25 juin 2007
Adultance de l'Expatriation
En ce qui me concerne, plus j’approche des 30 trente ans plus cela devient intéressant. Je n’éprouve aucune nostalgie envers ma jeunesse, il y a eu trop de moments détestables et plus cela avance moins je vois de positif là-dedans à part ce qui a tout de même fait de moi qui je suis, un être non pourri, mais bon, c’est du passé, et maintenant il s’agit de ne pas perdre les bons acquis, de ne pas se laisser dévaster par le passé, de maîtriser le présent et surtout pas l’avenir.
Quelque part, je suis née il y a deux ans, à mon arrivée en Egypte. Le reste, l’avant, c’est comme un code génétique, de l’inné : ma politesse trop formelle, mon éducation gustative, mon goût pour l’étymologie, ma répulsion pour la chaleur, mes idées utopiques…Bref, tout ce qui me vient de mes 27 ans en France et qui sont le naturel qui revient au galop chaque jour, ici. À cela s’est superposé un autre naturel, de nouvelles habitudes bien étranges : manger la viande et le poisson avec mes doigts, me luxer la hanche dés qu’il y a de la musique, regarder la TV française comme si c’était une autre planète, respecter l’idée de Dieu…J’ai encore du mal à croire que c’est moi parfois, mais c’est pourtant le cas.
J’ai encore des rêves à réaliser, mais ces deux dernières années j’en ai eu pour mon grade en hallucinations et ça continue, et ça continue…
Je n’ai pas peur de m’éterniser dans le Proche-Orient pendant la trentaine. Qu’ais-je de mieux à faire que de continuer à être témoin, mon activité favorite, d’un monde hallucinant : Tout est sous mes yeux au Caire ou presque : la géopolitique arabe (la star du début du XXI ème siècle), le cosmopolitisme, la richesse à dégueuler, la pauvreté qui remet en place, le spirituel, le religieux, l’injustice, le désespoir, le rire et le sourire, la joie dans le malheur, la naïveté et le pessimisme, l’apolitisme et le nihilisme, la corruption et l’administration, la bouffe Thaï, le Mac Do, Fauchon, les Shawermas et Awawchis, et la Crêperie bretonne, Les Maserati et les Peugeot 505 Break, la mer Rouge et les mers de sables, l’eau d’Evian et l’eau du Nil, la nuit et le jour….Tout ça pour dire que dans la cour des miracles, cette Babylone moderne, j’aurai toujours à penser, à manger, à boire, à faire en option…
Je suis témoin et cela me plait, témoin de la vie des autres, et de la mienne.
Précédemment, je philosophais dans le boudoir, une bibliothèque bien garnie, du thé, un coussin calé dans le dos. Aujourd’hui c’est plutôt du reality show, je passe 12 heures par jour minimum à être témoin : lecture quotidienne de la presse internationale, en France, en Egypte, lecture des blogs, visionnage de France 24, Al Jezira, Dubaï TV, interview pour des articles : artistes, éleveur d’Autruches, vendeur sde bouquins…Observation en terrasse de café, baladi, Centre culturel français, ou le jardin de Mariott (ou endroits secrets, qui restent secrets car la meilleure observation se fait en tout anonymat derrière des lunettes noirs pas discrètes), ainsi je balaye l’éventail de la société en Egypte (celle qui va dans les cafés, et c’est la plupart). Lorsque je suis en action, c’est moi l’observée, et que ce que les Égyptiens en pensent ? J’ sais pas. Sans doute que je dois passer pour une tarée à leur yeux bien des fois. Mes petites bourdes de nanas tête en l’air passent encore en France on apprécie une certaine fantaisie dans le comportement, mais ici, je suis indécodable.
Et je fais quoi de tout cela ? Je me délecte du grouillement de la vie sur terre, de la capacité de l’être humain à aller du bien au mal, du mal au bien. Je n’ai pas d’idée là-dessus. L’homme est-il un être de bien ou de mal a priori ? Sûrement ni l’un ni l’autre et c’est pas si défrisant que cela.
Témoin mais pas moins actrice. Quelque chose a t-il vraiment changé en moi ? Oui. Si Dieu ne m’est toujours pas connu ni reconnu, je ne le tolère pas moins, et ne le respecte pas moins. Le bain tantôt spirituel, tantôt religieux, tantôt extrémiste, m’a mis face à Dieu d’une certaine façon, voire à mes côtés. Disons que j’ai appris à le respecter à travers les croyants et pratiquants que je respecte via l’affection que je leur porte. Finalement on ne peut pas rester bien longtemps complètement en dehors de cela, même si on est athée. Je vis avec Dieu d’une certaine façon, je vois qu’il fait du bien à certains, qu’il est très présent dans leur vie, irréfutable, alors pourquoi continuer à le bannir. Je n’en ai pas besoin, mais je lui accorde enfin une place en ce monde, dans le mien. Comme par magie, cette évolution m’a fait comprendre beaucoup de choses et m’a rendu certainement plus tolérante. Je confesse au passage un certain extrémisme anti-religieux de ma part, dans le passé. Dommage que ceux qui ne m’ont pas connu jadis, n’ayant pas de moyen de comparaison, me trouve par conséquent très matérialiste et peu flexible. Je ne peux les blâmer de ne pas avoir été témoin du chemin que j’ai parcouru.
Ce qui n’est pas évident est ici : vivre comme si on existait que depuis deux ans, car on a pas de traces du passé : pas d’ancienne école, pas de premier vélo, pas d’ancien instit, pas sa famille, pas ses vieux potes. Mon passé est mon secret, ma tombe, on ne peut me comparer que sur une échelle de deux petites années et cela n’est définitivement pas assez pour me juger, pourtant je ne suis pas exempt de jugements trop prompts et donc faussés. Heureusement, certains me surprennent lorsqu’ils parviennent à me lire, à deviner quelque chose de mon passé que je n’ais pourtant pas révelé. C’est drôle d’être parfois traité comme une enfant qui a tout à apprendre, la langue, les coutumes, comme si je n’avais rien fait de ma vie auparavant.
Alors tu vois Loïc, en ce qui me concerne, je ne sais plus bien sur quoi baser mon adultance, c’est plus que relatif en ce qui me concerne
02:31 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note



Commentaires
Plus je vous lis et plus je vous trouve touchante et surtout tellement Humaine. A travers vos lignes, on perçoit que vous êtes quelqu'un de bien. Et bravo pour votre évolution vers la compréhension de l'être qui a besoin du religieux dans sa vie.
Comme cela fait du bien de lire cela!
Savoir qu'une athée ne regarde pas le religieux comme le crétin mais le respecte dans sa philosophie et son mode de vie me réconcilie avec notre bas-monde.
Merci beaucoup.
Ecrit par : Sonia | 26 juin 2007
Merci pour vos mots, Sonia. C'est trés important d'avoir des retours de la part des lecteurs, et savoir que je vous ai touché me touche à mon tour beaucoup.
Ecrit par : Marie | 27 juin 2007
Ajout pour Sonia :
En effet, j'ai évolué en deux ans vers plus de tolérance, plus de compréhension. Par le passé j'ai écrit des posts parfois un peu virulents à l'encontre du religieux. Je ne les regrette pas, car sous un certains l'angle ils sonnaient vrais. Je veux dire par là, qu'on sait bien que la Religion peut aussi être pratiquée, ou plutôt utilisé à des fins hypocrites et viles. Et en Egypte on a beaucoup d'exemple de cela et c'est ce qui saute aux yeux des occidentaux au départ.
Alors, si j'arrive maintenant à éprouver également de la tolérance envers les pratiquants qui sont en pleines contradictions avec la vie moderne, sans même s'en rendre compte, je ne souhaite pas en avoir pour ceux qui l'utilise sciemment pour imposer leurs vues extrémistes.
Ecrit par : Marie | 27 juin 2007
Il est clair que les extrêmismes de quelque religion que ce soit sont à condamner et combattre.Mais la plupart des pratiquants sont bien loin de tout ce chahut et n'aspirent qu'à une vie paisible en conformité avec leurs croyances tout à fait compatibles avec la vie moderne.
Il est vrai que l'Islam véhicule une image de rigidité par la médiatisation de ses violents extrêmistes. Et rares sont les personnes qui veulent bien voir que le vrai visage de cette religion est tout autre. Certains barbares ne sont tout simplement pas à classer dans les religieux,mais utilisent celle-ci à des fins personnelles.
Bref, tout simplement merci pour votre effort.
Ecrit par : Sonia | 27 juin 2007
C'est bien ce que tu écris. Ouvert, structuré et assez poètique (enfin je trouve).
Tu parles d'expériences et tu les vis comme telles. Je pense que c'est par l'expérimentation que l'on grandit.
Quand au dogme et à l'extrémisme, il me revient toujours une phrase du Dalaï Lama: "vivre simplement pour que les autres puissent vivre". J'essaye humblement de coller à cette vision.
Ecrit par : kristo | 27 juin 2007
C'est tres joliement et bien dit Marie. Si je peux me permettre une mise en garde cependant... qui vient de ce que j'ai vecu moi meme... n'oublie jamais qui tu es et d'ou tu viens... sans pour autant que ces 27 ans passes en France doivent etre plus importantes que les ans que tu as passes en Egypte.... mais quand meme. le tabula rasa n'est pas tres bon pour les etres humains.... bien qu'il ne s'agisse pas non plus de ca dans ton cas. Pense aussi que c'est parce que tu es nee ou tu es nee et a grandi comme tu as grandi que tu as le "luxe" aujourd'hui d'observer ce bouillonement humain. Asmaa, elle, ne l'aura jamais... par exemple. C'est charmant ce que tu decris, mais pas evident a gerer sur la longue duree... moi j'ai perdu pratiquement tous mes reperes, tout en m'enrichissant de mille experiences naturellement. Mais on a besoin de fondements/fondations. Je crois. Bises, S.
Ecrit par : S. | 28 juin 2007
Ouahhh, merci pour tous ces compliments au sujet de l'écriture de ce post...
S : Sans doute mes deux années d'expatriation sont encore trop brèves pour que je perde tout mes repères, deux ans c'est court pour ce genre d'experience.
A ma façon je tente de ne pas perdre mes repères en restant en contact avec la France, même pas tant en y revenant tous les six mois, ni même tant par les échanges d' e mails avec les amis et la famille, mais plutôt au quotidien via les news (Net, Radio, TV), pas que les news de surface, je parle plutôt de savoir ce qu'il se passe dans le monde de l'Art par exemple, dans la vie des gens via leurs blogs, et aussi de ma participation à des projets avec la France. Enseigner les Lettres et la Philo en cours particuliers à des élèves egyptiens ces deux dernières années participe aussi pour moi à garder mes liens avec la pensée française, ses textes, à pratiquer ce pour quoi j'ai été formé dans une Université française...
Mais en effet, au fil du temps la situation va s'agraver, se compliquer (surtout à cause des langues étrangères, leur pratique quotidienne rend la vie trés différente, met le cerveau à l'envers, et les rêves encore plus étranges), plus je m'éloignerai temporellement de la France, plus elle me manquera, plus j'aurai de difficulté à garder le contact, c'est le risque que j'ai pris.
Bisous ma belle.
M
Ecrit par : Marie | 28 juin 2007
Les commentaires sont fermés.