27 mai 2007

Le principe de réalité, encore et toujours…

Contrairement à Loïc qui semble s’épanouir de plus en plus dans sa vie professionnelle, la mienne me semble un tunnel dont je ne vois pas le bout.
Je n’ai toujours pas trouvé ma place sur le marché du travail, tout me frustre, m’ennui, ou m’effraye.
Le cocon de la Fac me manque. Cocon, car je m’y sentais centrée sur moi-même (un peu trop même !). J’avais conscience de la chance que j’avais de me lever le matin pour apprendre et réfléchir.Quoi de plus beau qu’une journée passée à écouter parler des gens instruits, qu’à voyager dans l’histoire immense de la pensée, refaire le monde milles fois par jour dans sa tête, puis tenter la création par les mots poser sur le papier après maintes lectures et relectures d’œuvres.
Même si tout semble m’intéresser, une fois que j’ai l’impression d’avoir fait quelque peu le tour de mon environnement, et que je me recentre sur moi-même, je m’aperçois qu’il n’y a guère qu’une chose pour laquelle je peux me forcer à me lever le matin, c’est l’occasion d’apprendre, d’écrire, de penser, et d’être utile au monde par ce biais…
Il n’y a que le monde universitaire qui m’est donné le goût du challenge, la force d’en baver. Toutefois les travers élitistes et pompeux de ce même monde m’ont aussi dégoûté à moment donné. Toutefois, j’étais bien décidé à m’y accrocher, et ce n’est pas de mon propre chef que je l’ai quitté, c’est le système qui m’a mise « out ».
Le principe de réalité étant ce qu’il est et la dose de culpabilité qu’il inflige à ceux qui tente de le nier, m’a fait céder. J’ai renoncé à la voie de la Recherche qui demandait encore des années d’investissements en énergie, d’argent, de concentration, pour me professionnaliser ! Elle est bien bonne celle-là ! Comment professionnalise t-on une étudiante en Philo ? Il faut poser la question à l’ANPE. J’y ai cru, et je crois toujours que les gens comme moi on leur place en ce bas monde, mais le bas monde lui, ne le sait pas. Bref, j’ai écouté la voie de la sagesse et je me suis collée aux concours de l’Education Nationale Française : levée tous les matins à six heures, couchée pas avant minuit ou une heure du matin, partageant mes journées entre le boulot au Lycée, la Fac et L’IUFM, le couperet est tombé. Le nombre de postes à pourvoir était dérisoire, et mes efforts fournis insuffisants. Je n’ai pas retenté l’expérience, je me suis cassée, loin, très loin de tout cela. Mais comme j’avais encore de l’énergie vitale, je suis allée vivre dans le monde arabe, depuis, mon cerveau s’épuise à comprendre ce qu’il s’y passe, je ne philosophe plus que dans ma tête, et je me sens bien seule. Je suis entourée d’artistes par contre, mais ils sont autant rattrapé par le principe de réalité, on ne s’en sort pas.
Ce ne sont pas les projets intellectuels qui manquent dans ma petite tête, mais tant que ne sera pas réglé la question du principe de réalité qui veut qu’il faille s’assurer de quoi bouffer pour penser, je ne serai pas en paix pour relever un nouveau challenge intellectuel.
En deux ans, on m’a proposé plus de boulot en marketing (domaine auquel je ne connais rien, et dont j’ai une très mauvaise opinion), que de boulots pour lesquels on aurait besoin de ma formation en sciences humaines. Étrange, étrange, on est prêt à prendre une ex-étudiante en Philo en marketing ??? Je ne m’attendais pas à un truc pareil, il y a une faille dans le système ! J’ai refusé, biensur, je n’ai pas envie de me vomir dessus. J’ai pas fait Philo pour travailler à l’enculage du consommateur, question d’Ethique. Mais jusqu’à quand vais-je encore pouvoir me payer le luxe de snober ainsi les capitalistes ? Après tout, ce sont eux les maîtres du monde, et la résistance à un coût !

Commentaires

Hang on their!

Ecrit par : Hathor | 30 mai 2007

"Les gens comme moi on leur place en ce bas monde, mais le bas monde lui, ne le sait pas" ça j'en suis persuadé !
De mon côté je ne voulais pas faire "seulement" de la recherche et passer ma vie à penser comment changer le monde sans agir et enrichir ma pensée en la confrontant au terrain. J'ai trouvé des compromis dont je suis assez satisfait.
Sur le capitalisme, je me retrouve à faire de l'analyse économique et à travailler uniquement avec les plus grosses capitalisations et les plus riches institutions, mais je suis le vers dans la pomme, je suis là pour les em...der et prendre les données extra financières en compte, je leur parle éthique quand ils parlent profit, je leur parle moral quand ils parlent "communication de marque" et je leur parle de leurs responsabilités environnementales et sociales quand ils me parlent de leurs actionnaires !
Petit, mon père me disait que j'allais devenir emmerdeur public professionnel.... c'est un titre qui correspond bien à ce que je fais !
Marie, tiens bon, ce ne sont pas les philosophes qui ont besoin du capitalisme, mais les capitalistes dans un monde au bord de l'apoplexie qui on besoins de philosophes...

Ecrit par : Loïc | 01 juin 2007

Shoukran Ya Habibi,

Je ne me suis pas mise dans le meilleure pays pour cela. Moi aussi j'ai besoin de pragmatisme et d'action. En Egypte, c'est ultra capitaliste. Lorsque je parle d'Ethique aux capitalistes, ils ne se contentent pas de sourire gentillement et de me maisser faire au final, comme cela pourrait être la réaction en France, non, ils me prennent pour une cinglée provacatrice ! Je ne me suis jamais sentie aussi marginale de ma vie, cela a du bon, mais la position devient difficile à tenir, de plus en plus.
Inshallah je trouverai mon mécène...
Bisous.

Ecrit par : Marie | 01 juin 2007

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