05 juin 2007

Cruauté Ô cruauté

Cette semaine dans le magazine télévisé « Envoyé Spécial », un reportage sur l’entreprise et les suicides.
Fait-divers ou nouveau phénomène social ?
Les accusées ? les grosses entreprises qui, pour maintenir leur niveau de profit, l’augmenter, suivre la compétition internationale, mettent la pression sur leurs employés, du simple ouvrier au cadre supérieur : des heures sup gratis, de l’humiliation, de l’injection de stress parce qu’on pense que c’est moteur…
Et l’on commence à se rendre compte que le stress, à haute dose, peut être destructeur…
Franchement, quel est le meilleur compliment que l’on puisse faire sur quelqu’ un ? Dire qu’il est gentil ? Non, trop facile, cela concerne un tas de gens, c’est banal.
Dire qu’il est créatif ? Non, ceux qui ont une tendance artiste sont automatiquement assimilés à des originaux, un peu rebelles, un peu bizarres…C’est forcément louche.
Dire qu’il est beau ? Non, c’est trop superficiel.
Dire qu’il est travailleur ? Oui, Bingo. La valeur Travaille, voilà le Graal ! Personne ne trouvera à y redire.
Car la notion de travail charrie aujourd’hui avec elle l’idée de docilité, de soumission. Un bon travailleur, c’est celui qui obéit, s’adapte, casse son originalité pour se mouler dans l’ambiance de l’entreprise, c’est celui qui se soumet à la hiérarchie, qui, par respect, troque son jean dans lequel il se sent tant à l’aise pour se serrer la glotte dans un col cravate pour saluer son patron. Le bon travailleur, c’est celui qui sait faire du mauvais travail parfois, pourvu que cela rapporte du fric à l’entreprise, pas d’éthique, pas de scrupules !
Mais, c’était comment avant ? Avant, il y avait des mineurs qui travaillaient 14 heures par jour, pour un salaire de misère et dans des conditions ignobles. Maintenant, il y a des cadres qui travaillent 14 heures par jour dans des cages à vaux insipides pour acheter une maison Bouygues et une 406. Quel Progrès !!!!
Rien à changer au final.
En réalité, l’humiliation commence dès la sortie de la fac. On vous annonce froidement que vous avez fait tout ce chemin pour rien, qu’il ne s’agit pas d’avoir lu plein de livres, mais qu’il faut s’adapter à la demande du marché, prouver sa motivation en bossant plus que les autres au début, accepter de quitter famille et patrie pour trouver l’opportunité là où elle est…Bref, futur travailleur, oublie que tu as une vie, des envies, et focalise-toi sur le seul domaine dans lequel la société te reconnaîtra et te félicitera, si tu joues le jeu, Travaille !
Il est amusant d’observer à l’œuvre les recruteurs qui ont la mémoire courte, qui ont oublié qu’eux aussi ont dû mettre leur orgueil dans leur poche pour en arriver là où ils sont. Ils se vengent, ni plus ni moins, il traite le demandeur d’emploi comme un coupable, qui, au banc des accusés doit justifier de tout ce qu’il a fait ou n’a pas fait dans sa vie, justifier de ce qui est jugé comme un point faible chez lui.
Non, le travail n’est pas une valeur mais une obligation. Il est dans de rare cas une passion.
Il est bien difficile de savoir si le travail, seul, peut conduire au suicide. Sûrement que s’il reste à sa place, non. Les dégâts commencent selon moi, quand il prend tout l’espace de la vie, empiète sur les loisirs, la famille, le sommeil…Lorsqu’il passe avant tout le reste et que cela n’est pas un choix.
Méfions-nous…Certains disent qu’ils veulent remettre les Français au travail ! Je ne crois pas qu’ils se contentent de faire baisser le taux de chômage, mais cela sous-entend qu’il y a trop de flemards. Et le flêmard, c’est la seconde bête noire après les immigrés…

Commentaires

Si on parle de workaholic, il faut préciser que le travail aussi doit être consommé avec modération ;-) Véro

Ecrit par : Véro | 24 juin 2007

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