09 juin 2007

Pour changer le monde … il faut le penser ! Une profession de foi.

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photo Olivier Martin Delange

Les chiffres défilent dans mon crâne et se bousculent après une journée de boulot. Les flux financiers, (les exportations hier), les bilans CO2, CO, NH4 (etc.), les codes innombrables et ces alambiqués indicateurs de biodiversité de l’OCDE sur lesquels j’ai passé la journée en compulsant des données et des évaluation des services écosystémiques (Eco indicateur 99, UBP etc.)… En laissant ces chiffres dérivés librement le soir ou la nuit, bien souvent il en émerge des configurations pertinentes auxquelles je n’aurai pas autrement songé. Ces processus d’émergence des idées sont aussi bien valables en philosophie, en art ou en mathématique, peu importe, et je me surprends toujours à les considérer comme des effusions extérieures à mon propre esprit, comme des éléments étrangers qui apparaissent subitement ex nihilo. Je reste proche de la définition de l’intuition chez Descartes… Rétrospectivement je me rends bien compte du hiatus qu’il peut y avoir entre ce quotidien, je dirais même cette permanence, et la projection que je me faisais enfant de ma vie d’adulte ! Ce quotidien ne me déplait pas, loin de là, je me prends facilement au jeu et plus la recherche ou l’étude en cours est complexe et plus je me pique de passion pour mon sujet. Mais il est vrai que je suis loin de l’activisme tel que je l’imaginais, pour un résultat pourtant aussi solide, voire même plus encore ! Je croyais que la manière la plus efficace de mouvoir le monde, c’était d’agir. Je m’imaginais harponnant les baleiniers, guerroyer au fin fond du bassin du Congo contre les braconniers ou perpétrer des sabotages contre telle ou telle entreprise complice de crime contre l’humanité en détruisant les capacités de la planète à nous accueillir. Bien sûr, ces actions coup d’éclat ont leur efficacité médiatique et font avancer dans le bon sens, à condition d’admettre soit que la fin justifie les moyens soit que l’urgence légitimise ces engagements qui relèvent d’une éthique de la conviction, décriée par certains. Ai-je renié ces convictions en choisissant une orientation professionnelle plus conventionnelle ? Non, au contraire. J’aurai pu me laisser enfermer dans la tour d’ivoire de la théorie pure, prof de philo dont la seule révolution dans l’existence aura été de passer de l’autre côté du bureau, d’étudiant à professeur… si je ne douterai jamais de la nécessité de la recherche et de l’enseignement, ou même de l’indépendance de la recherche, mais je ne croirai jamais qu’elle peut se suffire à elle-même comme elle le fait trop souvent en France. Comment influer sur les décisions, même subrepticement, les orienter… la politique ? Non plus, trop soumises aux aléas électoraux et à des choix subjectifs sans compter sur le milieu délétère dans lequel elle s’exerce (mais j’avoue être parfois tenté), non, reste la figure la plus influente de notre modèle d’organisation sociale, celui que le politique, l’entreprise comme le citoyen écoute : l’expert. On me rétorquera que l’universitaire est un expert, oui, assurément, mais ses avis ne sont pas directement sollicités et souvent réduits à un seul domaine de compétence… non opérationnel. Il faut aller plus loin. Se battre aujourd’hui c’est frapper à coup d’email, de présentations Power Point et de rapports, de synthèse d’étude ou de note de service ! C’est ni plus ni moins la technique japonaise du « sabotage » telle que définie par Amélie Nothomb… ou plus trivialement être le vers dans la pomme… en infiltrant les milieux pollueurs ou les grandes institutions et en y distillant stratégiquement des idées vers un développement durable on peut réellement changer les choses à grande échelle avec les effets de levier qu’entraînent ces entités… (merci BD pour ces leçons de chose !), et on le peu d’autan mieux si c’est précisément votre fonction dans l’entreprise ! Ces sortes de « trafics d’influence » ne sont ni au détriment de la vérité scientifique, ni au détriment des entreprises ou des citoyens, au contraire. La réalité du changement climatique, des risques liés aux diverses pollutions et l’érosion de la biodiversité ne sont pas un mythe… les risques de santé publique, stratégiques, de communication, de développement et les risques économiques ne sont pas des moindres non plus avec ces enjeux écologiques. Reconsidérer l’économique de manière globale, en incluant les coûts environnementaux, et en anticipant sur ces changements, on peut, avec cet angle de discours, influer sur les pollueurs. Les entreprises ne sont pas destructrices par vocation, ce n’est qu’une conséquence de leur unique but, aussi monomaniaque et stupide que dangereux : l’argent. Alors en prouvant par A+B qu’elles gagneront plus d’argent en limitant au maximum leurs impacts négatifs sur l’environnement (les arguments ne manquent pas) alors on les tire par la corde sensible sur la voie d’un développement durable et l’action est possible à grande échelle. Je suis donc plus efficace comme cela que sur un bateau de Greenpeace ou enfermé dans une bibliothèque, je tisse ma toile de l'un à l'autre en lien avec le terrain de tous les enjeux... Par contre, les « experts » qui maîtrisent ces jeux d’influence peuvent bien entendu le faire au détriment de toute efficacité et de toute éthique au seul bénéfice de quelques-uns quand ce n’est pas que d’eux-mêmes… Mais bien sur, ces actions ne peuvent être cohérentes qu’en référence à une réflexion préalable sur les principes théoriques (éthique ?) qui président aux messages que les rapports cherchent à faire passer en toute objectivité… d’où la complémentarité de mes travaux universitaires…

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