourquoi ?
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16 août 2007
Pare-choc
Ce n’était pas mon jour, en tout cas pour conduire.
Au retour de la mosquée, à Héliopolis, après avoir assisté à cinq minutes d’un mariage, je nous reconduis B et moi. Je quitte le calme quartier Sheraton pour m’engager sur la grande voie qui nous ramènera au centre de la ville. Généralement, les voitures sont vite et sont éloignées du bord de la voie, or, je n’avais pas vu un taxi passer derrière moi pour s’enfiler sur la voie en me dépassant par ma gauche, j’avais le nez collé au trottoir de gauche pour trouver l’espace pour m’engager, et pensais d’intuition qu’aucune voiture ne pouvait être aussi proche de moi.
Peut-être est-ce la semaine que je viens de passer en France, qui m’a fait oublier quelques secondes, fatales, que je me trouvais au Caire, et que dans ce cas, tout peut se passer. J’avance pour m’engager, et, au dernier moment je m’aperçois que j’ai un taxi devant moi, en perpendiculaire, avançant lentement, il venant évidemment de l’arrière, et théoriquement n’avait rien à faire là et était censé attendre que je m’engage, et ma suivre. Mais cette réflexion est sans compter l’impatience et l’audace des conducteurs cairotes. A cela s’ajoute mon inexperimentation, en effet, cela ne fait que deux moi que je conduis notre 4/4 récemment acquis, et mes réflexes ne sont pas encore très fiables.
J’ai donc démonté le pare-choc du taxi et ai embouti la partie de taule qui se trouve au-dessus de sa roue arrière. Cela s’est réglé à la cairote. Un autre taxi s’arrête, et les deux chauffeurs se sont disputés, je ne sais pourquoi, un couple qui se trouvait de l’autre côté de la voie sont venue mettre leur nez là-dedans. Le chauffeur victime de mon inattention a évalué les dégâts, et nous a proposé une somme pour les réparations. B a négocié. On s’en esti sorti à peu de frais.
Du coup, j’étais un peu stressée sur le chemin du retour downtown, mais tout s’est bien passé, malgré les multiples queues de poissons autour de moi. J’explique pour les lecteurs français de France : je suis sur la voie du milieu. A gauche, il y a un U turn, à ma droite une file de voiture. Et bien, les voitures de droites qui veulent tourner à gauche, au lieu de s’êtres mis sur la file de gauche 50 mètres plus tôt pour tourner aisément sans gêner personne, restent nonchalamment sur la voie de droite, et au dernier moment coupe le passage aux véhicules de la file du milieu pour prendre le U turn et griller aussi par la même occasion la priorité à ceux qui avaient pensé à se mettre à gauche suffisamment tôt. Ceci, est une règle générale de la conduite ici, n’importe qui déboule de n’importe où à tout moment : voitures, cyclistes, piétons passant devant un bus qui cache le reste du trafic…
Le truc, c’est de le savoir. Mais au bout de deux mois de conduite, min inconscient n’est pas encore à 100% réactif à ceci.
Et cela n’a pas loupé, en arrivant dans le Downtown à la sortie du tunnel Salah Salem, je souhaite continuer tout droit, et encore une fois, les voitures à ma droite me coupe le chemin pour couper à gauche, du coup je me retourner pour les voir arriver et tenter de me faufiler, en avançant lentement, et j’emboutit un second taxi devant moi qui avait stopper entre temps en plein milieu du carrefour, carrefour d’ailleurs boucher par moult piétons et cyclistes, et fauteuils roulant, et une petite fillette d’environ 5 ans, seule, dont la tête dépassait à peine le pare-choc du 4/4, Avec chance, je l’ai vu et ne lui ai pas foncé dessus...
J’ai décidé de ne pas me décourager, et d’aller jusqu’au bout du défi de la conduite au Caire. Je crois avoir compris qu’à la conduite est appliqué le même comportement que face à un problème X. Face à un mur, l’égyptien contourne et avance, tandis que le français s’arrête et pense.
20:25 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
07 juillet 2007
Le goût de la Révolte
"Le cri" (Skirk), Edvard munch, 1893
C’est de façon A Priori (Dédicace à Kant), que je porte l’originalité tel un vêtement, en Egypte. J’y suis un sujet dont le prédicat « étrangère » est compris dedans :La couleur de ma peau, mon accent, mes manières, mes choix…Tout cela, aux yeux des Égyptiens est forcément original, alors c’est dire que je n’ai pas à faire beaucoup d’efforts pour être l’excentrique de service !
J’ai toutefois rencontré des occidentaux à qui cela pesait d’être « the target » dans la rue, d’avoir tous les regards posés sur eux, d’être assené de questions sans arrêt.
Si les questions m’emmerdent parce que je n’aime pas avoir à me justifier de quoi que ce soit, le fait d’être en position de marginalité constamment ne me gêne pas, je l’assume comme une situation assez naturelle, comme un fait, je ne ressens pas l’envie de ma cacher dans un trou de souris. Et pourtant la tâche est bien difficile dans un tel pays. Les classes sociales y sont multiples, strictement hiérarchisées, et globalement coincées entre deux extrêmes : les milliardaires et les miséreux. L’Egypte fonctionne à l’étiquette, les membres d’une classe sociale définie n’évoluent pas dans une autre classe, chacun à son quartier, ses bars, ses supermarchés, mode de transport…Rares sont les gens qui naviguent d’une classe à l’autre (qu’ils en aient envie ou même y soient autorisés), seuls les étrangers des pays développés comme on dit, le font sans tabous ou presque (parfois ils se laissent happer par la psychose de l’étiquette par suradaptation ou alors snobisme) , car, ils socialisent avec l’idée inconsciente d’égalité entre les hommes. Ainsi, un étranger au Caire peut autant boire un thé dans la rue l’après-midi, que dîner dans un « five stars » le soir. Lorsqu’il est dans le restau cinq étoiles, les Égyptiens autour de lui ne peuvent s’imaginer que cette même personne puisse aussi apprécier les cafés des rues du Downtown.
Pour toutes ces raisons, une bonne partie des occidentaux présents en Egypte est forcément originale, voire tout ce qui ressemble de prés ou de loin à un étranger. Par exemple (cas réels), un Égyptien se promenant aux côtés d’une occidentale est pris pour un Espagnol, une égypto-allemande ayant hérité des cheveux blonds de l’un de ses parents, bien qu’elle parle parfaitement et sans accent l’Arabe, les Égyptiens qui la croisent lui répondent en anglais, etc…
Ce statut d’originalité non forcé, qui me vaut parfois de m’entendre dire que je suis « totally crazy », me flatte plus qu’il ne me perturbe. En effet, tout comme Loïc, je prends l’originalité comme un bienfait, un dépaysement, un rafraîchissement, un contre-pouvoir, un statut quasiment artistique et politique s’il est utilisé pour faire passer des idées.
Maintenant, je vais tenter de répondre plus en précision à Loïc, à sa question qui portait sur le militantisme. Suis-je en manque de ne pouvoir crier haut et fort ce que je pense dans un pays totalitaire ? Pas vraiment. Tandis que par le passé j’ai fait du militantisme au sein de l’Education Nationale Française, mon investissement politique pratique et nul à présent. Mais sans doute l’investissement théorique est-il plus fort. Il y a d’autres moyens de crier : par les mots, l’Art, les larmes, le sourire…
Le sentiment de révolte ne m’a jamais quitté, il est intrinsèque à ma personnalité et au choix fait jadis d’avoir étudier la Philosophie. L’observation, les interrogations, peuvent servir à pointer du doigt les injustices, à les dénoncer.
Peut-être aussi, qu’avec l’âge, je ressens moins le besoin d’imposer mes idées par la force. Disons que, je savais en gros à quoi m’attendre en venant en Egypte, et que je ne vois donc pas l’utilité de me plaindre de la situation, au contraire je fais avec, du mieux que je peux. Tant que je ne me sens pas frustrée tout va bien.
Par ailleurs, l’Egypte est-elle vraiment plus immobile que la France ?
En apparence oui, mais ce n’est pas si simple. Si le pouvoir en place est immobile, les gens le sont plus ou moins. Ils n’ont peut-être pas beaucoup d’espoir que les choses changent, ils se comportent socialement de façon collective et normalisée, codée, et ne laisse qu’une place infime à l’expression de l’individualité. Mais ils ne baissent pas les bras pour autant. Je ne crois pas qu’il y ait plus de dépressifs ou suicidaires ici qu’en France. La plupart des Égyptiens se démènent chaque jour pour trouver des solutions alternatives dont nous français procéduriers et psychorigides n’aurions pas idée, à leurs problèmes quotidiens. La nécessité de trouver un système parallèle pour s’en sortir les pousse à être ingénieux, à user de la modernité bien plus que nous : téléphones portables, Internet…Ils n’acceptent pas qu’un problème n’ait pas sa solution. Lorsqu’un Français n’a pas le papier nécessaire pour obtenir quelque chose, il ronchonne contre l’administration, à raison d’ailleurs, car il n’y a guère d’autres façons de procéder en France. Dans la même situation, un Égyptien cherchera automatiquement à faire sans le papier, et il trouvera très facilement des réseaux pour y parvenir.
Je ne dirais pas non plus des idées en Egypte qu’elles sont immobiles. L’extrémisme religieux est une minorité, des embouchés on en trouve partout dans les provinces françaises aussi, mais l’Egypte a ceci de précieux qu’elle accueille une quantité phénoménale d’étrangers expatriés, de touristes…Les idées nouvelles pénètrent donc régulièrement sur son sol, mais avec chocs et fracas parfois. La culture américaine et la seconde culture en Egypte (les films, la bouffe…). Tout cela ne suffit pas à créer une avant-garde efficace et intellectuellement noble, c’est certains. Mais l’Egypte bouge à son rythme, lentement, mais sûrement. Bouger ne signifie pas non plus obligatoirement avancer, cela veut aussi dire reculer, mais tout est relatif. Qu’est ce que le Progrès ? avoir élu Sarkozy en France est un progrès pour ceux qui pensent qu’il faut surtout avance sur le plan économique par la libéralisation du travail, sur le plan sécuritaire par plus de contrôle sur les mœurs. C’est un recul pour ceux qui pensent que le progrès passe par la Culture, l’Education, L’Art, la mixité culturelle…
Photogramme de la révolte des ouvriers dans "Metropolis" de Fritz Lang, 1926
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03 juillet 2007
Blogs d'Expats
15:02 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Blogs, Egypte, français, lepetitjournal, Le Caire, Marie Girod
25 juin 2007
Adultance de l'Expatriation
En ce qui me concerne, plus j’approche des 30 trente ans plus cela devient intéressant. Je n’éprouve aucune nostalgie envers ma jeunesse, il y a eu trop de moments détestables et plus cela avance moins je vois de positif là-dedans à part ce qui a tout de même fait de moi qui je suis, un être non pourri, mais bon, c’est du passé, et maintenant il s’agit de ne pas perdre les bons acquis, de ne pas se laisser dévaster par le passé, de maîtriser le présent et surtout pas l’avenir.
Quelque part, je suis née il y a deux ans, à mon arrivée en Egypte. Le reste, l’avant, c’est comme un code génétique, de l’inné : ma politesse trop formelle, mon éducation gustative, mon goût pour l’étymologie, ma répulsion pour la chaleur, mes idées utopiques…Bref, tout ce qui me vient de mes 27 ans en France et qui sont le naturel qui revient au galop chaque jour, ici. À cela s’est superposé un autre naturel, de nouvelles habitudes bien étranges : manger la viande et le poisson avec mes doigts, me luxer la hanche dés qu’il y a de la musique, regarder la TV française comme si c’était une autre planète, respecter l’idée de Dieu…J’ai encore du mal à croire que c’est moi parfois, mais c’est pourtant le cas.
J’ai encore des rêves à réaliser, mais ces deux dernières années j’en ai eu pour mon grade en hallucinations et ça continue, et ça continue…
Je n’ai pas peur de m’éterniser dans le Proche-Orient pendant la trentaine. Qu’ais-je de mieux à faire que de continuer à être témoin, mon activité favorite, d’un monde hallucinant : Tout est sous mes yeux au Caire ou presque : la géopolitique arabe (la star du début du XXI ème siècle), le cosmopolitisme, la richesse à dégueuler, la pauvreté qui remet en place, le spirituel, le religieux, l’injustice, le désespoir, le rire et le sourire, la joie dans le malheur, la naïveté et le pessimisme, l’apolitisme et le nihilisme, la corruption et l’administration, la bouffe Thaï, le Mac Do, Fauchon, les Shawermas et Awawchis, et la Crêperie bretonne, Les Maserati et les Peugeot 505 Break, la mer Rouge et les mers de sables, l’eau d’Evian et l’eau du Nil, la nuit et le jour….Tout ça pour dire que dans la cour des miracles, cette Babylone moderne, j’aurai toujours à penser, à manger, à boire, à faire en option…
Je suis témoin et cela me plait, témoin de la vie des autres, et de la mienne.
Précédemment, je philosophais dans le boudoir, une bibliothèque bien garnie, du thé, un coussin calé dans le dos. Aujourd’hui c’est plutôt du reality show, je passe 12 heures par jour minimum à être témoin : lecture quotidienne de la presse internationale, en France, en Egypte, lecture des blogs, visionnage de France 24, Al Jezira, Dubaï TV, interview pour des articles : artistes, éleveur d’Autruches, vendeur sde bouquins…Observation en terrasse de café, baladi, Centre culturel français, ou le jardin de Mariott (ou endroits secrets, qui restent secrets car la meilleure observation se fait en tout anonymat derrière des lunettes noirs pas discrètes), ainsi je balaye l’éventail de la société en Egypte (celle qui va dans les cafés, et c’est la plupart). Lorsque je suis en action, c’est moi l’observée, et que ce que les Égyptiens en pensent ? J’ sais pas. Sans doute que je dois passer pour une tarée à leur yeux bien des fois. Mes petites bourdes de nanas tête en l’air passent encore en France on apprécie une certaine fantaisie dans le comportement, mais ici, je suis indécodable.
Et je fais quoi de tout cela ? Je me délecte du grouillement de la vie sur terre, de la capacité de l’être humain à aller du bien au mal, du mal au bien. Je n’ai pas d’idée là-dessus. L’homme est-il un être de bien ou de mal a priori ? Sûrement ni l’un ni l’autre et c’est pas si défrisant que cela.
Témoin mais pas moins actrice. Quelque chose a t-il vraiment changé en moi ? Oui. Si Dieu ne m’est toujours pas connu ni reconnu, je ne le tolère pas moins, et ne le respecte pas moins. Le bain tantôt spirituel, tantôt religieux, tantôt extrémiste, m’a mis face à Dieu d’une certaine façon, voire à mes côtés. Disons que j’ai appris à le respecter à travers les croyants et pratiquants que je respecte via l’affection que je leur porte. Finalement on ne peut pas rester bien longtemps complètement en dehors de cela, même si on est athée. Je vis avec Dieu d’une certaine façon, je vois qu’il fait du bien à certains, qu’il est très présent dans leur vie, irréfutable, alors pourquoi continuer à le bannir. Je n’en ai pas besoin, mais je lui accorde enfin une place en ce monde, dans le mien. Comme par magie, cette évolution m’a fait comprendre beaucoup de choses et m’a rendu certainement plus tolérante. Je confesse au passage un certain extrémisme anti-religieux de ma part, dans le passé. Dommage que ceux qui ne m’ont pas connu jadis, n’ayant pas de moyen de comparaison, me trouve par conséquent très matérialiste et peu flexible. Je ne peux les blâmer de ne pas avoir été témoin du chemin que j’ai parcouru.
Ce qui n’est pas évident est ici : vivre comme si on existait que depuis deux ans, car on a pas de traces du passé : pas d’ancienne école, pas de premier vélo, pas d’ancien instit, pas sa famille, pas ses vieux potes. Mon passé est mon secret, ma tombe, on ne peut me comparer que sur une échelle de deux petites années et cela n’est définitivement pas assez pour me juger, pourtant je ne suis pas exempt de jugements trop prompts et donc faussés. Heureusement, certains me surprennent lorsqu’ils parviennent à me lire, à deviner quelque chose de mon passé que je n’ais pourtant pas révelé. C’est drôle d’être parfois traité comme une enfant qui a tout à apprendre, la langue, les coutumes, comme si je n’avais rien fait de ma vie auparavant.
Alors tu vois Loïc, en ce qui me concerne, je ne sais plus bien sur quoi baser mon adultance, c’est plus que relatif en ce qui me concerne
02:31 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
21 juin 2007
Auto Pub
En ligne encore pour quelques jours sur http://www.lepetitjournal.com/le_caire.html
CULTURE - "Danse, un rêve sur scène", une performance théâtrale de Sherif Al Morsi, le frère de mon boyfriend, avec leur petit frère dans le rôle du dormeur, et mon amie Lulu en guest star.
A voir aussi (c'est mon Blog, alors je passe avant :-), les articles de mes collègues, dont l'une nous quitte sous peu pour vivre en Australie, Bon voyage Flavie !
"Tamer"
Photo Marie Girod
12:05 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Sherif El Morsi, ludivine perrin, short feature dream, festival danse for theater 2007, cairo opera house
20 juin 2007
Good Bye Lulu !
Trois mois ? J’ai pourtant l’impression que c’était hier. Trois mois pour ma vieille pote Lulu, c’est assez pour être triste de me quitter, moi, le Caire et les autres, mais pas assez pour ne pas avoir envie de revenir. On a fêté ce départ du Caire, et retour à Paris, en tête à tête sur la terrasse du Nile Hilton, vue sur le Nil, le coucher de soleil, les pyramides au loin, sirotant des mojitos. Sur le chemin du retour de l’aéroport, vers 1h du matin, il faisait chaud, tout était calme aux alentours, j’avais le temps, alors je me décide à emprunter pour la première fois un bus de ville pour rentrer dans le centre du Caire. J’ai attendu dans le bus une bonne demi-heure, avec des passagers égyptiens sortant d’un vol quelconque, exténués. Lorsque le chauffeur a réapparu, il s’est aperçu que le système de bouteille de gaz qui sert à ouvrir et fermer les portes fuyait. En effet, cela sentait rudement mauvais. Il entrouvrit le compartiment des bouteilles et des vapeurs dynamiques s’exhalèrent. J’ai bien cru qu’on allait exploser ! Une fois rassurée (par quoi ? par rien, mais « incha’Allah » dans mon esprit a suffi), je me suis remise à respirer, on s’est mis en route.
Puis ce fut la découverte. Depuis deux déjà, je me rends chaque dimanche à Héliopolis dans le quartier du Sheraton : grandes avenues, grands immeubles, et rien d’autres. Autant dire que l’image d’Héliopolis que je cultive depuis ce temps est assez négative. Mais le bus a sillonné le vieil Héliopolis sur le chemin du Downtown, celui de l’époque coloniale. Mes yeux se sont écarquillé durant une demi-heure voyant défiler une cinquantaine de ces magnifiques immeubles aux balcons et terrasses en alcôves dentelées. Ils sont splendides et nullement noircis comme le sont les bâtiments plus haussmannien du Downtown. J’ai remarqué au passage qu’un café Starbuck avait élu domicile au rez-de-chaussée d’un de ces beaux immeubles, avec une grande terrasse. C’est Starbuck, mais c’est pas n’importe où. Remarquez, celui qui se trouve sur la place de l’Opéra à Paris est bien situé lui aussi.
Bref, pendant que Lulu grimpait dans son avion en partance pour Paris, moi je voyageais dans Héliopolis avec une réelle sensation de découverte.
Arrivée dans le centre, j’étais moins fière lorsque je me suis rendu compte que le bus ne s’arrêterait pas sur le midan Tahrir mais à la station de microbus derrière le musée archéologique. Pour ceux qui connaissent, c’est un parking infâme, sous des autoponts, entouré de grandes voies dont la traversée est suicidaire. J’ai eu toutes les peines du monde à trouver un chauffeur de taxi qui veuille bien me ramener chez moi, non loin, pour un prix normal, et m’inspirant la sécurité. Je l’ai quand même trouvé, et une fois dans les rues calmes de Garden City, j’ai eu un grand sentiment de Home Sweet Home.
Je suis sur mon balcon, il est trois heures du matin, il fait 27 degrés d’après le widget météo de mon dashboard. B est encore au boulot, de retour d’Alexandrie pour la couverture du concert de Souad Massi, merde, j’ai manqué ça ! Mais je ne manquerais pas celui de jeudi au Caire.
Heliopolis, Al Kurba.
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05 juin 2007
Cruauté Ô cruauté
Cette semaine dans le magazine télévisé « Envoyé Spécial », un reportage sur l’entreprise et les suicides.
Fait-divers ou nouveau phénomène social ?
Les accusées ? les grosses entreprises qui, pour maintenir leur niveau de profit, l’augmenter, suivre la compétition internationale, mettent la pression sur leurs employés, du simple ouvrier au cadre supérieur : des heures sup gratis, de l’humiliation, de l’injection de stress parce qu’on pense que c’est moteur…
Et l’on commence à se rendre compte que le stress, à haute dose, peut être destructeur…
Franchement, quel est le meilleur compliment que l’on puisse faire sur quelqu’ un ? Dire qu’il est gentil ? Non, trop facile, cela concerne un tas de gens, c’est banal.
Dire qu’il est créatif ? Non, ceux qui ont une tendance artiste sont automatiquement assimilés à des originaux, un peu rebelles, un peu bizarres…C’est forcément louche.
Dire qu’il est beau ? Non, c’est trop superficiel.
Dire qu’il est travailleur ? Oui, Bingo. La valeur Travaille, voilà le Graal ! Personne ne trouvera à y redire.
Car la notion de travail charrie aujourd’hui avec elle l’idée de docilité, de soumission. Un bon travailleur, c’est celui qui obéit, s’adapte, casse son originalité pour se mouler dans l’ambiance de l’entreprise, c’est celui qui se soumet à la hiérarchie, qui, par respect, troque son jean dans lequel il se sent tant à l’aise pour se serrer la glotte dans un col cravate pour saluer son patron. Le bon travailleur, c’est celui qui sait faire du mauvais travail parfois, pourvu que cela rapporte du fric à l’entreprise, pas d’éthique, pas de scrupules !
Mais, c’était comment avant ? Avant, il y avait des mineurs qui travaillaient 14 heures par jour, pour un salaire de misère et dans des conditions ignobles. Maintenant, il y a des cadres qui travaillent 14 heures par jour dans des cages à vaux insipides pour acheter une maison Bouygues et une 406. Quel Progrès !!!!
Rien à changer au final.
En réalité, l’humiliation commence dès la sortie de la fac. On vous annonce froidement que vous avez fait tout ce chemin pour rien, qu’il ne s’agit pas d’avoir lu plein de livres, mais qu’il faut s’adapter à la demande du marché, prouver sa motivation en bossant plus que les autres au début, accepter de quitter famille et patrie pour trouver l’opportunité là où elle est…Bref, futur travailleur, oublie que tu as une vie, des envies, et focalise-toi sur le seul domaine dans lequel la société te reconnaîtra et te félicitera, si tu joues le jeu, Travaille !
Il est amusant d’observer à l’œuvre les recruteurs qui ont la mémoire courte, qui ont oublié qu’eux aussi ont dû mettre leur orgueil dans leur poche pour en arriver là où ils sont. Ils se vengent, ni plus ni moins, il traite le demandeur d’emploi comme un coupable, qui, au banc des accusés doit justifier de tout ce qu’il a fait ou n’a pas fait dans sa vie, justifier de ce qui est jugé comme un point faible chez lui.
Non, le travail n’est pas une valeur mais une obligation. Il est dans de rare cas une passion.
Il est bien difficile de savoir si le travail, seul, peut conduire au suicide. Sûrement que s’il reste à sa place, non. Les dégâts commencent selon moi, quand il prend tout l’espace de la vie, empiète sur les loisirs, la famille, le sommeil…Lorsqu’il passe avant tout le reste et que cela n’est pas un choix.
Méfions-nous…Certains disent qu’ils veulent remettre les Français au travail ! Je ne crois pas qu’ils se contentent de faire baisser le taux de chômage, mais cela sous-entend qu’il y a trop de flemards. Et le flêmard, c’est la seconde bête noire après les immigrés…
01:14 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : valeur, travail, exploitation, travailleur, entreprise, suicide
29 mai 2007
Vie de quartier
Je n’y vis que depuis cinq mois, j’en rêvais, c’est fait, et j’y suis déjà fortement attachée.
C’est l’Egypte et l’Europe à la fois. Relativement petit, constitué de petites rues en arrondis qui se rejoignent à de petits carrefours ombragés par les arbres.
À première vue, il n’y a que des villas anciennes et en ruine, et des ambassades. Mais si on prend le temps de s’y promener, et d’y vivre, on découvre des restaurants (chics ou de rues), des épiceries, des pharmacies, des coiffeurs, des pressings, des associations (de Cinéma dont le parrain est Omar Sharif, l’Unesco), des écoles, et aucun de ses lieux n’affiche d’ostentatoires publicités telles qu’on en trouve dans le Downtown, à Zamalek, à Maadi, à Héliopolis, ou le summum du phénomène, le temple de la consommation, à Mohandessin.
Garden City est sûrement le quartier le plus calme du Caire, on peut s’y promener la nuit en s’imaginant dans un village. Pourtant, des épiceries et des cafés sont ouverts jours et nuits, mais les tenanciers ne courent pas agressivement après le client et le touriste.
La journée, c’est tout autre chose. La population du quartier s’agrandit, tous les employés des banques et des ambassades arrivent au travail et en repartent au même moment, par conséquent, deux fois par jour Garden City est impraticable à pied à cause des embouteillages dans les petites rues et des concerts de klaxons.
Un autre visage de Garden City est la haute sécurité sous laquelle est mis le quartier. La moitié des rues qui y mènent est bloquée par des check points. Seuls les véhicules à plaques diplomatiques passent au travers de ces barrages. Quant aux riverains dont les visages sont étrangers au quartier, ils se voient demander leurs passeports à l’entrée. Heureusement, il reste une moitié des accès par lesquels on peut aller et venir à sa guise sans croiser de policiers ni de chiens renifleurs de drogue et de bombes.
Pour ceux qui ont la chance d’habiter un des hauts immeubles du quartier, on a vue sur le Nil, les voiles des felouques et Grands Hôtels. Garden City est en outre particulièrement bien situé au sein du Caire. On traverse une des grandes voies en bordure du quartier, et l’on est en plein Downtown, par un autre côté, on se retrouve sur le Place Tahrir, le cœur du Caire, et par un autre côté encore on traverse juste un pont au-dessus du Nil pour se retrouver sue l’île de Gezirah-Zamalek. Inconvénient : de tous les côtés, il n’y a pas d’autres choix que de devoir traverser de larges rues où les voitures circulent sur 4 voies ou plus, à une allure effrayante.
J’en reviens à ce que j’aime dans ce quartier. À chaque rue, on découvre de vieilles villas en plus ou moins bon état, faites d’architecture européenne. Garden City a été édifiée en 1905 par des propriétaires terriens et des Belges. Les styles turco baroque, italianisant et néo-islamique cohabitent. Chaque rue est jonchée d’arbres ce qui rend l’atmosphère particulièrement respirable en comparaison avec le Downtown tout proche. J’y apprécie le calme de la nuit, le marchand de journaux qui vend « Le Monde » et le « Canard enchaîné ». En effet, Garden City est largement peuplée par les occidentaux, mais n’a pas du tout l’allure des compounds pour riches étrangers que l’on retrouve dans les quartiers ex-centrés. Garden City reste humaine, très humaine, et les cafés du quartier accueillent plus d’Égyptiens que d’occidentaux. On reste en Egypte quoi ! Tout en ayant le confort du rappel de l’occident.
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27 mai 2007
Le principe de réalité, encore et toujours…
Contrairement à Loïc qui semble s’épanouir de plus en plus dans sa vie professionnelle, la mienne me semble un tunnel dont je ne vois pas le bout.
Je n’ai toujours pas trouvé ma place sur le marché du travail, tout me frustre, m’ennui, ou m’effraye.
Le cocon de la Fac me manque. Cocon, car je m’y sentais centrée sur moi-même (un peu trop même !). J’avais conscience de la chance que j’avais de me lever le matin pour apprendre et réfléchir.Quoi de plus beau qu’une journée passée à écouter parler des gens instruits, qu’à voyager dans l’histoire immense de la pensée, refaire le monde milles fois par jour dans sa tête, puis tenter la création par les mots poser sur le papier après maintes lectures et relectures d’œuvres.
Même si tout semble m’intéresser, une fois que j’ai l’impression d’avoir fait quelque peu le tour de mon environnement, et que je me recentre sur moi-même, je m’aperçois qu’il n’y a guère qu’une chose pour laquelle je peux me forcer à me lever le matin, c’est l’occasion d’apprendre, d’écrire, de penser, et d’être utile au monde par ce biais…
Il n’y a que le monde universitaire qui m’est donné le goût du challenge, la force d’en baver. Toutefois les travers élitistes et pompeux de ce même monde m’ont aussi dégoûté à moment donné. Toutefois, j’étais bien décidé à m’y accrocher, et ce n’est pas de mon propre chef que je l’ai quitté, c’est le système qui m’a mise « out ».
Le principe de réalité étant ce qu’il est et la dose de culpabilité qu’il inflige à ceux qui tente de le nier, m’a fait céder. J’ai renoncé à la voie de la Recherche qui demandait encore des années d’investissements en énergie, d’argent, de concentration, pour me professionnaliser ! Elle est bien bonne celle-là ! Comment professionnalise t-on une étudiante en Philo ? Il faut poser la question à l’ANPE. J’y ai cru, et je crois toujours que les gens comme moi on leur place en ce bas monde, mais le bas monde lui, ne le sait pas. Bref, j’ai écouté la voie de la sagesse et je me suis collée aux concours de l’Education Nationale Française : levée tous les matins à six heures, couchée pas avant minuit ou une heure du matin, partageant mes journées entre le boulot au Lycée, la Fac et L’IUFM, le couperet est tombé. Le nombre de postes à pourvoir était dérisoire, et mes efforts fournis insuffisants. Je n’ai pas retenté l’expérience, je me suis cassée, loin, très loin de tout cela. Mais comme j’avais encore de l’énergie vitale, je suis allée vivre dans le monde arabe, depuis, mon cerveau s’épuise à comprendre ce qu’il s’y passe, je ne philosophe plus que dans ma tête, et je me sens bien seule. Je suis entourée d’artistes par contre, mais ils sont autant rattrapé par le principe de réalité, on ne s’en sort pas.
Ce ne sont pas les projets intellectuels qui manquent dans ma petite tête, mais tant que ne sera pas réglé la question du principe de réalité qui veut qu’il faille s’assurer de quoi bouffer pour penser, je ne serai pas en paix pour relever un nouveau challenge intellectuel.
En deux ans, on m’a proposé plus de boulot en marketing (domaine auquel je ne connais rien, et dont j’ai une très mauvaise opinion), que de boulots pour lesquels on aurait besoin de ma formation en sciences humaines. Étrange, étrange, on est prêt à prendre une ex-étudiante en Philo en marketing ??? Je ne m’attendais pas à un truc pareil, il y a une faille dans le système ! J’ai refusé, biensur, je n’ai pas envie de me vomir dessus. J’ai pas fait Philo pour travailler à l’enculage du consommateur, question d’Ethique. Mais jusqu’à quand vais-je encore pouvoir me payer le luxe de snober ainsi les capitalistes ? Après tout, ce sont eux les maîtres du monde, et la résistance à un coût !
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