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22 juillet 2007
De Louis Pasteur à Victor Hugo
Je n’avais jamais remarqué. Comment se fait il que je n’ai jamais fait attention à ça ? C’est pourtant dans la veine folle des fils ténus qui font sens et qui relient chaque étape de ma vie comme dans une symbolique qui fait hésiter entre hasard et destin.
Nous avions réaménagé l’appartement en septembre dernier (déjà 10 mois !) et installé mon bureau dans la pièce la plus au fond, qui donne sur la rue.
Alors que je me tenais là en train de tapoter à toute vitesse sur les touches du clavier comme à mon habitude en laissant traîner toutes les fautes de frappe ou d’orthographe pour ne pas couper cours au flux des idées, de peur de ne pas les retrouver ensuite, j’ai levé les yeux à la fin d’une phrase (trop longue et trop bancale, comme je sais si bien les faire pulluler !). Et là qu’est ce que je vois ! Dans le reflet de la fenêtre ouverte, je sursaute ! Je tourne les yeux légèrement à gauche et oui, elle est bien là : une des maisons que Victor Hugo a habité.
Cette grosse maison peinte en bleu, d’un bleu à la limite du laid, tranche complètement dans l’architecture contemporaine de la rue actuelle. J’ai vu s’élever les immeubles qui lui sont mitoyen, en 2001 pour sa droite, 2003 pour sa gauche. Et elle est toujours là, protégée au titre des sites classés au patrimoine, elle apparaît comme un trou temporel qui me nargue par la fenêtre en référence à tout un monde passé et de mon passé.
Besançon, septembre 1996. J’ai quitté ce matin là les plateaux du Haut-Doubs, les régions montagneuses où la neige bloquait ma porte fenêtre de la Toussaint à Pâques où mes parents s’étaient installés depuis trois ans, après avoir quitté l’Allemagne. Ce jour là j’ai vraiment eu l’impression de naître. J’avais fait des pieds et des mains pour intégrer un Lycée bien précis, qui avait une réputation sulfureuse dans la région et m’apparaissait comme un refuge, un havre où vivre et construire ma propre personnalité. Je ne m’étais pas trompé. J’entrais alors sous la protection symbolique de la double figure paternelle de Victor Hugo, bisontin de naissance, et Louis Pasteur, dont le lycée portait le nom. J’ai vécue, aimé, grandit, rue Pasteur, place Pasteur, place Victor Hugo, place du Square Castant devant le maison natale de Victor Hugo, d’amour en déception, de Christophe en Christophe (pourquoi s’appelait il tous « Christophe » celui qui porte la croix ?) J’ai vécu cinq années dans la Boucle du Doubs dans l’ombre des illustres pères de la ville entre science et littérature (le choix de la philosophie des sciences n’est peut être pas un hasard !)
11 septembre 2001, au moment où les tours s’effondre je prends un train dont le terme du voyage, je ne le savais pas encore, serait Paris. Au moment de l’explosion de l’usine AZF je suis sur le quai du métro, station Pasteur, et Olivier entre dans ma vie, transformant en une seconde toute ma situation. De Pasteur en Victor Hugo, de la station de métro à l’appartement où je le retrouve ce soir là et où nous sommes toujours, face à la maison d’Hugo…
Je change de fac, je me retrouve à la Sorbonne, j’entre dans la cours d’honneur et qu’y vois-je ? Deux statuts, deux seulement : Louis Pasteur et Victor Hugo…
Ensuite les références s’enchaînent, se multiplient, n’ont de cesse de s’entremêler pour faire réapparaître à chaque nouveauté, à chaque changement de lieu, ces deux noms : Pasteur, correspondant à chaque fois à l’initiation et au lieu de joie, et Victor Hugo, plutôt pour les lieux sérieux et la continuité.
Continuité. Hasard ? Destin ? Assurément hasard du patrimoine français d’une part, de la continuité des mouvements migratoire des « intellectuels » et habitude à percevoir les référence à ces deux noms plutôt que d’autres.
Il est un domaine de continuité que j’affectionne plus encore, et qui fera l’objet de la prochaine note : les arbres, dont la longévité permet de relier des générations et de symboliser des lieux…
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