04 août 2006
Au vert…
Enfin, au bout d’un mois jour pour jour, en France, me voici « au vert ».
Dans un chalet confortable, vous écrivant à la lumière de lampes à pétroles et de chandeliers, le chien ronflant sur le canapé, le feu crépitant dans la cheminée.
C’est qu’aujourd’hui, la température chuta brutalement, nous passâmes de 35 à 2O degrés, avec de la pluie. La brume s’est abattue sur la vallée, les vaches, les fermes, et les sapins disparaissèrent sous l’épais brouillard, et l’on eut soudain envie de thé chaud, d’un feu de cheminée.
Je suis seule avec le petit chien, plus relaxée que jamais, dans une solitude sereine et attendue.
J’ai presque peine à imaginer que dans quatre jours seulement, je serai à nouveau au Caire, dans le bruit, la chaleur intense, et le grouillement, néanmoins cela me manque tant. J’avais juste besoin d’une dose de fraîcheur et de verdure, mais c’est la canicule que j’ai trouvée dés mon arrivée. Enfin, le temps devient en fin de séjour, plus proche de ce que j’aime.
Je me souviens toutefois, d’une belle journée, au Caire, cet hiver, une fine pluie est tombée toute la journée, l’air était frais mais doux, le ciel était gris. Par conséquent, les arbres étaient plus verts, les gens très calmes et moins nombreux dans les rues. Je me trouvais, le matin, Downtown, je me suis promené le sourire aux lèvres. J’avais la sensation d’être dans un équilibre parfait entre le climat de ma région d’origine, mais le côté dépressif en moins, puisqu’au Caire ce type de temps est rare et les gens d’un naturel assez jovial, alors qu’en Franche-Comté, la quasi-constance de ce climat gris la plupart de l’année, rend vraisemblablement les gens déprimés.
Loïc partage avec moi la joie paradoxalement procurée par un ciel gris. Sous un ciel gris, je n’ai plus l’impression d’avoir un projecteur lumineux braqué sur moi, qui m’éblouie et me condamne à porter constamment des lunettes solaires. Sous un ciel gris, les rayons du soleil ne me brûlent pas, l’air est plus frais…Sous la pluie, une douce odeur d’humus se dégage, et le son des gouttes claquant le sol est une douce musique pour s’endormir.
Je repense à H qui dit détester le désert car il y fait trop sec. En effet, pour quelqu’un qui a grandi dans un paysage verdoyant, l’appel de la nature coïncide avec cette fameuse odeur d’humus. Je partage ce sentiment. Le désert me fascine, comble mon désir d’infinité de l’espace, de silence, de nuits étoilées, mais ne correspond pas à mon schème personnel de la nature. Et quant au silence dans la nature, subjectivement, je pense à un paysage enneigé, qui tue tout écho, et nous plonge dans un silence capitonné. Le silence du désert n’est absolument pas identique.
Rêver d’ « ailleurs » lorsque l’on est jamais allé ailleurs fait sûrement moins souffrir, que de ressentir le manque d’ « ailleurs » qui nous a déjà touché.
C’est ainsi que l’odeur des forêts d’eucalyptus d’Uruguay, et l’accent espagnol des Uruguayens me manquent, que les paysages et le climat du Haut-Doubs me manquent, que le Caire grouillant, le désert du Sinaï me manquent, partout où je vais, quelque chose de fondamental me manque, me laisant osciller entre la joie du retour et la peine des départs.
21:35 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Les commentaires sont fermés.