07 juillet 2007

Libera me

Il est une phrase grecque de philosophie antique qui dès le jours où ce cher Monsieur Cotten l’avait inscrite sur un tableau vert sombre à la craie blanche dans une petite salle de la faculté des lettres de Besançon s’est comme gravé au fond de mon globe occipital pour ne jamais en sortir. De manière « translittérale » ça donne : Autarkeia kei autokalon.

Cet aphorisme, qui en gros veut dire « autofondé et autonome » est censé désigner Dieu… Mais cette idée m’a obsédé comme un but inaccessible, qui a le dont de frustrer terriblement.

Je me suis souvent dit qu’il était impossible de s’affranchir de ses automatismes, de s’abstraire de son  contexte socioculturel, de la factualité dont parle Sartre, de l’habitus de Bourdieu, de tous ces innombrables et inextricables déterminismes génétiques ou sociaux qui font de nous le produit figé d’une histoire et de l’Histoire…

Et pourtant j’ai toujours en arrière plan, en plus de cette assertion grecque, un sentiment de liberté radicale. Je sais bien que ce sentiment est lui-même le produit de plusieurs déterminismes : les discours nihilistes et mon père, le résultat d’un cursus de philosophie et la pratique artistique, parfois intense selon les années, en plus de l’indépendance dès 19 ans… mais qu’importe, il n’en demeure pas moins que l’omnipotence que certains m’attribuent sur le ton de l’humour touchent probablement à quelque chose…

L’acte gratuit, impossible d’après Gide, n’en demeure pas moins la preuve qu’il est possible de dépasser le carcan des conventions et de l’habitus, ce qui devrait faire plaisir à l’ethnologue !

J’avoue parfois jouer sur le fil de l’impertinence avec un plaisir malin, simplement pour me prouver que je sais aller au-delà du carcan, que j’ose le faire, et qu’on me laisse le faire.

Et c’est cathartique !

Evidemment, je passe souvent pour un original, voir même un psychopathe, mais une fois ce jugement admis par mes interlocuteurs, ils se montrent d’une tolérance surprenante et savent mettre cette désinvolture et la créativité qui va avec au service des projets communs.

Alors pourquoi, si la force de cette liberté individuelle est admise, le monde est il de plus en plus unilatéral, conventionnel et uniforme ??????

Marie, je sais que nous avons le même attachement farouche à l’esprit critique et à l’indépendance d’esprit, est ce que tu n’as pas envie de faire du militantisme en ce sens en Egypte lorsque tu te confrontes à des immobilismes plus forts encore qu’en France ? J’ai parfois envie de crier pour réveiller tous ces dormeurs qui nous entourent ! Alors je cris, évidemment !

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