19 mars 2007
retour aux sources
Je viens de passer quelques jours chez moi, à Waldighoffen, au cœur du Sundgau. Ce simple week-end était très court, mais ça m’a fait un bien fou.
C’est toujours déconcertant de se retrouver là où tout à commencer, dans cette maison qui ne change pas et demeure, avec une grande famille, tout le village nous étant apparenté d’une façon ou d’une autre.
L’ambiance du village aussi m’a rasséréné grâce à ses contrastes radicaux par rapport à la vie parisienne.
Au fond du jardin se trouve la rivière qui berce l’Alsace de part en part, l’Ill, un nom poétique pour une rivière qui au sud de la plaine n’est encore qu’un mince filet d’eau dans un fossé profond. Après le petit pont qui l’enjambe, le cimetière, où repose la famille la plus proche. Aucune de ces tombes n’est anonyme et je sais même quel emplacement j’occuperai probablement lorsque le moment sera venu. C’est rassurant en fait. La mort est là, au fond du jardin, dans ce carré entouré de murs bas, aires de jeu préféré de ma mère enfant et où j’ai également passé des heures à m’occuper des vielles tombes des enfants et des mort-nés du siècle passé, à apprendre la vie des cousins et des arrières grands-tantes, à imaginer à partir des dates et des noms gravés dans la pierre et la mémoire que les récits des anciens m’en avait transmis, ce qu’avait été leur vie.
Et il y a les papiers. Les multitudes de correspondances, de livres et de carnets de bals griffonnés d’une écriture nerveuse comme celle de mon arrière grand-mère ou soigneusement emplie d’une ronde écriture comme celle de sa sœur cadette. Combien d’heures ai-je passé dans ce grenier froid empli de guêpes à déchiffrer les lettres gothiques qui retranscrivent ce patois étrange que parle ma famille ?
Enfin il y a ce meuble au mystère, tout au fond du grenier, dérobé au regard, et que seul le noyau dur de la famille connaît, un meuble dont le seul nom inspire le secret, un meuble qui a tout d’un tabernacle profane : « le Vertikoffre ». Ce meuble était celui dans lequel mon arrière-grand-père herboriste rangeait ses plus précieuses décoctions, inspirées des savoirs de son épouse, dont une branche entière de la famille avait été condamnée deux siècles plus tôt pour sorcellerie alors qu’il ne s’agissait que de biologie empirique.
A Paris les morts sont anonymes, à Paris la mort est une angoisse silencieuse, alors qu’à Waldighoffen elle est pleinement intégrée à la vie de tous les jour, calmant les angoisses sourdes, elle attend sagement au fond du jardin, avec discrétion et sans violence.
PS : je suis triste que Selma quitte notre blog à trois... Marie et moi continuerons à croiser nos regards en espérant que Selma reviennet de temps à autre quand même !
23:05 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
et bien la relève est assurée ...
il me semble que c'est une bonne solution que de gérer un blog en groupe ... ce n'est peut être pas toujours simple mais il y a des relais ...
bonne route à ce blog ..il est intérêssant...
Ecrit par : bernard | 19 mars 2007
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