17 août 2006
Memento …
Le prix Nobel de littérature Günter Grass a récemment confessé avoir porté l’uniforme de la Waffen SS à 17 ans en 1944, provoquant une levée d’indignation incroyable en Europe.
La même semaine, une exposition ouverte au public depuis le vendredi 11 août à Berlin cherche à présenter concrètement les expulsions forcées de populations qui ont eu lieu en Europe au cours du siècle passé. Parce que l'événement est commandité par la Fédération allemande des expulsés, qui veut sensibiliser à la cause des 14 millions d'Allemands de souche ayant dû fuir l'Europe orientale (Pologne et République Tchèque) à la fin de la seconde guerre mondiale, des critiques n'ont pas tardé à s'élever de toute part.
Il suffit !
L’Histoire est une simplification écrite par les vainqueurs et celle de la sombre période de la seconde guerre mondiale qu’on peut clairement voir comme la fondation de notre civilisation contemporaine pour des raisons politiques, technologiques et culturelles, l’est encore plus.
Je comprends combien la problématique est sévère. Par respect pour les innombrables victimes des monstruosités de l’époque on tends à héroïser sous un jour franchement épique les Alliés et à effacer les drames subits par les totalitarismes vaincus pour ne pas susciter un ambiguë et dangereux sentiment d’empathie. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut falsifier l’histoire !
Les Alliés n’ont pas été en reste de crimes de guerre de 1944 à 1945 et les déplacements des populations germaniques sont similaires à celles subit par tant d’autres peuples au XXe siècle que ce soit en Arménie, dans les Balkans, ou en Europe de l’Est. Je n’oublie pas non plus les bombardements Alliés sur Dresde, où seul la statut d’un ange de la cathédrale surgissait des ruine, image incroyablement symbolique, les destructions massives, les exécutions injustes… Ma grand-mère, alors déportée dans un camps de travail en Bavière a pris le train en 1945 pour rentrer en Alsace et elle a pleuré tout au long du trajet, non pas en remerciement de sa libération (en fait elle n’était plus prisonnière, c’est un destin très particulier), mais parce qu’elle était affligé par les destructions qu’elle constatait alors que lors du tragique trajet « aller » en 1940 elle avait, en dépit des circonstances, trouvé la région magnifique. Je pense par exemple aux « malgré nous », c'est-à-dire les alsaciens (ma famille) qui ont été enrôlés de force dans la Wehrmacht, ou même des résistants, parce qu’ils ne parlaient pas français mais alsacien ont été pris pour des ennemis. Combien ont été tués ? La plus incommensurable double tragédie humaine ne fut-elle pas Hiroshima et Nagasaki ? Je sais combien elle était justifiée d’un point de vue stratégique et combien il est heureux que la victoire des Alliées soit arrivée plus rapidement grâce à ces grandes opérations, mais il n’en demeure pas moins que c’est une victoire à la Pyrrhus et il n’y a pas de quoi s’enorgueillir.
Soixante années ont passées. Certes les vieux démons sont toujours là, qui rôdes dans les franges de la vie politique occidentale et qui charment encore trop d’adolescents ou de jeunes adultes inexcusables. Mais de là à nier les drames subits par les populations allemandes et y voir systématiquement une pointe de revival de ce que tous s’accordent à nommer Le MAL… ça devient lassant.
Combien de fois, alors que j’évoquais ces points, j’ai été moi-même qualifié d’adjectifs qu’il ne vaut mieux pas reporter ici ! Quel manque de discernement et de finesse d’esprit ! Et non, le monde n’est pas tout blanc et tout noir, on devrait commencer à le savoir pourtant !
N’oublions pas que l’Allemagne a été occupé par les armées alliées jusque dans les années 1990, et lorsque j’étais enfant nous évitions de croiser les américains qui agissaient avec un grand sentiment d’impunité, et que dire des russes de l’autre côté ! L’Allemagne et le Japon n’avaient pas d’autonomie pour leur politique de défense, et c’est encore partiellement le cas… par contre le japon a gardé son empereur en 1945 dont pourtant la responsabilité est largement étayée…
Tous ces événements concernent le génération de mes grands-parents, et sans pour autant oublier, il serait peut-être temps qu’on permette aux nouvelles générations de déculpabiliser pour les fait de leurs aïeux et de permettre au devoir de mémoire d’être équitable et complet en se souvenant avec justesse de TOUS les drames qui ont assombri l’humanité de 1933 à 1945.
Nous autres, gens de l’est, nous savons le prix du sang et l’absurdité de la guerre ayant eu, pour chaque bataille (1870 / 1914-1918/ 1939-1945), des morts des DEUX côtés. Enfant j’ai rencontré des hommes et des femmes qui avaient été résistants, allemands ou français, des combattants des deux côtés, de la 2em DB du Maréchal Leclerc à l’inqualifiable bataille de Kaliningrad, de la lamentable débâcle de l’armée française en juin 1940 ou de la chute de l’Allemagne en avril 1945, des juifs survivants des camps de la mort, des déportés de la Baltique, des italiens des deux côtés, j’ai même rencontré un homme qui avait, à 17 ans, participé au massacre d’Oradour-sur-Glane dont le seul nom est synonyme d’inhumanité ( « Unmeschlich » en allemand, ce mot ne rend pas en français) et 45 ans après il faisait encore peur, je vous assure ! Et en 1998 en Sardaigne j’ai rencontré une vielle dame qui avait craché sur le corps de Mussolini fraîchement pendu !
Ce passé nous devons en être les garants puisque les uns après les autres les témoins directs disparaissent dans le puit sans fond du temps. Mais le devoir de mémoire inclus l’intégralité des FAITS !
A ceux qui se souviennent…
22:55 Publié dans I PARIS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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