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31 août 2006
Background...ou ma ville natale...
Un peu d’Histoire pour commencer :
« Quatre siècles durant, Montbéliard (Doubs) fut une principauté allemande. Cette longue page d'histoire, ouverte en 1397 par le mariage d'Henriette d'Orbe, héritière du comté, avec le jeune prince d'empire Eberhardt de Würtemberg, puis refermée en 1793 par la Révolution française, a façonné le lieu.
Le style des plus vieilles maisons de ville de Montbéliard rompt avec les autres cités de Franche-Comté. Leurs étroites façades lilas, lavande, sang de boeuf ou rose tendre tranchent avec les alternances de grès rose et de calcaire du Jura qui composent les bâtiments Renaissance de la ville. La rigueur germanique et la culture luthérienne, pimentées d'une once d'inspiration italienne, ont donné son âme à l'endroit. »
Je suis née à Montbéliard en 1978 et y ai vécu jusqu’à l’âge de huit ans.
Nous habitions à proximité du centre ville, rue du Montbart, et je fréquentais une école primaire au centre-ville, boulevard Wilson.
Je me souviens des promenades que je faisais à vélo, avec ma mère, à deux minutes de chez nous, le long de la rivière bordée par des saules pleureurs (mon arbre prèféré). Je me souviens aussi du son des balles de tennis provenant des terrains situés derrière notre immeuble, mes parents s’y trouvaient souvent pour jouer, et moi je circulais à vélo entre les allées.
Je me souviens des hivers neigeux de cette ville, le froid, la grisaille, et des noëls illuminés. Montbéliard est réputée pour son marché et ses illuminations de Noël. A cette époque de l’année, on y trouve beaucoup de produits des terroirs alsaciens et allemands (vins chauds, charcuteries).
Il ne reste qu’une seule personne de ma famille qui y réside encore, mon cousin T et sa compagne C. Le reste de ma famille doubienne vit aux alentours, dans la communauté d’agglomérations qui fait de Montbéliard un grand amalgame de petites villes toutes collées entre elles.
Montbéliard me rend bien plus nostalgique que Besançon, il faut croire que les racines sont irremplaçables.
Photo Luc Duredon 2004
Photo MG
Photo MG
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30 août 2006
Trajectoires…
Ouvrir l’œil sur le chemin que la vie nous montre, voilà qui réclame une clarté d’esprit bien difficile à avoir depuis le Caire si mouvementé.
Un jour toutes les portes sont clauses, le lendemain, deux portes s’ouvrent, menant toutes deux à des vies si différentes. Le choix n’est pas facile, il consiste à choisir entre le pseudo rationnel (argent, pseudo sécurité, pseudo stabilité, évidence apparente) et un sentiment profond (me recentrer sur moi-même, loin de tout ce que je connais, pour mieux repartir, je l’espère).
C’est drôle, en ce qui concerne l’un des choix possible, j’ai l’impression que si je le rejette, ce n’est pas moi réellement moi qui vais le regretter…I mean…C’est la voix paternelle que j’entends déjà me dire : « Mais tu es folle ! Tu avais la sécurité financière servie sur un plateau ». Oui, certes, mais c’est comme si elle arrivait trop tard, je l’ai attendue, et à présent j’ai à peine la force de faire face, je ne parviens pas à trouver l’énergie nécessaire qu’il me faudra développer dans quelques jours si j’accepte cette proposition. De l’autre côté, se propose une émigration dans le désert, dans un endroit idyllique, sans grand souci à l’horizon. L’opportunité de faire une expérience inédite (je n’étais pas vraiment à la recherche d’une nouvelle expérience, j’ai eu mon quota cette année passée à vivre le Caire à 100%), c’est plutôt l’occasion, de me retrouver face à moi-même, d’évacuer quelques démons qui me hantent, de m’apaiser psychologiquement, tout en préparant, au calme, mon futur.
Le choix est donc évident si je n’écoute que ma voix profonde, mais la voix de la raison raisonnable vient tenter de saper cela. Alors, que regretterais-je le plus ? Je crois que je le sais.Je ne suis plus sure d’arriver à me sentir épanouie les mois prochains au Caire, je suis arrivée à ma limite d’euphorie dans le sens où mon cerveau n’encaisse plus les chocs engendrés par cette ville. Si l’on me demande de quoi j’ai besoin maintenant, tout de suite, je dirais que j’ai besoin de repos, de paix, et je crois que l’on m’offre cette possibilité sur un plateau, aussi.
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29 août 2006
Promenade nocturne…
La nuit dernière…Insomnie. Je croise vers 3 heures du matin, S, dans la cuisine, idem, il ne peut dormir. On vérifie le calendrier, ce n’est pourtant pas la pleine lune. Les ghanéens se réveillent aussi, seule C dort vraiment. On décide donc d’aller faire une promenade à l’extérieur.
En quittant le vieil ascenseur Stigler, nous apercevons l’agent de sécurité affalé sur son siège, la tête renversée vers l’arrière, et la bouche grande ouverte, je n’ai pu m’empêcher d’en faire un cliché avec mon téléphone portable. Nous sortons, tout est calme ou presque dans la rue, nous marchons jusqu’à Talat harb street, il fait environ 30 degrés.
Une fois dans Talat Harb, nous observons, avec et sans surprise (bien que l’on y vive, on reste encore étonné par cette ville), que le Caire ne dort pas du tout, nous croisons des couples, des enfants, des marchands de journaux, de légumes, des chauffeurs de taxi, un âne tirant une charrette, beaucoup de voitures roulant trop vite. Des gens sortent du cinéma, d’autres du travail.
Nous remontons le quartier jusqu’au bout par Qasr El Nil, ce trajet nous amène à parler de l’immeuble Yacoubian, puis de politique (S est chercheur en Histoire politique).
Nous nous installons à un café baladi, assez rempli d’hommes, de femmes, d’enfants, de cireurs de chaussures. Nous commandons du thé et des chichas et observons la vie nocturne se dérouler sous nos yeux : enfants mendiants, poubelliers, balayeurs, filles de cabaret qui font une pause au milieu de leur nuit de travail, le vendeur de Chich Kebab qui s’affaire au son d’une radio tonitruante.
S me raconte une blague : « Sais-tu que les femmes d’un pays ressemblent fortement à leur pays ? », « euh, oui, je vois, tu veux dire que les égyptiennes sont taillées comme des pyramides ! » répliquais-je.
Nous restons là jusqu’à 5 heures du matin, puis sur le chemin du retour, nous passons par le souk Tawfikeya pour acheter des légumes et des fruits. Les étalages sont forts bien décorés et illuminés, c’est l’heure de la prière, mais quelques marchands sont là. Je suis fatiguée, alors je mélange un peu l’arabe et l’anglais, et je demande « (h)alf kilos » de dattes au lieu de « nouss kilos » (veuillez comprendre que je voulais un demi kilo). J’ai utilisé « half » en anglais signifiant « demi », mais qui peut ressembler dans ce contexte à « alf » en arabe, signifiant « milles ».
Nous passons devant le café Nadwa (signifiant « conférence »), et S m’apprend que l’écrivain Alaa El Aswany, auteur de « L’immeuble Yacoubian », y donne des conférences populaires chaque jeudi à 9 pm. Plus loin, je découvre une nouvelle galerie d’art contemporain dans notre rue, « Portrait Gallery ». Il me reste un tas de choses à découvrir encore et encore dans cette ville, c’est drôle, mais cela me rassure.
Nous rentrons vers 5 heures trente, tout le monde dort, S se met à son bureau pour travailler, moi j’observe le lever du soleil depuis mon balcon, puis je suis allé me coucher avec la joie procurée par cette promenade nocturne.
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26 août 2006
Fayoum
Ce Week-end, virée décidée à l’arrache jeudi soir avec A, destination le Fayoum.
Depuis le temps que je rêvais de voir cet îlot de verdure en pleine Egypte (depuis que j’ai feuilleté un magazine qui en parlait, et publiait de splendides photos, dans le cabinet de mon dentiste à Besançon il y quelques années).
Je n’ai pas été déçue. Les petites routes en lacets, bordées de champs (riz, maïs, choux…) et de bosquets, de palmeraies, m’ont rappelés la campagne française, dans le dessin. Habituellement, le paysage à contempler en Egypte, en suivant une route, c’est le désert de part et d’autre, ou alors un côté désert plat ou montagneux et un côté mer.
J’avais repéré dans le guide du (routard édition 2005), un hôtel assez cher et réputé : « New panorama », quatre étoile (qui leur a donné des étoiles, je ne sais pas !) Cet hôtel est un lieu de résidence typiquement égyptien, je m’explique…
Primo, sans documents de mariage, il nous a été impossible de partager une chambre double. A, bien que marocain (donc étranger), est considéré avant tout comme un Arabe donc n’a pas à s’exposer à une situation automatiquement interprétée comme tentative de copulation hors mariage. Que l’on souhaite simplement partager les frais d’une chambre entre amis, cela ne vient pas à l’idée. Anyway, on nous a dit que nous devrions louer officiellement deux chambres, et qu’officieusement on ferait ce qu’on voudrait ! On a donc été obligé de louer deux appartements. Car, en effet, il ne s’agit pas de chambres mais d’appartements : deux salons, deux chambres, deux salles de bains, une cuisine, et immense terrasse. Les égyptiens y viennent en famille nombreuses. L’espace était là, mais la qualité du service laisse à désirer : il a fallu réclamer des serviettes, les télécommandes pour les climatisations, le repas est correct sans plus (menu unique), et le petit-déjeuner carrément limite à mon avis.
Néanmoins, la vue sur le lac est imprenable. Il s’agit du lac Qaroun, 210 km carrés, cernés de désert et de terres agricoles. On a aperçu une huppe et des aigrettes. La passion secrète d’A. s’est réveillée : l’Ornithologie !
J’en ai profité pour conduire un peu. Dans le village, se jetaient littéralement sous mes roues à tous moments, enfants, canards, chiens, ânes, motocyclettes, et à cela on ajoute un camion-citerne qui perdait du liquide non identifié, devant la voiture. Quant à l’autoroute, cela aurait pu être plus reposant, or, j’ai dépensé une énergie folle en concentration, puisqu’il faut s’attendre à être doublé à tout instant autant par la gauche que par la droite, à haute vitesse, et qu’il faut aussi éviter les trous réguliers qui entament l’asphalte. Néanmoins, cet exercice de concentration a eu le net avantage de complètement me vider la tête, je ne pensais plus à aucun de mes soucis. Je remercie au passage A de m’avoir coacher avec tact, efficacité et patience. Par contre, je lui ai rendu le volant en arrivant au Caire, car cela relève du rodéo pour conducteur à réflexes, et comme j’ai déjà réussi à caler au péage, et à décrocher un morceau de par-choc en frôlant une barrière sous le regard des policiers qui avaient installé un poste à l’entrée de l’autoroute, il était sage que je m’arrête là.
Cet après-midi, nous sommes allé voir le film tant attendu « L’immeuble Yacoubian ». En arabe non sous titré. Maalesh pour moi ! Je ne peux pas donc pas juger très objectivement, de plus, je n’ai pas terminé la lecture du livre d’où le film est né. Néanmoins, il y a su kitch, de la maladresse dans la réalisation, un manque de finesse. Cependant, quelques acteurs étaient bons, la musique aussi, mais pas toujours bien utilisée.
De retour Downtown, l’appartement est vide, hourra, je remets Chopin.
Et Youpi !, ma chère Madame Dolphin est de retour parmi nous (c'est qu'à l'Estoril et chez la manucure de Shagar el Dor, on, m'a demandé de ses nouvelles), elle m’a manqué. Par contre, la France semble avoir retenue une de nos camarades, expatriée depuis un an également, qui n’a manifestement pas pris son avion de retour en Egypte. Et oui, il est « dangereux » de revenir passer des vacances chez soi, cela remue la tête, et c’est bien naturel. Je souhaite donc bonne route à S, que j’aurais aimé revoir.
photo A.M
photo A.M
photo A.M
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Coup de déprime ?
Ce blog a pris une tournure très déprimée ces derniers jours ! J’aurai lu ces textes il y a quelques années je me serai rué sur l’occasion pour me lover dans la douce mélancolie suicidaire et j’aurai épiloguer sur le romantisme désuet de la mort. Mais je me rends compte que j’ai bien changé et que je ne lâche plus aucun affect, ou avec contrôle, parcimonie et discrétion.
Depuis quelques années, je sais précisément depuis quel moment, j’ai un profond sentiment de solitude. Depuis ce moment là d’ailleurs je n’écoute de très occasionnellement de la musique. C’est idiot, d’autant plus que je suis le seul de notre trio à vivre en couple dans une histoire d’amour rare et précieuse, ça je le sais bien, mais il n’empêche que ce sentiment de solitude froide et totale est omniprésent. Et le plus incohérent, c’est que c’est probablement ce sentiment qui a éludé toute la thématique dépressive des années « bisontines ».
Pourquoi ? Tout simplement parce qu’en partant du principe qu’on est fondamentalement seul face à soi-même, on est alors totalement responsable de soi. Pas de fatalité à accuser, pas d’autre ou de « on » pour se plaindre, pas de fuite possible. On pars, mais les problèmes sont toujours là, exactement les mêmes, puisque le seul problème c’est nous-même. Alors je ne me suis plus parlé. Je ne me suis plus dit « oh comme c’est triste », « oh comme j’ai envie de… », « Oh si seulement je… » et autres « UTINAM … ». Non, maintenant je ne me parle plus, et ce silence intérieur, qui conforte le sentiment de solitude total mais qui instaure un calme absolu, me permets de ne plus déprimer de cette manière. Cette attitude a un coût évidemment, je ne m’investi plus du tout dans les relations affectives à part avec Olivier. Globalement mes interactions se limitent à ce que je considère comme étant mon devoir moral. En temps normal si on me demande comment ça va ou toute autre question sur les affects je n’en sais rien et je réponds ce qui m’arrange sur le moment. Je ne me pose plus ce genre de question et la plupart du temps je n’y répond pas. Fini les longues heures de confidences ou de confessions qui ne servent à rien, les regrets et les remords qu’on récite comme un chapelet ou les expression d’affect qui sonnent comme des litanies. Je travaille, il y a des choses qui me font plaisir, et c’est tout. C’est bien mieux ainsi.
Le seul espace de liberté d’affect est l’intimité avec Olivier, et celle-ci est totalement verrouillée à tout autre et quasi secrète !
Bon, ceci dit j’aimerai bien que nous reprenions le cours de nos récits pour dépasser cette pose affective du blog ! Il y a des événements à commenter ! Des actualités à rapporter !
Marie, as-tu assisté au déplacement de la statue de Ramsès II au Caire ? Selma, rien que la recherche d’appartement pourrait faire une épopée ! Quand entres-tu dans tes nouvelles fonctions ? Pour ma part reprise du boulot le 4 septembre… ça promet d’être difficile mais passionnant ! Quand on agit on ne déprime pas.
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24 août 2006
Chopin, alcool, amour, et désespoir.
Mon mood depuis une dizaine de jours, c’est Chopin, une marche funèbre, des envies de silences, pas forcément autour de moi, mais, au moins émanent moi, ne plus parler. Il est étonnant de constater à quel point, lorsqu’on exprime aucun son pendant plusieurs heures, on devient calme, serein, c’est si reposant que d’arrêter la perpétuelle conversation que nous menons quotidiennement avec nous-même et autrui, et que dire de la pertinence de ce que l’on dit, il est évident, que 80 % des paroles que l’on prononce sont inutiles et inintéressantes, mais on meuble, on comble.
J’écoute donc beaucoup Chopin en ce moment, à la maison, car dans la rue, I pod aux oreilles, c’est vain, même si je pousse le volume sonore à fond, la rumeur criante de la ville recouvre entièrement un concerto pour piano de Chopin.
Je n’étais plus de sortie nocturne depuis dix jours, pour diverses raisons (planning, pas envie, fatigue), mais il me fallait expulser tout le stress accumulé depuis…Je ne sais plus, cela ne se compte pas en jours ni semaines, mais finalement en années de trucs pas digérés. Si vraiment je voulais expulser tout cela, je passerais illico par-dessus le balcon, depuis le cinquième étage, mais…Je préfère me contenter d’une bonne cuite, qui me fait oublier l’espace de quelques heures seulement, que ma vie ne me satisfait pas. Alors je m’en suis mis une bonne hier soir, j’ai un peu dérapé (sans détails). Il y a quatre jour, mon colocataire S se remettait d’une cuite, avant-hier c’était C, et aujourd’hui c’est moi. Je suis revenue dans mes pénates ce matin, vêtue de fringues qui puent le tabac de l’atmosphère enfumée du club, cachant un peu avec mon sac, mon décolleté qui n’était approprié que pour la veille au club, mes yeux cachés à raison, derrière mes sunglasses. Je passe à la pharmacie, encore sous le joug de l’alcool, je ne trouve pas les mots en anglais pour dire « dentifrice » et « baume à lèvre », je bégaye, je marche au radar. Je suis dans la rue, en plein Downtown, il fait horriblement chaud, il y a déjà trop de monde partout à onze heure du matin, et je me dis que je suis l’esclave d’une situation affective que j’ai choisie, mais que je ne sais de moins en moins l’assumer. Je me trouve nulle, nulle, et nulle. J’ai bien tenté d’en finir avec lui, de contrôler, je le voulais, et j’aurais préféré qu’il ne me rappelle pas, mais il l’a fait, encore et encore, jusqu’à ce que je craque et réponde, et…Je n’ai pas tenu le coup. Toutefois, je n’étais pas convaincue à cent pour cent de la légitimité de ma décision de coupure, c’est en ce sens qu’il me faut assumer la situation.
Selma n’a pas eu le temps de tomber amoureuse, mais aurait aimé l’avoir, ce temps, moi je l’ai, depuis des mois, et je freine, je freine, vainement. C’est facile de dire qu’il ne faut pas réprimer ses sentiments, et s’offrir, mais qui a envie de se casser la gueule lamentablement. Oui, oui, oui, je suis pessimiste, et je me mets dans des situations impossibles, alors forcément je pense toujours aller droit dans le mur. Je suis en outre assez d’accord avec Stéphane (voir commentaire posting blog « J’ai honte, mais j’ai le blues »), il faut se lever de bonne heure pour trouver quelqu’un qui soit prêt à s’investir, à exprimer sans retenue inutile ses sentiments, tant notre époque nous pousse à considérer soi-même et sa souffrance, sa carapace, avant tout. On réfléchit à l’amour en termes d’investissement : « cela vaut-il le coup ou pas ? », « qu’est ce que je gagne, qu’est ce que je perds ? », « quelle est la dose de risque ? ». Mais je suis en accord avec Selma et Stéphane également, sur la note finale : il faut encore y croire, ne pas trop se blinder, ne pas laisser les déboires nous transformer pierre, et laisser la porte ouverte.
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22 août 2006
British Council in Cairo
Il faut tout de même que je vous raconte mon stage au British Council, où je suis un cours intensif depuis deux semaines, quatre soirs par semaine.
Le British Council, c’est joli (une grande villa jaune est le bâtiment principal). Moi j’arrive en taxi pourri, tandis que beaucoup arrive en BMW avec chauffeur, nos sacs sont passés au détecteur à l’entrée, puis cela se détend une fois dans le patio. Il y a quelques hauts arbres, un bananier (avec bananes en prime), un bassin avec une petite fontaine, et une cafétéria Beano’s qui ne vend que des sucreries, bien entendu, et une cabine téléphonique rouge. En ce moment, dehors il fait 39 degrés en moyenne, très très humide (on voit à l’œil nu la vapeur dans l’air), mais au British Council, on est en Angleterre au printemps : thermostat de la climatisation à 19 degrés celcius! Alors, j’emporte toujours un pull avec moi, et, à la pause, lorsque je quitte la salle, c’est à chaque fois un choc que de se prendre dans la figure 39 degrés ultra-humides ! Le décor est placé. Ah, j’avais oublié…le prof anglais from Bangla Desh est très mignon, et un peu plus jeune que moi (détail important ? j’sais pas).
Le côté gratiné de ce posting concerne la composition de ma classe : avec un comorien francophone et un égyptien ayant passé toute sa vie à Dubaï, je suis dans le trio étranger, le reste est à 100% égyptien et égyptienne.
Le prof me semble un poil provocateur, on est en Egypte, et il se plait à nous proposer des sujets concernant la différence éventuelle entre homme et femme, qu’elle soit sociale ou génétique (articles scientifiques, récit de vie de business woman, de firewoman…)
Quand on pense que les élèves qui viennent là ont tous fait des études supérieures, on est écoeuré face à tant de conneries ! Ainsi, pour la quasi-intégralité (pour ne pas dire totalité, seulement parce que je n’ai pas pu vérifier tout le monde), une femme ne vaut pas un homme, et ce, dans bien des domaines. Et, un scoop : le cerveau est plus ou moins grand selon la personnalité de la personne.
Quant à la discipline en classe, c’est un désastre : on n’hésite pas à répondre à son telephone, à sortir de la classe pour tenir sa conversation téléphonique, on arrive largement en retard.
Le prof me paraît assez blasé, mais patient.
Pédagogiquement c’est plus intéressant. Plus que jamais, je suis aux premières loges pour observer la méthode d’apprentissage égyptienne : apprendre par cœur, traduire littéralement.
Les égyptiens utilisent beaucoup de terme anglais dans leur vocabulaire quotidien, mais je ne savais pas qu’ils ne le savaient pas ! Et oui, à plusieurs reprises, des élèves se sont écriés, « mais ce mot est arabe ! », et le prof de répondre que c’est un anglicisme. Il me semble que lorsque les français utilisent « parking » ou « fast food », ils savent que ce n’est pas du français, non ? Comment apprendre correctement une langue étrangère, quand on a une méconnaissance telle de la base linguistique de sa propre langue ?
De plus, la plupart des égyptiens ont appris l’anglais à l’oreille, par conséquent, ils ne savent l’écrire, ou plutôt écrivent comme ils peuvent les sons qu’ils perçoivent. Un de mes camarades assit à côté de moi en est un bon exemple, et comme l’on doit souvent travailler en groupe, je me permets de corriger son anglais écrit. Et bien, systématiquement, il ne me croit pas, fait sa tête de mule. Il n’a encore pas saisi qu’il était là pour apprendre car il n’avait pas un anglais parfait. J’avoue ressentir un sentiment de machisme à mon encontre quant à cette attitude, anyway, ça m’agace fortement.
Dans deux semaines, je devrais décrocher mon certificat de upper-intermediate, et il me restera ensuite le niveau avancé à atteindre.
Photo from http://bernard-o.blogspot.com/
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19 août 2006
Welcome to Babylon (II)
Je vis à Babylone depuis mon retour de France.
Je m’explique : je partage un appartement avec deux marocains (étudiant-chercheur et journaliste), une italienne (étudiante et journaliste), et un ghanéen (étudiant).
S, ne parle pas anglais, il parle français avec moi, et arabe classique avec B et C.
Je parle français avec S et B, mais anglais avec C qui ne parle pas français, et parfois nous parlons un peu espagnol aussi. Lorsque des amis égyptiens viennent à la maison, nous parlons anglais et arabe égyptien (moi je me contente de l’écoute pour l’arabe, je ne parle pas).
Par exemple, hier soir, je buvais le thé dans le living-room avec S et C. Nous n’avons pas une langue commune pour les trois, puisque je ne parle pas arabe, S ne parle pas anglais, et C pas français. Donc, nous tenons notre conversation en trois langues, traduisant simultanément de l’anglais au français, à l’arabe. Pour la compréhension, c’est plus facile, chacun de nous comprend assez bien chacune des trois langues.
Le plus étonnant dans tout cela est l’aisance avec laquelle nous pratiquons notre communication, le passage d’une langue à une autre ne nous pose pas de problème, cela se fait naturellement, du coup, pour chaque nouveau concept utilisé nous prenons l’habitude de le traduire en trois langues dans la même phrase, avec rapidité, ainsi, nous devenons polyglottes dans l’âme, même si bien sûr il n’y a aucune perfection de l’usage là-dedans.
Parfois, nous nous perdons un peu, C me parle en italien, et je lui réponds dans la langue la plus proche, qui est l’espagnol. Parfois, j’oublie que S ne parle pas anglais, et il oublie que je ne parle pas arabe, mais on commence à se comprendre toutefois.
Il faut rajouter à cela les différences d’accents. S comprend mieux l’accent de C que le mien, en langue anglaise. Je ne comprends pas et réciproquement l’accent de W le ghanéen en langue anglaise.
Quant aux différences entre l’arabe classique et égyptien, je commence à m’y habituer.
Les voisins d’à côté sont coréens et suisses. Au-dessus, nous avons une italienne, et un anglais. En dessous, des égyptiens anglophones.
L’autre jour, B recevait un ami égyptien vivant en Allemagne, accompagné de deux amis allemands. Nous avons pris le petit-déjeuner, en allemand, arabe, anglais et français.
Côté mœurs, nous sommes assez unifiés : nous nous couchons tous très tard, nous passons la plus grande part de notre temps sur nos ordinateurs respectifs. W. porte parfois son boubou à la maison, S et B en djellaba, moi en kimono, seule C n’a pas adopté de costume folklorique.
Nous nous différencions par contre beaucoup sur notre façon de faire le thé (à l’anglaise, à la marocaine, ou à l’égyptienne).
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Le Sommeil est d’Or…
Alors que j’avais prévu de remplir le néant de ma vie actuelle par un planning de démarche active pour du travail, la semaine prochaine, des propositions de jobs épisodiques s’accumulent, que je ne suis pas en position de refuser. Il est bien connu que de chercher du travail en travaillant n’est pas chose aisée.
C’est alors, que la semaine prochaine, il me faudra gérer des dépôts de CV le matin, des cours de français à donner l’après-midi, mon stage au British Council le soir jusqu’à 10 pm. Je dois également remettre le nez dans le Phédon, le Ménon, et le Phèdre, de Platon, afin de préparer un cours sur la Métempsychose pour mon élève burkinabé dont je co-supervise le mémoire de Théorie de la connaissance.
Parallèlement, je réfléchis à une proposition de boulot qui consiste m’expatrier dans le désert des mois durant, je n’en dirai pas plus.
J’ai un scoop par ailleurs : je me suis mise aux boules Quiès, nécessaires à ma survie dans un appartement Downtown. C’est très efficace, je dors très bien, Je ne peux m’empêcher de penser, à chaque fois que je les enfonce dans mes oreilles, à Selma, et à M le maudit.
Selma, dans le train allant du Caire à Assouan en mars dernier, comme à son habitude, s’était harnachée de boules Quiès jaunes et de son masque de nuit. Le contrôleur de billet arrive, la réveille, elle dégage son masque sur le front pour le regarder, mais ne pense pas à ôter ses bouchons jaunes. Je la revois encore, me regardant avec un air un peu hagard, un grand sourire enfantin, me demandant ce que lui dit le contrôleur, n’ayant pas l’air de comprendre que le problème n’est pas ce dernier, mais sa propre surdité !!! J’ai des photos de cette anecdote, peut-être les publierons-nous un jour sur ce blog.
Quant à M le maudit, je me souviens de la nuit où je lui avais demandé de venir dormir à la maison, lorsque je résidais chez ma mère, avant de partir pour l’Egypte. Cette dernière et J étaient en voyage en Egypte justement, et j’avais peine à dormir seule dans la maison, les bruits d’animaux provenant de la forêt environnante me terrifiaient. J’ai proposé à M le lit dans le bureau à côté de ma chambre. Il m’avoua qu’il n’aimait pas l’idée que mon chat vienne dormir éventuellement auprès de lui. C’est là que j’ai réalisé qu’il m’offrait un vrai geste d’amitié, car il est venu atténuer ma peur, tandis que je lui en imposais une autre. Il se couche, et j’avais omis de lui proposer une couverture, je crois, donc, je me relève, et j’ai cru lui provoquer une crise cardiaque.Ses boules Quiès l’avait plongé dans un silence tel, que je ne parvenais pas à le réveiller, et m’en inquiétais, mais une fois fait, il sursauta comme un noyé revenant à la vie !!!
L’autre nuit, je ne trouvais pas le sommeil, alors j’ai créé un contexte idéal : ventilateur, boules Quiès, et somnifère : parfait !
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Loïc de sortie, tous aux abris !
Ce soir j’avais prévu de sortir avec V., rencontré en Juin à Roscoff, dont nos origines alsaciennes communes nous avaient fait immédiatement sympathisé. Je me réjouissais à l’idée de remettre le nez dehors n’étant, une fois de plus, pas allé plus loin que le bureau de tabac depuis plus de dix jours.
A dix huit heure donc, je sors de la bouche de métro à Cluny pour me rendre rue Mouffetard. Pour ce faire il suffit de longer la Sorbonne, de remonter jusqu’au Panthéon et de prendre une rue au fond à droite de la place qui entoure ce monument…
Quelques minutes d’inattentions perdu dans mes pensées, ce qui m’arrive souvent, je marchais au radar et lorsque je me suis à nouveau soucié de mon chemin je me suis rendu compte que j’étais complètement perdu ! Le quartier latin est un des plus anciens de Paris, c’est là que se tenait la ville romaine avec ses arènes et ses thermes dont il reste les ruines, la ville gauloise elle, Lutèce, occupait l’actuelle île de la cité. Tout ça pour dire que c’est un des quartiers de la ville dont les rues sont les plus étroites, les plus petites et les plus nombreuses, suite à 2 000 ans d’occupation dense et d’urbanisme médiéval aléatoire. Je me suis retrouvé à longer des rues qui se terminaient en impasse, le tout sous de trombes d’eau puisqu’il pleut à verse par intermittence depuis plusieurs jours. A un moment, j’avais même l’impression que des gens jetaient des sauts d’eau depuis les toits tant la pluie était intense.
En désespoir de cause, après plusieurs tours de quartier sans retrouver mon chemin j’appelais V. qui, fort heureusement, avait un plan sur lui et a pu me téléguider…
Finalement nous nous retrouvons dans un café, et on se raconte les nouvelles en fumant clope sur clope en terrasse, protéger par un grand auvent. Les cafés parisiens ont la mauvaise habitude de ne pas fournir de cendrier pour les tables en terrasse, nous jetons donc nos mégots incandescents comme nous pouvons…
Les lecteurs assidus qui savent combien je suis catastrophique imaginent où je veux en venir…
Quelques minutes plus tard, une étrange odeur de barbecue et de feu de bois me surprend. Je n’ai pas tout de suite réalisé ce qui se passait mais V. me fit remarqué que de la fumait s’échappait de la grille des égouts dans laquelle je jetais mes mégots… en y regardant de plus près je vis que le trou qu’elle recouvrait était bouché à peine dix centimètres plus bas par des feuilles mortes, des papiers et des mégots, et que l’ensemble laissait poindre de jolies flammes…
Ni une ni deux je prends le verre de bière (vide) de V., je fonce dans le bar, je pose le verre sur celui-ci et j’exige un verre d’eau. Le barman me regarde comme si j’étais stupide et me dit :
« Euh, vous voulez dire une bière ? »
« Non, un verre d’eau, y’a l’feu ! »
« Soyez pas pressé », répond-t-il en me servant l’eau en question.
Je fonce ensuite vers la grille pour verser l’eau en question sur les flammes aussitôt éteintes devant le regard médusé du garçon qui comprit alors ce qui se passait…
Une heure plus tard, Olivier nous rejoint dans le quartier et nous n’attendons plus que la compagne de V. qui doit nous retrouver Place Monge. Je propose aimablement que nous allions à sa rencontre… évidemment mes idées ne sont jamais bonnes…
Arrivé sur la place en question, quatre policiers en tenu nous alpaguent pour un « contrôle d’identité » en nous demandant si nous sommes en possession de stupéfiants. J’étais stupéfié ! C’est la première fois de ma vie que la police me demande mes papiers et en plus si j’ai justement avec moi de la drogue ! En fait j’étais même vexé qu’ils puissent s’imaginer cela ! Ces messieurs dames ont été très aimables et ont fait leur travail, mais avec méticulosité : poches, sacs, vérification des papiers etc. Le tout dans un quartier bourgeois plutôt calme et à peine vers 20h30. Ils se sont rattrapé en faisant de l’humour. Plusieurs heures plus tard je suis toujours aussi surpris par cette « intrusion » policière dont on n’a pas vraiment l’habitude en France, ou tout au moins dans les endroits que je fréquente.
Bilan de l’affaire pour le première sortie du mois je me suis perdu, j’ai mis le feu et j’ai subit un contrôle policier. Finalement, j’attendrai septembre avant de dépasser le bureau de tabac du bas de la rue…
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