28 novembre 2006

My flatmates’s life, tome 1…

BRAHIM EL MANSOURI,
Entretien réalisé en français et en anglais, à la maison, au Caire, le 27 novembre 2006.


« Je suis très heureux que le journalisme français s’intéresse au monde arabe, car la France reste très tournée sur elle-même », Brahim El Mansouri.

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Photo MG


Brahim El Mansoury est né le 23 mars 1974 dans le village de Hsain, au Maroc, dans la banlieue de Rabat. « Je suis né au printemps, j’ai donc la folie de la nature… »
Jusqu’à l’âge de 25 ans, il vit au Maroc, l’envie de découvrir, d’être en interaction avec d’autres cultures, le fait venir au Caire où il vit depuis six ans.
Licencié en Littérature Arabe (Université Mohamed V de Rabat), il passe au Caire un diplôme d’études supérieures en Journalisme à l’Institut de recherches et d’études arabes. Puis, effectue un Master en Littérature comparée sur le modernisme français dans la critique littéraire marocaine.
Le dernier stade de ses études concerne l’obtention d’un certificat d’enseignement de l’Arabe en tant que langue étrangère.

Brahim a pratiqué le journalisme sous l’angle des sujets de société. « Afin de me respecter moi-même, j’ai arrêté, je devais stopper cette ironie. J’entends par ironie, cette ambiance pas propre dans le monde du journalisme, dans le monde arabe. Nous avons un paradigme hiérarchique qui occupe une trop grande place dans la culture arabe. Il y a par exemple trop d’intermédiaires à passer avant de publier, et même l’imprimeur à voix au chapitre quant au contrôle de la publication. »
« À présent je me concentre sur la construction de ma carrière d’écrivain et la participation à des conférences touchants aux sujets culturels, aux problématiques des transitions politiques, à la résistance du modèle patriarcal et du paternalisme politique. »

Le premier roman de Brahim s’intitule « Qama yaliko bi maghrebia » (« comme un vrai marocain »), publié par le ministère de la culture de Sharjha (Emirats arabes unis), et a obtenu le prix de Sharjha du meilleur écrivain arabe âgé de moins de quarante ans, en 2004.
Ce roman pose des questions sur la direction que prend la société patriarcale arabe, sur l’émergence d’une « pensée courageuse vers l’arrêt de ce jeu ridicule ». « La femme, qui pourtant participe à cinquante pour cent à l’humanité, reste encore derrière la fenêtre. C’est une commedia del arte ! »

Marie à Brahim : Sous un autre angle, ne peut-on pas considérer la société arabe comme matriarcale, car la femme tient un rôle essentiel dans la structure familiale à la maison, dans l’éducation des enfants ?

« Jamais ! Ces derniers signes nous font croire que cette société est matriarcale, or, en analysant ces signes, on décèle un patriacalisme encore plus fort que le patriarcalisme apparent. Pourquoi ? je citerai un exemple qui me fait mourir de rire ! Imagines deux ou trois cents femmes célébrant la journée mondiale de la femme, comme si elles étaient exceptionnelles, des oiseaux fragiles, des fleurs éphémères…Comme la journée internationale contre l’extermination des fennecs du désert au Maroc. Quelle belle merde ! les femmes elles-mêmes doivent lutter pour exister un jour sur trois cent soixante-cinq ! »
« Qu’est ce que j’aime me moquer de tout cela, mais je me sens parfois coupable, lorsque je prends ma tasse de café et pense aux pauvres chercheurs qui vont analyser notre « civilisation » dans cent ou cent cinquante ans. A cette époque-là, lorsqu’ils me demanderont pourquoi je n’ai rien fait pour stopper l’engrenage, je dirai que j’aurai tenté de mettre un bâton dans les roues. »
Quant à la société occidentale, « Je veux te choquer en disant que cette société n’est qu’une édition plus impeccable du système patriarcal. Grâce au développement industriel, vous êtes capable d’offrir une belle vitrine afin d’exposer le sexisme de façon détournée, jusqu’à ce que le citoyen ne soit plus capable de se rendre compte qu’il fait lui-même partie du « racisme sexuel », ce racisme qui fabrique la différence entre les deux sexes. Quelle belle merde ! Ils et Elles vont rejoindre cette mode et ce modèle, ces deux stupides ressources de la reproduction patriarcale. Par exemple, que j’habite à Paris, Rome ou Casablanca, je suis haletant devant la publicité à la TV, je recherche la dernière mode. »
Revenons au roman lui même…
«Le roman parle d’une femme qui est différente, est c’est son unique et grand problème. On vit dans une grande machine, si on sort du mode d’emploi, on ne fonctionne plus. Les machines sont les media, l’Education, les multinationales et transnationales. Les grands patrons sont des penseurs de sandwichs pour fast-food. Ce sont les nouveaux dieux de notre bel et horrible monde. »

Marie à Brahim : « La chaîne culturelle égyptienne « Al Thakafia », pour la seconde fois, t’as invité (le 25 novembre 2006), pour une interview en direct dans l’émission « A guest in Egypt », afin de parler de ton second roman, que tu viens de terminer. Quel est le sujet de ce dernier ? »

« Cela parle d’un professeur particulier de langue Arabe classique. L’adjectif « particulier » va ouvrir sur deux perspectives :
-À propos de sa folle et douce particularité, imagines un prof qui rencontre chaque jour des étudiants différents, de belles filles, des garçons timides, des diplomates stupéfiants, certains qui n’ont pas dormi la nuit d’avant, d’autres qui disent au revoir tout de suite après le cours et s’en vont…
-À propos de l’Arabe classique, la beauté de cette langue induit la croyance métaphysique que Dieu l’a créée, on parle de « Logha ilahia » (langue divine), personne et tout le monde utilise cette expression.
Cette langue, dans mon roman, est imagée, c’est comme la grenade que tient un enfant entre ses mains, illuminée par un rayon de soleil, et au même instant où les rayons pénètrent l’écorce du fruit, on voit les pépins rouges apparaitre.
C’est de cette façon que le professeur d’arabe parle de sa langue. »

Marie à Brahim : « Quels sont tes projets futurs ? »

« Je veux rendre ma vie personnelle plus riche en expériences, ne pas me répéter dans la vie quotidienne ? je veux bouger, rencontrer de nouvelles personnes, voir d’autres cultures ? Car c’est la seule garantie pour ne pas écrire toujours la même chose.
Je veux me rapprocher de la Sociologie et du Théâtre aussi. »


Marie Girod.

My flatmates’s life…

J’ai décidé de commencer une série de postings, qui seront des articles/interviews, sur, et dédiés à mes colocataires qui sont au nombre de quatre.
Chacun d’eux mène une activité différente, tous sont étrangers à l’Egypte, mais tous ont un point commun, ils réflechissent sur le monde arabe.
Ainsi, B., marocain, est écrivain et enseignant en Arabe classique ; A., suédoise, est chercheuse en sciences politiques ; S., marocain, est également chercheur en sciences politiques ; et N., belge, étudie l’arabe égyptien et classique.
Le premier tome de la série est consacré à B., quant à son actualité, car il vient de terminer son second roman.

Marie from Cairo.

24 novembre 2006

Necro cinema : Philippe Noiret

Philippe Noiret est l'un des personnages qui a marqué ma génération, traversé mon paysage cinematographique depuis l'enfance, une référence, le genre d'acteur dont on voit les films parce qu'il joue dedans, cela suffit.

Le Carnet du Monde.fr d'aujourd'hui, lui consacre une cinématographie :

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3382,36-838210@51-838089,0.html

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Photo Le Monde.fr

23 novembre 2006

Ô Mes ténèbres !

Si je me suis assagi et que mes pensées sont moins nostalgiques ou négatives que par le passé, je reste fidèle à une certaine esthétique et c’est encore perpétuellement de noir vêtu que je me drape du froid de ma saison préférée ! Que l’hiver vienne, figer de son blanc manteau nos parcs et nos rues, piquer de son froid mordant nos corps pressés, embrasser de sa bise notre peau dans le vent matinal, et assombrir de ses nuits interminables nos vies précipitées !

 

L’hiver ! Cette période est la meilleure de l’année pour une raison bien précise : la convivialité.

 

Période des fêtes, moins envie de sortir, cuisine plus copieuse et chaleureuse, chaque soirée est une veillée avec lumière et chaleur, sans conteste c’est LA période de la convivialité ! Cette seule raison suffit à offrir à l’hiver une affection particulière.

 

Pour des individus qui flirtent avec le même esthétisme que moi, bien sûr, les plaisirs de l’hiver ne sont pas des moindres ! J’aime par-dessus tout la nuit ! La lumière du jour m’épuise, m’agresse, me met mal à l’aise. Enveloppé dans l’obscurité de la nuit, des cieux bleus indigo de l’été au noir de jais de l’hiver, on se sent chez soi ! Et avec le rythme de travail actuel je retrouve une ambiance délicieuse : la nuit perpétuelle ! Je pars le matin il fait nuit, je rentre le soir, il fait nuit ! La lumière du jour n’a plus d’existence et c’est dans l’épaisseur, la chaleur et la volupté du noir que se passent les mois d’hivers !

 

Téléphone

Mobile, portable, GSM, peu importe comment on appelle cet engin de malheur, il me rend dingue !
Les égyptiens jouent dans la coure des grands en ce qui concerne l’utilisation de cet objet : ils jouent avec dans le metro, les cafés, au boulot, écoutent de la musique, visionnent des photos,…Et bien évidemment ils communiquent avec.
Ici, il est normal de téléphoner à un ami, un collègue de boulot, ou un employé, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. On « check on » les amis quasi quotidiennement, pour ne rien dire souvent, seulement pour faire « coucou ». Et puis, il y a tous ces coups de fils qui sont un réel harcèlement : spams invitant à des concerts, soirées…(On se retrouve sur des calling lists sans rien avoir demander) ; et les mecs ou nanas en quête d’âme sœur qui pensent qu’en vous appelant toutes les semaines durant des mois, ou tous les jours durant des semaines, vous allez bien finir par craquer et tomber magiquement amoureux(se).
Je n’en peux plus. Je suis spamée par un centre culturel au rythme de deux SMS par jour, je suis harcelée de SMS provenant d’âmes perdues depuis plus d’un an maintenant. J’ai des propositions de soirées pas moins de dix fois par semaines, c’est ingérable, il faudrait ne pas avoir besoin de dormir pour honorer toutes les invitations à des anniversaires, parties, dîners... Et lorsque je ne donne pas de mes nouvelles durant 48h, j’ai droit à : « tu as disparu ? ».
Je ne peux que remarquer qu’avec mes amis français, le rythme est plus calme, parfois même trop, on est plus aspirés par le boulot que les sorties.
Et plus relativement à ma vie personnelle : au lieu de recevoir des SMS de dix mecs différents, qui s’accrochent alors que je ne donne aucun espoir, j’aimerais ne recevoir des SMS que d’un mec, un seul, le bon, celui dont j’aurai plaisir à lire les mots car ils voudraient dire quelque chose. Et au lieu de recevoir des coups de fils jusqu’à 1h du mat, de mes élèves qui veulent changer l’heure d’un cours, ou de gens qui me proposent des boulots foireux, j’aimerais n’avoir des coups de fils que d’un seul patron, qui respecterait mon temps privé, ne me considèrerait pas comme à disposition 7/7, 24/24.
Pour les e mails, j’ai réglé le problème, j’ai trois adresses mails, une est plus pour les amis et la famille, une autre pour le boulot, la dernière pour les affaires diverses, ainsi, selon mon humeur, je sais laquelle ne pas ouvrir.
L’autre jour, mon colocataire S, m’avoue qu’il a mis son portable Off depuis cinq jours et se sentir mieux. J’étais stupéfaite, et envieuse. J’en arrive à rêver de faire un truc si fou ! Mais je peux difficilement me le permettre, mon activité ou recherche d’activité professionnelle reposant sur la communication, la majorité de mes fréquentations étant égyptienne, et puis, je vis au Caire, tout simplement, dans une mégalopole, il y a un tas de raison d’avoir besoin d’un mobile.

J’ai parfois des envies de jeter mon mobile dans le Nil…C’est devenu un fantasme !

Et pourtant je suis bien contente de l’avoir ce mobile, pour prévenir mes amis que je suis coincée dans le trafic et que j’aurai une heure de retard, pour passer le téléphone au chauffeur de taxi afin qu’une personne arabophone lui explique l’endroit où je souhaite me rendre. Je suis bien contente d’avoir des numéros de delivery service dans ma SIM card pour me faire livrer de la bouffe ou une recharge de tel, n’importe où.
Et si vous pensez qu’une fois dans le désert j’arrive à tout lâcher, et bien vous allez être déçu, il y a du réseau partout dans ce pays. Ainsi, je me suis déjà vue en train de planifier mes cours de la semaine par tel, depuis le désert noir.
Je crois, qu’à part le bruit, l’air saturé en CO2, la surpopulation, le mobile est devenue une quatrième source de pollution dans ma vie cairote, qu’il va me falloir réguler.
Mes seuls moments de calme sont lorsque je fais du Yoga chez moi, je mets le mobile off, je suis seule, je ne fais rien, à part étirer mon corps et méditer (me vider la tête), allongée sur mon tapis, contemplant le vide du haut plafond blanc, appréciant le quasi silence, me délectant de la joie de ne plus prononcer ni entendre un seul mots (je pourrais digresser sur la pertinence de toutes les paroles que l’on profère en une journée, je pense que 90 pour cent d’entre elles sont inutiles, donc une pollution de l’esprit). Et je voudrais que ces moments durent toujours plus longtemps.Car lorsque mon planning me permet de pratiquer cela une ou deux fois par jour, pendant au moins une heure, je me rends bien compte que mon taux de stress diminue, à l’inverse, lorsque je n’ai pas le temps de me réserver ces moment-là, je deviens agressive et déprimée, j’ai envie de pleurer sans arrêt.
Une autre bonne raison d’éteindre son portable, c’est lorsqu’on attend désespéramment un coup de fil qui ne vient pas. Je me déteste lorsque je vérifie mes messages toutes les cinq minutes, que je me rends compte qu’il n’y a que des messages de mecs qui ne m’intéressent pas outre mesure, et pas de message de celui dont j’en attends, alors dès que je sens que j’attends, j’éteins et tant pis pour tout le monde.

réponse aux commentaires

Je réponds rapidement, n'arrivant plus à venir ici en semaine... En fait le samedi je prépare mes "posts" à l'avance et je les programme pour qu'ils apparaissent sur le blog au fil de la semaine...

 

Merci Marie pour tes marques d'affection renouvelées et de perpétuer le lien, indéfectiblement. Ce blog a prit une part importante dans ce lien et dans ma vie quotidienne de Networker ces derniers mois (plus d'un an) et l'aventure me plaît toujours autant. D'ailleurs, vous êtes de plus en plus nombreux à nous rendre visite régulièrement et on a dépassé les 4 235 visites en octobre.

 

Virginie, moi aussi je suis régulièrement ton actualité via ton blog (blonde !) et j’espère bien reprendre notre correspondance ! Tu te rends compte, on s’écrit depuis l’age de 10 ans sans jamais s’être revu ! 15 ans déjà ! Et on a tous des cheminements différents. J’essaie juste d’optimiser la productivité en faisant en sorte que mes loisirs sont des prolongements du boulot, mais je suis certains que tu as pleins de choses à me raconter, pleins d’expériences différentes de mon quotidien, et c’est en cela qu’elles m’intéressent.

 

Pat, je suis à la fois d’accord avec ta remarque, puisque le noyau dur de mes amis sont ceux que je connais depuis le lycée, mais je ne suis pas d’accord avec l’idée selon laquelle les expatriations et les changements affectent à ce point les relations. Certes nous sommes plus jeunes, certes je ne me suis pas expatrié, pas cette fois, même si j’ai passé quelques années en Allemagne, mais en changeant de région 6 fois en 15 ans j’ai pu entrevoir l’expérience dont tu parles. Marie m’avait évoqué certains éléments de ton histoire, et j’étais, par personne interposée, attristé par ta pensée selon laquelle certaines de tes relations au Caire, pourtant vraisemblablement importantes, n’auraient pas d’avenir après ton retour en France. JE ne pense pas qu’il s’agit d’une fatalité… tu pourras mettre ça sur le compte du romantisme de la jeunesse…

 

NB : Quelques personnes ont échappé à mon système pourtant rodé d’information… Ainsi j’ai ENCORE égarée Roxanne Hindertmark en cours de route, si quelqu’un la connais ou si tu repasses par ce blog fais moi signe ! Idem pour Frédéric Gouyrand, Mike Rigoulo, Céline Martel, l’abbé Leclerc, Guillaume Reder, Audrey Bigel, Daphné, Marilyn, Alice. François Avril qu’es-tu devenu ? J’ai la chance d’avoir une mémoire parfois effrayante mais grâce à elle je n’ai oublié aucun moment partagé.

22 novembre 2006

They launched « ALIF » !

« Alif » est un webzine hebdomadaire francophone sur l’Egypte, apolitique et laïque, mis on line cette semaine pour un premier numéro, il est rédigé par deux journalistes français vivant au Caire depuis plus d’un an.

http://magalif.info/une/


Cinq rubriques principales permettent une navigation claire, rapide et simple : Société, Politique, Economie, Culture, ainsi qu’un entretien, « Question à …».

La qualité rédactionnelle est au rendez-vous, et les sujets abordés plus que digne d’intérêts, en l’occurrence, cette semaine, l’entretien porte sur lancement d’ « Al Jazeera » TV en anglais avec une professeur de journalisme à l’Université Américaine du Caire.
En page Société, vous trouverez un article à propos d’un scandale cairote (harcèlement sexuel) relayé par des bloggeurs égyptiens et a contrario nié par les autorités égyptiennes, c’est l’occasion d’aborder le thème de la liberté d’expression en Egypte, soutenue et observée par Reporters Sans Frontières.
La page Politique traite d’une réforme profonde dans le système politique de l’Egypte : La candidature à la présidence de la République.
Pour finir, la rubrique Culture nous propose cette semaine de découvrir le livre de Khayri Shalabi, "Le temps du Kif", traduit de l’Arabe par Frederic Lagrange. Éditions Actes Sud.
A voir également, la revue de presse.

Des rubriques annexes complètent les news : adresses pratiques répertoriées par quartiers et/ou catégories, ainsi que des petites annonces.

Évidemment, le contenu général de ce Mag est trouvable dans d’autres journaux on line ou sur papiers. Mais à mon avis, le point fort d’ « Alif » est de regrouper la qualité rédactionnelle, l’analyse pertinente, des sujets intéressants, une navigation fluide, dans une synthèse hebdo de l’actualité égyptienne.

Notices :

1-Alif a besoin de soutien pour son développement (notoriété, petites annonces, parrainage)

2-Une newsletter est à disposition par inscription sur le site web même.






J’espère vous avoir donner le goût* pour une visite sur ce magazine on line…

*(Expression issue du Français canadien pour dire « envie de… », utilisée ici en hommage à mon ami journaliste canadien francophone G.L.)


Marie from Cairo.

21 novembre 2006

Tout un monde.

Est-ce un délire christique, l’Imitatio Christi qui a influencée mon adolescence, ou est-ce dû à une réelle propriété particulière ? Quoi qu’il en soit j’ai tendance à « aimer » tout le monde, c'est-à-dire être perpétuellement dans l’affectif et avoir de l’empathie pour tous mes prochains, pour continuer avec un vocabulaire chrétien. Le problème c’est qu’à force de changer de ville régulièrement, de fac, de job, d’association et de cercle d’amis je rencontre beaucoup de monde, et j’éprouve un attachement particulier avec trop de personnes pour parvenir à maintenir dans le temps toutes les amitiés. Alors j’ai trouvé un moyen pour conserver les liens, aussi ténus soient-ils, et ce blog est un des dispositifs du plan d’ensemble… Malgré les années et la distance, je sais assez précisément qui fait quoi, quand et où, les grandes lignes de leurs vies actuelles, et en cas de besoin, de proximité géographique ou d’opportunité d’échanges constructifs, je reprends contact. Pour chacun de ces groupes j’ai conservé un « lien relais », qui me tient informé pour un groupe entier. Des mailings listes collectives et les blogs viennent en appui, sans compter la « googelisation » régulière et automatique de leurs noms propres. Au fil des années il est fascinant de voir à quel point certaines de nos destinées divergent. J’espère parvenir à perpétuer cette cartographie de vies croisées, qui oscille entre retrouvailles et éloignements. Et lorsque les bonnes nouvelles foisonnent, que les vies « avancent », c’est toujours une joie. L’amitié était ma valeur fondamentale, la vie de couple a pris le pas depuis, mais je me souviens d’une amie qui considérait que l’éloignement géographique ne permet pas de perpétuer l’amitié ! Elle a agit selon ce principe, mais je suis heureux que tant d’autres, comme Marie, on prouvé le contraire. L’empathie n’a que faire du temps et des distances, l’amitié véritable n’a que faire des différences.

Horoscope

Voici ce que projette mon horoscope (Lion) pour la journée de demain : « Vous aurez davantage de ressources pour convaincre votre partenaire du bien fondé de vos projets. Rappelez vous qu'un collier de fleur est plus difficile à briser qu'un collier de fer... ».

Tout d’abord, je ne crois pas en l’horoscope, je fais bien la distinction entre Astronomie (nomos : loi) et Astrologie (logos : discours sur…), le premier étant donc scientifique, le second de l’ordre de l’interprétation.
Néanmoins, Yahoo.com a l’art de m’épater, je m’amuse souvent à y lire mon horoscope avant de mettre mon ordinateur en veille, ultime page à ouvrir, la plus inutile, mais j’avoue cette manie (c’est une sacrée confidence que je livre là). Mais cette fois, je n’y comprends rien, que veut réellement dire ce dicton : « un collier de fleur est plus difficile à briser qu'un collier de fer... » ? Dois-je plutôt offrir des fleurs que tenter d’enchaîner autrui ?
Cela me fait penser que les dernières fois que j’ai reçu des fleurs d’un homme, ce n’était pas signe d’amour du tout. Je me souviens de la dernière année passée avec mon ex, un matin il a déposé un bouquet de mes fleurs préférées sur mon oreiller, pendant que je m’éveillais. Il ne savait pas qu’il était déjà trop tard pour les actes romantiques tant attendus qui avaient disparu au fil du temps, il ne savait pas que je projetais de le quitter, mais s'en doutais. Son acte n’était ni plus ni moins que du désespoir. Puis, un ami, croisé par hasard dans la rue il y a quelque temps, un bouquet de rose à la main pour sa dulcinée, a tiré une rose du bouquet pour me la donner, geste galant, mais qui m’a renvoyé à l’idée que cela faisait bien longtemps que je n’avais pas reçu de fleurs de façon romantique.
Tout cela pour dire que mon horoscope n’est tout à fait à côté de la plaque si je me laisse embarquer dans l’interprétation subjective. Cela à au moins pour fonction de me faire méditer sur certains sujets que la lecture des news du matin ne m’inspire pas du tout.

19 novembre 2006

Sinaï in winter…

Mon week-end dans le Sinaï fut très court, 14 h de bus pour une trentaine d’heures sur place.
Pour commencer, j’aimerais parler un peu d’un changement qui paraît peu important, mais…La gare routière de Turgoman est en voie de réfection. Jusqu’à il y a peu, le bus pour Nuweiba se prenait à la station citée ci-dessus, dans l’ambiance suivante : des bancs et des tables installées en vracs, des serveurs généralement souriants qui courent partout, servent le thé à la menthe sans oublier de demander où l’on va, indiquant d’eux-mêmes l’heure de départ et le bus concerné, pour être certains que le touriste ne se sente pas trop égaré. La population est hétérogène, dans un même bus, on trouve des travailleurs citadins ou de la campagne, des familles, des militaires, des bédouins, des touristes chinois, philippins, canadiens…On trouve un tas de bouffes pas terribles mais pas chères à emporter pour le trajet, on boit tant de thé en attendant le bus qui ne part jamais à l’heure, qu’ensuite il faut contenir son envie de faire pipi en chemin. Et une fois dans le bus, c’est toujours la surprise ! Aura t-on droit à un film débile ou pas, à la climatisation à 15 degrés ou pas, à un récital du Coran sur cassette ou pas. Les chauffeurs sont en général dictateurs et imposent leur propre ambiance.
Bref, j’adore l’atmosphère de Turgoman.
Or, à mon arrivée à la gare routière jeudi soir, on m’a indiqué une nouvelle zone, dans l’immense bâtiment neuf : c’est neuf, immense et froid. La cafétéria se trouve avant les quais, cela ressemble à un bar d’aéroport, on y sert le même thé que dans l’ancienne gare routière, mais plus cher. Puis, une fois sur le quai, on a plus le droit de fumer, on est en sous-sol, la salle d’attente est identique à celle d’un aéroport, froide et inconfortable, ultra sécurisée. Une fois là, fini les attroupements anarchiques devant le bus, terminé les serveurs qui crient « shai ! » (thé). L’ordre règne, et sa froide saveur avec, et cela se ressent franchement sur le visage des gens, on a plus l’impression de partir en voyage mais d’embarquer pour le bagne.

Une fois arrivée à Nakla, l’escale, la pause thé du voyage, au milieu du désert, je retrouve enfin l’ambiance des voyages égyptiens que j’aime. La population hétérogène qui descend du bus, déjà atteinte par la relaxation qu’impose la distance d’avec le Caire, j’entends déjà les serveurs crier « shai », le feuilleton égyptien qui passe à la TV dans la salle du café, il fait très
froid, 10 degrés je pense.

Vers 5h du matin, j’arrive à bon port, on est à l’heure, c’est rare, habituellement le bus est en retard, et j’assiste au lever du soleil sur le golfe d’Aqaba. C’est fois, je suis débarquée sur la route, le long de la côte, en pleine nuit noire. Le chauffeur s’inquiète de me laisser là, car il fait trop sombre pour apercevoir le château, je l’assure que je sais où je me rends. Seul le reflet du croissant de lune apporte un peu de lumière sur la mer Rouge. C’est beau, splendide, mais je suis effrayée. Telle une bonne citadine, le silence, la nuit noire, en plein désert, me donne aussi un sentiment de terreur, le sentiment de ne pas maîtriser du tout l’environnement dans lequel je me trouve.
Je m’apprête à gravir la colline qui mène à la demeure de mes amis et j’entends déjà leurs chiens aboyer, leurs quatre labradors m’ont entendu arriver. Ils sont adorables, mais l’idée de les voir se ruer sur moi dans la nuit noire sachant qu’ils sont aussi des chiens de garde, m’a fait paniquer. Ainsi, j’ai réveillé par téléphone H afin qu’il m’accueille avec les chiens. Finalement les quatre chiens se sont rué sur moi, mais en douceur, et entendre la voix de L derrière eux m’a rassurée. Je suis allée directement terminer ma nuit au lit, car je n’avais pas dormi dans le bus, il y faisait si froid (à cause du chauffeur dictateur qui avait mis l’air conditionné !).
J’ai passé l’après-midi à papoter au bord de la piscine, un cocktail à la main, une sieste devant la TV avec un chien qui a plus l’air d’un gros nounours, puis le soir nous avons eu le plaisir de déguster un poisson pêché par H, une sorte d’hybride entre le Thon et le Barracuda, accompagné d’une fondue savoyarde importée de Suisse !
J’ai repris le bus aujourd’hui, je commençais à ressentir l’effet Sinaï (béatitude), qu’il fallait déjà repartir. Et oui, je travaille demain, à Heliopolis…Je crois que je préfère les sept heures de trajet pour le Sinaï que l’heure et demie de taxi dans le trafic pour Heliopolis chaque dimanche après-midi.

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Photos MG

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