25 juin 2007
Adultance de l'Expatriation
En ce qui me concerne, plus j’approche des 30 trente ans plus cela devient intéressant. Je n’éprouve aucune nostalgie envers ma jeunesse, il y a eu trop de moments détestables et plus cela avance moins je vois de positif là-dedans à part ce qui a tout de même fait de moi qui je suis, un être non pourri, mais bon, c’est du passé, et maintenant il s’agit de ne pas perdre les bons acquis, de ne pas se laisser dévaster par le passé, de maîtriser le présent et surtout pas l’avenir.
Quelque part, je suis née il y a deux ans, à mon arrivée en Egypte. Le reste, l’avant, c’est comme un code génétique, de l’inné : ma politesse trop formelle, mon éducation gustative, mon goût pour l’étymologie, ma répulsion pour la chaleur, mes idées utopiques…Bref, tout ce qui me vient de mes 27 ans en France et qui sont le naturel qui revient au galop chaque jour, ici. À cela s’est superposé un autre naturel, de nouvelles habitudes bien étranges : manger la viande et le poisson avec mes doigts, me luxer la hanche dés qu’il y a de la musique, regarder la TV française comme si c’était une autre planète, respecter l’idée de Dieu…J’ai encore du mal à croire que c’est moi parfois, mais c’est pourtant le cas.
J’ai encore des rêves à réaliser, mais ces deux dernières années j’en ai eu pour mon grade en hallucinations et ça continue, et ça continue…
Je n’ai pas peur de m’éterniser dans le Proche-Orient pendant la trentaine. Qu’ais-je de mieux à faire que de continuer à être témoin, mon activité favorite, d’un monde hallucinant : Tout est sous mes yeux au Caire ou presque : la géopolitique arabe (la star du début du XXI ème siècle), le cosmopolitisme, la richesse à dégueuler, la pauvreté qui remet en place, le spirituel, le religieux, l’injustice, le désespoir, le rire et le sourire, la joie dans le malheur, la naïveté et le pessimisme, l’apolitisme et le nihilisme, la corruption et l’administration, la bouffe Thaï, le Mac Do, Fauchon, les Shawermas et Awawchis, et la Crêperie bretonne, Les Maserati et les Peugeot 505 Break, la mer Rouge et les mers de sables, l’eau d’Evian et l’eau du Nil, la nuit et le jour….Tout ça pour dire que dans la cour des miracles, cette Babylone moderne, j’aurai toujours à penser, à manger, à boire, à faire en option…
Je suis témoin et cela me plait, témoin de la vie des autres, et de la mienne.
Précédemment, je philosophais dans le boudoir, une bibliothèque bien garnie, du thé, un coussin calé dans le dos. Aujourd’hui c’est plutôt du reality show, je passe 12 heures par jour minimum à être témoin : lecture quotidienne de la presse internationale, en France, en Egypte, lecture des blogs, visionnage de France 24, Al Jezira, Dubaï TV, interview pour des articles : artistes, éleveur d’Autruches, vendeur sde bouquins…Observation en terrasse de café, baladi, Centre culturel français, ou le jardin de Mariott (ou endroits secrets, qui restent secrets car la meilleure observation se fait en tout anonymat derrière des lunettes noirs pas discrètes), ainsi je balaye l’éventail de la société en Egypte (celle qui va dans les cafés, et c’est la plupart). Lorsque je suis en action, c’est moi l’observée, et que ce que les Égyptiens en pensent ? J’ sais pas. Sans doute que je dois passer pour une tarée à leur yeux bien des fois. Mes petites bourdes de nanas tête en l’air passent encore en France on apprécie une certaine fantaisie dans le comportement, mais ici, je suis indécodable.
Et je fais quoi de tout cela ? Je me délecte du grouillement de la vie sur terre, de la capacité de l’être humain à aller du bien au mal, du mal au bien. Je n’ai pas d’idée là-dessus. L’homme est-il un être de bien ou de mal a priori ? Sûrement ni l’un ni l’autre et c’est pas si défrisant que cela.
Témoin mais pas moins actrice. Quelque chose a t-il vraiment changé en moi ? Oui. Si Dieu ne m’est toujours pas connu ni reconnu, je ne le tolère pas moins, et ne le respecte pas moins. Le bain tantôt spirituel, tantôt religieux, tantôt extrémiste, m’a mis face à Dieu d’une certaine façon, voire à mes côtés. Disons que j’ai appris à le respecter à travers les croyants et pratiquants que je respecte via l’affection que je leur porte. Finalement on ne peut pas rester bien longtemps complètement en dehors de cela, même si on est athée. Je vis avec Dieu d’une certaine façon, je vois qu’il fait du bien à certains, qu’il est très présent dans leur vie, irréfutable, alors pourquoi continuer à le bannir. Je n’en ai pas besoin, mais je lui accorde enfin une place en ce monde, dans le mien. Comme par magie, cette évolution m’a fait comprendre beaucoup de choses et m’a rendu certainement plus tolérante. Je confesse au passage un certain extrémisme anti-religieux de ma part, dans le passé. Dommage que ceux qui ne m’ont pas connu jadis, n’ayant pas de moyen de comparaison, me trouve par conséquent très matérialiste et peu flexible. Je ne peux les blâmer de ne pas avoir été témoin du chemin que j’ai parcouru.
Ce qui n’est pas évident est ici : vivre comme si on existait que depuis deux ans, car on a pas de traces du passé : pas d’ancienne école, pas de premier vélo, pas d’ancien instit, pas sa famille, pas ses vieux potes. Mon passé est mon secret, ma tombe, on ne peut me comparer que sur une échelle de deux petites années et cela n’est définitivement pas assez pour me juger, pourtant je ne suis pas exempt de jugements trop prompts et donc faussés. Heureusement, certains me surprennent lorsqu’ils parviennent à me lire, à deviner quelque chose de mon passé que je n’ais pourtant pas révelé. C’est drôle d’être parfois traité comme une enfant qui a tout à apprendre, la langue, les coutumes, comme si je n’avais rien fait de ma vie auparavant.
Alors tu vois Loïc, en ce qui me concerne, je ne sais plus bien sur quoi baser mon adultance, c’est plus que relatif en ce qui me concerne
02:31 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
24 juin 2007
adulte ?
Petit prologue sans lien, je pense bien à Marie ces dernières semaines puisqu’il ne cesse de pleuvoir, presque tous les jours, et le thermomètre reste raisonnable cette année, malgré les records de taux de CO2… Cette pluie en averses parfois aussi concentrées que le serait une cascade et l’humidité fraîche qui l’accompagne ne manquent pas à chaque fois d’évoquer notre Franche-Comté commune et les jours de pluie battante que nous aimons tant.
Je lis avec avidité les posts de Marie depuis le Caire et la soif de liberté qu’ils expriment. C’était un pari osé d’aller là-bas pour se sentir libre et c’est une réussite. Je lis avec passion la plume affûtée de Pierre-Yves qui par delà une certaine mélancolie nous offre des envolées lyriques et exprime lui aussi une assurance et une liberté radicale.
Rien de tout ça avec moi ! Mais j’avoue sentir un besoin récurrent de relâchement ou de divertissement après toutes ces années si sérieusement concentré sur mon double objectif de boulot et de cursus universitaire. J’arrive à la fin de la thèse et le boulot semble bien parti lui aussi, reste à trouver un nouvel équilibre…
Je me dis que c’est peut être tout bêtement ça devenir adulte… et il est vrai que je me suis pris une claque quand j’ai compris que j’avais définitivement changé de statut… Le déclencheur a été lorsque le beau Patricio, un ami à qui je tient même si on se voit rarement, m’a appelé pour m’annoncer la naissance de son fils… évidemment j’y suis allé de mes petites phrases cyniques sur les enfants et ce que je pense de la paternité… mais qu’à cela ne tienne, un à un mes proches expriment leur désirs d’enfant, ou pire, le concrétise… Il faut dire que la plupart sont proches ou ont récemment dépassé les trente ans…
Le second élément de contexte qui a participé à cette prise de conscience, ce sont mes amis plus jeunes que moi, les premiers, parce que j’avais l’éternelle habitude d’être toujours le plus jeune… mais c’est fini, que ce soit Sébastien ou Thomas, tout deux ont trois ans de moins que moi et ont tendance à me prendre pour référent ou pour conseil sur leurs choix d’avenir. Le rôle qu’ils me donnent en faisant cela, s’il flatte mon ego hypertrophié, n’en signifie pas moins que je suis passé de l’autre côté de la barrière à leurs yeux…
Le plus fou c’est que je ne l’ai pas vu venir, la limite entre la « jeunesse » (les fameux moins de 25 ans) et la classification adulte. Pourtant, toutes mes actions de ces dernières années, la stabilité de ma relation avec Olivier, mon acharnement à trouver un emploi stable intéressant et ma constance dans les études tendaient vers cette situation. Une fois quasi atteinte, je suis un peu surpris parce que je n’ai pas prévu ce qui se passerait « après ». Cela signifie peut être que le champs des possibles s’ouvrent à nouveau, sur un horizon totalement différent, et que donc une nouvelle forme de liberté est à tester, libéré des angoisses du lendemain et du compte bancaire en perdition ? Aurai-je enfin le temps de me mettre aux occupations de loisirs que je repousse au lendemain depuis tant d'années ?
A suivre…
23:40 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21 juin 2007
Auto Pub
En ligne encore pour quelques jours sur http://www.lepetitjournal.com/le_caire.html
CULTURE - "Danse, un rêve sur scène", une performance théâtrale de Sherif Al Morsi, le frère de mon boyfriend, avec leur petit frère dans le rôle du dormeur, et mon amie Lulu en guest star.
A voir aussi (c'est mon Blog, alors je passe avant :-), les articles de mes collègues, dont l'une nous quitte sous peu pour vivre en Australie, Bon voyage Flavie !
"Tamer"
Photo Marie Girod
12:05 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Sherif El Morsi, ludivine perrin, short feature dream, festival danse for theater 2007, cairo opera house
20 juin 2007
Good Bye Lulu !
Trois mois ? J’ai pourtant l’impression que c’était hier. Trois mois pour ma vieille pote Lulu, c’est assez pour être triste de me quitter, moi, le Caire et les autres, mais pas assez pour ne pas avoir envie de revenir. On a fêté ce départ du Caire, et retour à Paris, en tête à tête sur la terrasse du Nile Hilton, vue sur le Nil, le coucher de soleil, les pyramides au loin, sirotant des mojitos. Sur le chemin du retour de l’aéroport, vers 1h du matin, il faisait chaud, tout était calme aux alentours, j’avais le temps, alors je me décide à emprunter pour la première fois un bus de ville pour rentrer dans le centre du Caire. J’ai attendu dans le bus une bonne demi-heure, avec des passagers égyptiens sortant d’un vol quelconque, exténués. Lorsque le chauffeur a réapparu, il s’est aperçu que le système de bouteille de gaz qui sert à ouvrir et fermer les portes fuyait. En effet, cela sentait rudement mauvais. Il entrouvrit le compartiment des bouteilles et des vapeurs dynamiques s’exhalèrent. J’ai bien cru qu’on allait exploser ! Une fois rassurée (par quoi ? par rien, mais « incha’Allah » dans mon esprit a suffi), je me suis remise à respirer, on s’est mis en route.
Puis ce fut la découverte. Depuis deux déjà, je me rends chaque dimanche à Héliopolis dans le quartier du Sheraton : grandes avenues, grands immeubles, et rien d’autres. Autant dire que l’image d’Héliopolis que je cultive depuis ce temps est assez négative. Mais le bus a sillonné le vieil Héliopolis sur le chemin du Downtown, celui de l’époque coloniale. Mes yeux se sont écarquillé durant une demi-heure voyant défiler une cinquantaine de ces magnifiques immeubles aux balcons et terrasses en alcôves dentelées. Ils sont splendides et nullement noircis comme le sont les bâtiments plus haussmannien du Downtown. J’ai remarqué au passage qu’un café Starbuck avait élu domicile au rez-de-chaussée d’un de ces beaux immeubles, avec une grande terrasse. C’est Starbuck, mais c’est pas n’importe où. Remarquez, celui qui se trouve sur la place de l’Opéra à Paris est bien situé lui aussi.
Bref, pendant que Lulu grimpait dans son avion en partance pour Paris, moi je voyageais dans Héliopolis avec une réelle sensation de découverte.
Arrivée dans le centre, j’étais moins fière lorsque je me suis rendu compte que le bus ne s’arrêterait pas sur le midan Tahrir mais à la station de microbus derrière le musée archéologique. Pour ceux qui connaissent, c’est un parking infâme, sous des autoponts, entouré de grandes voies dont la traversée est suicidaire. J’ai eu toutes les peines du monde à trouver un chauffeur de taxi qui veuille bien me ramener chez moi, non loin, pour un prix normal, et m’inspirant la sécurité. Je l’ai quand même trouvé, et une fois dans les rues calmes de Garden City, j’ai eu un grand sentiment de Home Sweet Home.
Je suis sur mon balcon, il est trois heures du matin, il fait 27 degrés d’après le widget météo de mon dashboard. B est encore au boulot, de retour d’Alexandrie pour la couverture du concert de Souad Massi, merde, j’ai manqué ça ! Mais je ne manquerais pas celui de jeudi au Caire.
Heliopolis, Al Kurba.
02:08 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
13 juin 2007
Je vous avais prévenu...
Sarkozy ivre au G8
Vidéo envoyée par LesInsoumis
21:15 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
09 juin 2007
Pour changer le monde … il faut le penser ! Une profession de foi.

photo Olivier Martin Delange
Les chiffres défilent dans mon crâne et se bousculent après une journée de boulot. Les flux financiers, (les exportations hier), les bilans CO2, CO, NH4 (etc.), les codes innombrables et ces alambiqués indicateurs de biodiversité de l’OCDE sur lesquels j’ai passé la journée en compulsant des données et des évaluation des services écosystémiques (Eco indicateur 99, UBP etc.)… En laissant ces chiffres dérivés librement le soir ou la nuit, bien souvent il en émerge des configurations pertinentes auxquelles je n’aurai pas autrement songé. Ces processus d’émergence des idées sont aussi bien valables en philosophie, en art ou en mathématique, peu importe, et je me surprends toujours à les considérer comme des effusions extérieures à mon propre esprit, comme des éléments étrangers qui apparaissent subitement ex nihilo. Je reste proche de la définition de l’intuition chez Descartes… Rétrospectivement je me rends bien compte du hiatus qu’il peut y avoir entre ce quotidien, je dirais même cette permanence, et la projection que je me faisais enfant de ma vie d’adulte ! Ce quotidien ne me déplait pas, loin de là, je me prends facilement au jeu et plus la recherche ou l’étude en cours est complexe et plus je me pique de passion pour mon sujet. Mais il est vrai que je suis loin de l’activisme tel que je l’imaginais, pour un résultat pourtant aussi solide, voire même plus encore ! Je croyais que la manière la plus efficace de mouvoir le monde, c’était d’agir. Je m’imaginais harponnant les baleiniers, guerroyer au fin fond du bassin du Congo contre les braconniers ou perpétrer des sabotages contre telle ou telle entreprise complice de crime contre l’humanité en détruisant les capacités de la planète à nous accueillir. Bien sûr, ces actions coup d’éclat ont leur efficacité médiatique et font avancer dans le bon sens, à condition d’admettre soit que la fin justifie les moyens soit que l’urgence légitimise ces engagements qui relèvent d’une éthique de la conviction, décriée par certains. Ai-je renié ces convictions en choisissant une orientation professionnelle plus conventionnelle ? Non, au contraire. J’aurai pu me laisser enfermer dans la tour d’ivoire de la théorie pure, prof de philo dont la seule révolution dans l’existence aura été de passer de l’autre côté du bureau, d’étudiant à professeur… si je ne douterai jamais de la nécessité de la recherche et de l’enseignement, ou même de l’indépendance de la recherche, mais je ne croirai jamais qu’elle peut se suffire à elle-même comme elle le fait trop souvent en France. Comment influer sur les décisions, même subrepticement, les orienter… la politique ? Non plus, trop soumises aux aléas électoraux et à des choix subjectifs sans compter sur le milieu délétère dans lequel elle s’exerce (mais j’avoue être parfois tenté), non, reste la figure la plus influente de notre modèle d’organisation sociale, celui que le politique, l’entreprise comme le citoyen écoute : l’expert. On me rétorquera que l’universitaire est un expert, oui, assurément, mais ses avis ne sont pas directement sollicités et souvent réduits à un seul domaine de compétence… non opérationnel. Il faut aller plus loin. Se battre aujourd’hui c’est frapper à coup d’email, de présentations Power Point et de rapports, de synthèse d’étude ou de note de service ! C’est ni plus ni moins la technique japonaise du « sabotage » telle que définie par Amélie Nothomb… ou plus trivialement être le vers dans la pomme… en infiltrant les milieux pollueurs ou les grandes institutions et en y distillant stratégiquement des idées vers un développement durable on peut réellement changer les choses à grande échelle avec les effets de levier qu’entraînent ces entités… (merci BD pour ces leçons de chose !), et on le peu d’autan mieux si c’est précisément votre fonction dans l’entreprise ! Ces sortes de « trafics d’influence » ne sont ni au détriment de la vérité scientifique, ni au détriment des entreprises ou des citoyens, au contraire. La réalité du changement climatique, des risques liés aux diverses pollutions et l’érosion de la biodiversité ne sont pas un mythe… les risques de santé publique, stratégiques, de communication, de développement et les risques économiques ne sont pas des moindres non plus avec ces enjeux écologiques. Reconsidérer l’économique de manière globale, en incluant les coûts environnementaux, et en anticipant sur ces changements, on peut, avec cet angle de discours, influer sur les pollueurs. Les entreprises ne sont pas destructrices par vocation, ce n’est qu’une conséquence de leur unique but, aussi monomaniaque et stupide que dangereux : l’argent. Alors en prouvant par A+B qu’elles gagneront plus d’argent en limitant au maximum leurs impacts négatifs sur l’environnement (les arguments ne manquent pas) alors on les tire par la corde sensible sur la voie d’un développement durable et l’action est possible à grande échelle. Je suis donc plus efficace comme cela que sur un bateau de Greenpeace ou enfermé dans une bibliothèque, je tisse ma toile de l'un à l'autre en lien avec le terrain de tous les enjeux... Par contre, les « experts » qui maîtrisent ces jeux d’influence peuvent bien entendu le faire au détriment de toute efficacité et de toute éthique au seul bénéfice de quelques-uns quand ce n’est pas que d’eux-mêmes… Mais bien sur, ces actions ne peuvent être cohérentes qu’en référence à une réflexion préalable sur les principes théoriques (éthique ?) qui président aux messages que les rapports cherchent à faire passer en toute objectivité… d’où la complémentarité de mes travaux universitaires…
16:27 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08 juin 2007
Le monde est à portée de pensée…
Je laisse de côté la montagne de boulot en retard que j’ai accumulé et même s’il est déjà tard et que je travaille demain matin j’ai une irrépressible envie d’écrire, tellement irrépressible que je pianote à toute vitesse sur le clavier de mon portable, couché dans le lit, avec des écouteurs sur les oreilles et la musique à fond. C’est le genre de moment, d’heure et d’ambiance dans lesquelles je me sens le mieux.
Je réponds rapidement au dernier post de Marie, sur le travail. Je n’ai pas tout à fait le même regard. Bien sûr je ne vais pas me lancer dans un discours très en vogue chez mes ennemis politiques sur la valeur travail, je ne suis pas adepte de la pensée unique et la diversité des points de vue, et des styles de vie est primordiale à me yeux, mais mon expérience me pousse à croire que malgré les difficultés conjoncturelles et culturelles auxquelles ma génération fait face pour entrer dans le « marché du travail » il y a encore la possibilité de s’y épanouir, c’est juste que le coût d’entrée et les sacrifices nécessaires sont terribles. Je ne regrette pas de les avoir fait, c’est évident, mais Marie m’est témoin que cela m’a coûté un temps et une énergie que j’ai certes en réserve encore, mais qui nécessite un investissement que d’autres n’ont pas voulu faire, je les comprends. C’était juste une parenthèse pour nuancer un peu le tableau… Mais il est vrai que je sacrifie toute vie sociale à mes ambitions « sociales » justement, ce qui déclenche parfois des excès lorsque la soupape de sécurité cède.
En ce moment je redécouvre les joies de la musique, chose que je n’ai plus fais depuis des années. J’ai pris l’habitude des morceaux MP3 le long du chemin appartement/travail et souvent le soir, en séance de travail, enfin et surtout, mes amis m’ont collectivement offert la guitare de mes rêves pour mes 26 ans en avril et je me remets lentement à l’apprentissage… Je ne savais pas en jouer une seule note (j’ai fais du piano) mais j’ai toujours eu cette folle envie en référence à un des personnages légendaires de la famille, mon grand cousin Freddy, mort bien avant ma naissance, fils d’un colonel SS et de ma grand-tante qui malgré ce pénible héritage était d’une douceur extrême, artiste peintre et musicien. Je me rappelle encore de l’émotion de ma mère lorsqu’elle me parlait des visites qu’il lui faisait et qui égayaient ses journées d’enfant en lui apportant toujours un petit présent, comme cette boite ornée d’une image de Pimprenelle et Nicolas que j’ai sauvé de la décrépitude il y a quelque Noël en rachetant un cadre spécial pour protéger l’image. J’ai passé des heures à imaginer la vie de cet homme dont les tableaux ornaient les murs de la famille. C’est étrange, mais je crois que je n’ai jamais parlé de lui à personne à ‘extérieur de la famille… enfant, comme souvent couché sur la tombe de ce cousin éloigné (le cimetière était un terrain de jeu amusant), juste derrière la maison des grands-parents, j’avais forgé le vœux d’un jour me mettre à la guitare. A l’occasion de ces retrouvailles avec la musicalité je me remémore les textes étranges de Schopenhauer sur cet art qu’il imagine comme des trouées dans le continuum du vécu, des percées vers un ailleurs intellectuel. Ces expériences nous les avons tous fait, ces espèces d’évasions dans ce que les stoïciens appellent la « citadelle intérieure ».
Et voilà mon message : apprenez, lisez, vivez, votre citadelle intérieure est la seule imprenable richesse ! La mémoire et l’obsession pour la connaissance me donne parfois l’impression d’avoir le monde entier à porté de pensée. L’évasion est possible, et on n’est jamais seul ! La musique me le rappelle étrangement.
Juste un exemple : je me souviens de ma rencontre avec Montaigne comme d’un rencontre réelle. Lorsqu’un soir j’ai pris les Essais dans les mains, il y a huit ans déjà, j’ai ouvert ce livre sans savoir ce qui m’attendais et je ne l’ai plus lâché, je n’ai pas cessé un instant de lire avant de l’avoir terminé. Je n’en ai pas dormi pendant deux jours, le temps de parcourir ces 1300 pages en vieux français truffées de citations latines et grecques dans lesquelles d’ailleurs il a fait pas mal d’erreur et certaines mêmes sont de pures inventions de sa part !
Mais ces jours passées dans « le monde » de Montaigne, une œuvre intimiste, m’ont vraiment donné l’impression de le connaître personnellement, d’avoir discuté intensément avec lui pendant des heures. J’ai même dit à mes parents chez qui j’étais à ce moment là un truc du genre « j’ai passé la nuit avec Michel», ils n’ont pas tout de suite compris que le Michel en question se réduisait à un volume blanc de 14x15x10 cm environs… Depuis c’est un peu comme si je portais Montaigne en moi, comme tous les autres auteurs emmagasinés dans ma citadelle intérieure, et lorsque certains sujets ou événements font échos à son œuvre j’imagine les commentaires qu’il pourrait en faire. Virtuellement, je ne suis jamais seul !
J’ai l’impression d’avoir assisté aux cours de Hegel sur l’esthétique, à Berlin ou Heidelberg, il suffit que je me concentre un peu pour me proposer une reconstitution des cours délirants de Kant sur la géographie à Königsberg, je suis avec César croyant que le celtes ont réellement la peau bleue, je suis à Ur devant la grande Ziggourat, j’y assiste à une incompréhensible hiérogamie, une pensée plus loin j’écoute un homme en aillons faire un sermon sur une colline proche de Jérusalem, je croise Bergson dans les couloirs de l’institut catholique, Sade devant la Sorbonne, le lycée où il a fait sa scolarité, Camus hante un autre coin de ma mémoire, au même titre qu’un groupe Magdalénien dans la Dordogne exotique de cette période reculée, je vois cette famille qui la première a semé du blé sauvage sur les bords de l’Euphrate il y a 8 000 ans, cet autre encore qui a allaité un louveteau dans le cadre d’un pratique religieuse sans se douter que 11 000 ans plus tard ce geste initial aura permis la domestication du chasseur transformé en une sous espèce aux phénotypes si divers, j’imagine les exo planètes les plus invraisemblables, la poésie gigantesque d’une nébuleuse planétaire comme celle dite « du crabe », les bactéries thermophiles à partir desquelles on a développé la PCR, ou je pense même à une représentation de ce mystérieux L.U.C.A. (Last Universal Common Ancestor) etc. Le monde est à porté de pensée, il n’y a pas de limite à la citadelle intérieur, tour de Babel que la colère divine elle-même ne saurait faire s’effondrer…………………………………………………………………………………………………….
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05 juin 2007
Cruauté Ô cruauté
Cette semaine dans le magazine télévisé « Envoyé Spécial », un reportage sur l’entreprise et les suicides.
Fait-divers ou nouveau phénomène social ?
Les accusées ? les grosses entreprises qui, pour maintenir leur niveau de profit, l’augmenter, suivre la compétition internationale, mettent la pression sur leurs employés, du simple ouvrier au cadre supérieur : des heures sup gratis, de l’humiliation, de l’injection de stress parce qu’on pense que c’est moteur…
Et l’on commence à se rendre compte que le stress, à haute dose, peut être destructeur…
Franchement, quel est le meilleur compliment que l’on puisse faire sur quelqu’ un ? Dire qu’il est gentil ? Non, trop facile, cela concerne un tas de gens, c’est banal.
Dire qu’il est créatif ? Non, ceux qui ont une tendance artiste sont automatiquement assimilés à des originaux, un peu rebelles, un peu bizarres…C’est forcément louche.
Dire qu’il est beau ? Non, c’est trop superficiel.
Dire qu’il est travailleur ? Oui, Bingo. La valeur Travaille, voilà le Graal ! Personne ne trouvera à y redire.
Car la notion de travail charrie aujourd’hui avec elle l’idée de docilité, de soumission. Un bon travailleur, c’est celui qui obéit, s’adapte, casse son originalité pour se mouler dans l’ambiance de l’entreprise, c’est celui qui se soumet à la hiérarchie, qui, par respect, troque son jean dans lequel il se sent tant à l’aise pour se serrer la glotte dans un col cravate pour saluer son patron. Le bon travailleur, c’est celui qui sait faire du mauvais travail parfois, pourvu que cela rapporte du fric à l’entreprise, pas d’éthique, pas de scrupules !
Mais, c’était comment avant ? Avant, il y avait des mineurs qui travaillaient 14 heures par jour, pour un salaire de misère et dans des conditions ignobles. Maintenant, il y a des cadres qui travaillent 14 heures par jour dans des cages à vaux insipides pour acheter une maison Bouygues et une 406. Quel Progrès !!!!
Rien à changer au final.
En réalité, l’humiliation commence dès la sortie de la fac. On vous annonce froidement que vous avez fait tout ce chemin pour rien, qu’il ne s’agit pas d’avoir lu plein de livres, mais qu’il faut s’adapter à la demande du marché, prouver sa motivation en bossant plus que les autres au début, accepter de quitter famille et patrie pour trouver l’opportunité là où elle est…Bref, futur travailleur, oublie que tu as une vie, des envies, et focalise-toi sur le seul domaine dans lequel la société te reconnaîtra et te félicitera, si tu joues le jeu, Travaille !
Il est amusant d’observer à l’œuvre les recruteurs qui ont la mémoire courte, qui ont oublié qu’eux aussi ont dû mettre leur orgueil dans leur poche pour en arriver là où ils sont. Ils se vengent, ni plus ni moins, il traite le demandeur d’emploi comme un coupable, qui, au banc des accusés doit justifier de tout ce qu’il a fait ou n’a pas fait dans sa vie, justifier de ce qui est jugé comme un point faible chez lui.
Non, le travail n’est pas une valeur mais une obligation. Il est dans de rare cas une passion.
Il est bien difficile de savoir si le travail, seul, peut conduire au suicide. Sûrement que s’il reste à sa place, non. Les dégâts commencent selon moi, quand il prend tout l’espace de la vie, empiète sur les loisirs, la famille, le sommeil…Lorsqu’il passe avant tout le reste et que cela n’est pas un choix.
Méfions-nous…Certains disent qu’ils veulent remettre les Français au travail ! Je ne crois pas qu’ils se contentent de faire baisser le taux de chômage, mais cela sous-entend qu’il y a trop de flemards. Et le flêmard, c’est la seconde bête noire après les immigrés…
01:14 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : valeur, travail, exploitation, travailleur, entreprise, suicide




