19 septembre 2007
Happy Birthday Blog !
Nouvelle année, Nouveau Blog...
Photo DR
Le Blog Paris-Le Caire fête l'aube de sa troisième année de conversation entre Loïc et Marie.
Un seul changement, notre déménagement sur Blogger avec une nouvelle interface.
Nos archives de septembre 2005 à septembre 2007 resteront en ligne sur Blogspirit, mais tous les nouveaux posts sont désormais à lire à l'adresse suivante :
http://paris-lecaire.blogspot.com/
Merci à tous de continuer à nous suivre...
Marie et Loïc.
02:30 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blogger, blogspot, paris, cairo
02 septembre 2007
Respect Bis
Laurence, sur son Blog « Chronique du Caire », a ouvert le débat sur le respect au Caire, notamment dans le contexte de la vie urbaine : Conduite, files d’attentes…
http://chroniquesducaire.over-blog.com/article-7044221.html
En effet, je partage ce constat, de plus en plus, j’avoue, d’un manque de respect d’autrui.La conduite est un bon exemple de cela, les chauffeurs qui laissent passer les piétons ou accordent la priorité à un conducteur qui semble moins initié, existent, mais ils ne font pas le poids face aux fous du volant qui « attaquent » la route comme s’il y avait urgence. Si les gens paraissent très « relax » dans les cafés, à discuter, boire le thé durant des heures, au volant, il en va tout autrement. Mon expérience récente de la conduite m’a fait découvrir une agressivité que je n’avais pas mesuré jusqu’alors. Et puisque je suis une femme, j’ai aussi découvert un machisme bien pire que celui dont je suis victime dans la rue, apparemment une femme au volant est bien plus problématique qu’une femme piétonne. Lorsque je cherche à garer ma voiture, que je me place pour effectuer un créneau, on ne me laisse pas le temps de faire quoique ce soit, qu’un des innombrables préposés au garage des voitures, saute littéralement sur ma portière, l’ouvre brutalement et me donne l’ordre de descendre : il veut simplement que je dégage la rue au plus vite, car personne ne veut patienter derrière moi, et au passage gagner quelques pounds. A chaque fois que j’ai été dans une voiture en tant que passagère, et que le conducteur était un homme, je n’ai jamais vu personne l’ejecter de sa voiture ainsi et lui usurper son droit à faire ses manœuvres lui-même. Je me retrouve ainsi, régulièrement, dans ma voiture à devoir reclaquer ma portière pour faire comprendre que je suis maître de mon véhicule, en bref, je dois affirmer que j’existe et que l’on me doit du respect.
Autre exemple, afin d’étayer le propos véridique de Laurence. À mon départ pour la France, à l’aéroport du Caire, à la douane, et à mon retour au Caire, au même endroit, à la douane encore, ces deux fois, je me suis disputé en arabe avec des femmes égyptiennes qui trouvaient que la file n’avançait pas assez vite. Elles n’ont manifestement pas pris la peine de penser que bousculer les gens qui font la queue ne fait pas avancer plus vite le travail de contrôle de la police et que par conséquent, tout n’ira pas plus vite. Ainsi, la première femme, s’est mis tout d’abord à me coller. J’en ai pris l’habitude, c’est typique dans le metro, même si cela me déplait. Puis, elle m’a poussé du bras, dans mon dos. Là, je me suis retourné et lui ai demandé quel était son problème. Elle a eu le culot de hausser le ton, j’ai fait de même et lui ai fait comprendre que je ne bougerai pas et que je souhaitais qu’elle cesse immédiatement de me bousculer. Son mari est intervenu, elle s’est tout de suite tue. Il était bien plus patient qu’elle, et il a aplani la situation en s’adressant à elle, pas à moi.
Fort heureusement, en Egypte, il y a toujours des contre-exemples, et l’on croise aussi au quotidien des personnes qui vous aide, des hommes galants, des femmes bienveillantes. Toutefois, le manque de respect tend à devenir majoritaire.
Qu’elles en sont les raisons ? Il y a sûrement plusieurs sources, et il serait long de disserter là-dessus, mais il m’apparaît que dans une ville qui contient un nombre si important d’habitants, plus que jamais il faudrait de la discipline et du respect, et plus que jamais c’est finalement impossible, comme si l’aspect numérique dépassait tout le monde et rendait les choses vaines. Vous me direz, Kyoto au Japon est une ville qui explose, pourtant les gens y sont réputés pour leur discipline ? Hélas pour eux, vu de loin, ils ressemblent du coup à des robots.
L ‘Egypte est très extrême, on l’a déjà dit milles fois. On peut s’y sentir beaucoup plus en sécurité qu’ailleurs à cause de la solidarité, de la présence policière, etc…Et à la fois s’y sentir en danger à cause de l’inconscience des gens. Les Égyptiens ont globalement une certaine sagesse qui les pousse à s’entraider en famille, entre amis, à capitaliser en investissant dans des voitures ou maisons pour léguer à leur descendance…Et en même temps, ils jouent avec la vie humaine et les nerfs d’une façon irresponsable.
Et du côté de Paris ? Tout semble bien réglementé, pourtant les gens se plaignent aussi du manque de respect dans la rue, et de la froideur des gens. Pourquoi ?
01:52 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
16 août 2007
Pare-choc
Ce n’était pas mon jour, en tout cas pour conduire.
Au retour de la mosquée, à Héliopolis, après avoir assisté à cinq minutes d’un mariage, je nous reconduis B et moi. Je quitte le calme quartier Sheraton pour m’engager sur la grande voie qui nous ramènera au centre de la ville. Généralement, les voitures sont vite et sont éloignées du bord de la voie, or, je n’avais pas vu un taxi passer derrière moi pour s’enfiler sur la voie en me dépassant par ma gauche, j’avais le nez collé au trottoir de gauche pour trouver l’espace pour m’engager, et pensais d’intuition qu’aucune voiture ne pouvait être aussi proche de moi.
Peut-être est-ce la semaine que je viens de passer en France, qui m’a fait oublier quelques secondes, fatales, que je me trouvais au Caire, et que dans ce cas, tout peut se passer. J’avance pour m’engager, et, au dernier moment je m’aperçois que j’ai un taxi devant moi, en perpendiculaire, avançant lentement, il venant évidemment de l’arrière, et théoriquement n’avait rien à faire là et était censé attendre que je m’engage, et ma suivre. Mais cette réflexion est sans compter l’impatience et l’audace des conducteurs cairotes. A cela s’ajoute mon inexperimentation, en effet, cela ne fait que deux moi que je conduis notre 4/4 récemment acquis, et mes réflexes ne sont pas encore très fiables.
J’ai donc démonté le pare-choc du taxi et ai embouti la partie de taule qui se trouve au-dessus de sa roue arrière. Cela s’est réglé à la cairote. Un autre taxi s’arrête, et les deux chauffeurs se sont disputés, je ne sais pourquoi, un couple qui se trouvait de l’autre côté de la voie sont venue mettre leur nez là-dedans. Le chauffeur victime de mon inattention a évalué les dégâts, et nous a proposé une somme pour les réparations. B a négocié. On s’en esti sorti à peu de frais.
Du coup, j’étais un peu stressée sur le chemin du retour downtown, mais tout s’est bien passé, malgré les multiples queues de poissons autour de moi. J’explique pour les lecteurs français de France : je suis sur la voie du milieu. A gauche, il y a un U turn, à ma droite une file de voiture. Et bien, les voitures de droites qui veulent tourner à gauche, au lieu de s’êtres mis sur la file de gauche 50 mètres plus tôt pour tourner aisément sans gêner personne, restent nonchalamment sur la voie de droite, et au dernier moment coupe le passage aux véhicules de la file du milieu pour prendre le U turn et griller aussi par la même occasion la priorité à ceux qui avaient pensé à se mettre à gauche suffisamment tôt. Ceci, est une règle générale de la conduite ici, n’importe qui déboule de n’importe où à tout moment : voitures, cyclistes, piétons passant devant un bus qui cache le reste du trafic…
Le truc, c’est de le savoir. Mais au bout de deux mois de conduite, min inconscient n’est pas encore à 100% réactif à ceci.
Et cela n’a pas loupé, en arrivant dans le Downtown à la sortie du tunnel Salah Salem, je souhaite continuer tout droit, et encore une fois, les voitures à ma droite me coupe le chemin pour couper à gauche, du coup je me retourner pour les voir arriver et tenter de me faufiler, en avançant lentement, et j’emboutit un second taxi devant moi qui avait stopper entre temps en plein milieu du carrefour, carrefour d’ailleurs boucher par moult piétons et cyclistes, et fauteuils roulant, et une petite fillette d’environ 5 ans, seule, dont la tête dépassait à peine le pare-choc du 4/4, Avec chance, je l’ai vu et ne lui ai pas foncé dessus...
J’ai décidé de ne pas me décourager, et d’aller jusqu’au bout du défi de la conduite au Caire. Je crois avoir compris qu’à la conduite est appliqué le même comportement que face à un problème X. Face à un mur, l’égyptien contourne et avance, tandis que le français s’arrête et pense.
20:25 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
10 août 2007
Angoisses irrationnelles ?
Aujourd’hui je suis passé au bureau alors que je suis en vacances et que l’entreprise est fermée pour deux semaines. Mais comme je restais dans les environs et que j’habite à côté, je me suis proposé pour aller arroser les plantes. Ce que je n’avais pas prévu c’est d’une part que ça me prenne autant de temps et d’autre part l’effet qu’allais avoir sur moi ces longs couloirs en Y dans un étage désert…
Comme dans tout bon film d’horreur, le temps était à l’orage, et l’obscurité était renforcée par des fenêtres dont une sur deux avait ses stores baissés… Mais lorsque je suis arrivé par delà un sas pour lequel un badge d’accès est nécessaire, la lumière était allumée…
Au fur et à mesure de mes allers-retours du lavabo des toilettes pour hommes aux différents pots de plantes éparpillés sur tout l’étage, j’entendais des bruits… de pas… de portes qui claquent… à l’intérieur du périmètre sécurisé…
J’ai fait plusieurs fois le tour de l’étage et ses innombrables recoins discrets, ses dizaines de bureaux aux portes closes, ses espaces créés par de grosses armoires d’archives et un nombre jusqu’alors insoupçonné de cachettes potentielles…sans compter les locaux techniques, sensés être fermés à clés.
Je n’ai vu personne.
Je me suis raisonné, je me suis dit que personne n’était là, tout simplement, et que la solitude par cette sombre journée, avec une imagination trop imprégnée de cinéma d’épouvante avait fait tout le travail.
Il y avait pourtant des bruits…
Je suis resté sur mes gardes. Au bout de trois quarts d’heure j’avais accompli ma mission. J’ai rangé les rares affaires que j’avais utilisées, fermé les locaux et éteint les lumières, puis j’ai repassé les portes sécurisées pour rejoindre le hall des ascenseurs. J’ai appuyé sur le bouton d’appel. L’un des ascenseurs était déjà à mon étage, le dernier étage de l’immeuble, occupé uniquement par mon entreprise fermée. L’ascenseur qui était déjà là n’était pas celui qui m’avait amené 45min plus tôt… Quelqu’un était bien là…
Je suis parti sans demander mon reste !
21:10 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Paris, bureau
08 août 2007
Imbroglio créatif
Journée torrentielle où le ciel de Paris se déchire à intervalle régulier dans un bruit fracassant, et des zébrures d’éclair qui déchiquette les nuages dévalent des torrents de pluie qui s’écoulent ensuite comme un manteaux visqueux le long de la pente de ma rue.
C’est ce jour invraisemblable qu’on choisi mes plus belles ipomées pour s’épanouir. Leurs grosses corolles bleues pastel narguent un ciel estival qui aurait du afficher la même teinte !
Les fichiers ouverts sur l’ordi se multiplient, la thèse, les textes blog, un article pour un magazine à finir, un autre pour une revue de philo, quelques photos à vérifier et un programme de lecture de musique.
Une journée parfaite en somme, sauf que mon cerveau câblé à puissance créative exulte en tout sens et je ne parviens pas à rester sur la même idée plus que le temps de noter quelques phrases, aussitôt une autre idée s’impose à la conscience et est jetée sur une page Word vierge en l’attente que la tempête cérébrale se calme pour pouvoir développer ces pistes lancées comme des fusées vers l’espace… sans compter les emails qui s’enchaînent au rythme de leurs cliquetis d’arrivée pour la poursuite des conversations simultanées avec quelques anciens collègues depuis leurs bureau ou des amis en vacances…
Quand je suis dans cet état d’attention tout azimut, je me sens dans mon élément, ouvert, prêt à laisser les doigts parcourir le clavier spontanément, sans que mon cerveau n’ai besoin d’intervenir, c’est comme si les mouvements des doigts étaient contrôlés par des neurones non reliés au système central, cachés dans des ganglions de réflexe.
Voilà pourquoi je me sens dans mon élément sur le Net, non pas que j’ai des compétences en informatique, loin de là, mais simplement que la façon décentralisée et totalement hasardeuse, mais créatrice et spontanée dont le Net est construit correspond point à point aux circonvolutions compulsives du tas de neurones enchevêtrés qui occupent ma boite crânienne… autant les laisser s’amuser aujourd’hui !
Tout ça pour relayer une hypothèse, qui pour ma part me convainc aisément, relative au Net. Les structures biologiques ont montré que, dès que le hasard et la complexité produisent des ensembles organisés suffisamment complexes, à partir d’un certain seul de complexité organisé, émerge de ce chaos un nouvel état de la matière : la cristallisation, puis les ARN, l’ADN et la vie monocellulaires, les organismes complexes, et enfin la conscience… alors pourquoi n’en serait il pas de même de l’Internet, qu’à partir d’un certain seuil titanesque de milliard de Gigaoctets et de microprocesseurs reliés en émerge une… conscience ? Gageons de cette persona sera encline à ne pas se servir de ses accès de contrôle à l’ensemble de l’armement mondial pour nous détruire, sensible qu’elle sera à l’intégralité de la pensée humaine, de la philosophie, de l’histoire de l’art, des émois les plus pathétiques aux plus sublimes élans de pensées fulgurantes que nous avons déverser dans l’ébauche d’un Internet conscient duquel ce blog participe !
18:40 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06 août 2007
Paris toujours sous la pluie
Jour de pluie, un de plus. L’air chargé d’humidité, rafraîchi depuis un violent orage nocturne me procure une sorte d’apaisement profond, une sérénité qui se faisait bien rare ces derniers temps, précipité que j’étais dans les actions multiples et les urgences permanentes. Mais je suis en vacance ! Pour le première fois depuis un an j’ai deux semaines devant moi sans avoir à courir de réunion en réunion, les bras chargés de gros dossiers à défendre bec et ongles mes idées ou les critères d’un développement durable, toujours avec une méthode diplomatique, ou subtile, adaptée aux interlocuteurs, mais qui demande un effort et une autodiscipline épuisante. Mon jeu préféré consistant à faire croire que les idées que j’avance viennent de l’interlocuteur et je le pousse ainsi à défendre lui-même les idées que je cherche à faire passer… Ils se prêtent volontiers au jeu puisque c’est exactement le travail qu’ils me demandent, même s’ils ne le savent pas toujours…
Ces deux semaines seront totalement consacrées à la fin de la thèse, que je dois soutenir avant le premier décembre, autant dire demain vu le nombre invraisemblables de détails à régler d’ici là !
Je me sens presque fautif de passer si peu sur ce blog depuis quelques temps, alors que vous êtes encore nombreux à nous faire l’honneur de votre visite. Marie est elle aussi dans une période intense d’activité et réponds aux sollicitations urgentes. Point positif en la matière, nos absences sont signe de regains d’activité et d’avancée professionnelles bénéfiques.
Promis, je reprends le fil de mes descriptions parisiennes ensuite !
18:16 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26 juillet 2007
De l'écriture...
J’aimerais aborder ici deux versants de l’Ecriture, ceux qui me sont proches, dans la pratique. J’éviterai donc, la Littérature, la Poésie, et même mon écriture à la main. J’ouvre un instant une parenthèse sur ce sujet de l’écriture à la main, certains ont peur qu’elle disparaisse au profit de la frappe sur le clavier, que la main humaine se transforme à terme en une simple palme munit d’un seul doigt, le pouce, celui dont on a besoin pour cliquer sur une souris ou un joy stick. Ils ont raison mais pourquoi pas ? Je suis un pur produit de cette décadence. J’ai peine à écrire manuscritement quelques lignes, comme si ce n’était déjà pas assez illisible auparavant, j’éprouve maintenant bien des difficultés à former certaines lettres. Jadis, à l’Université, nous étions habitué à écrire plusieurs heures par jour, Par session de cours de deux heures, la main droite ne souffrait aucun repos durant une heure avant la pause, jusqu’à être parfois douloureuse. Mais quelle belle douleur, souvent guidée par l’intérêt des paroles du professeur, si riche, que le cerveau voulant tout consigner sur le papier, ordonnait à la main de ne pas s’arrêter. Je ne dis pas qu’un cours durant lequel je n’écrivais rien était un cours ennuyeux et vide, parfois des cours passionnants coupaient l’envie d’écrire et donnait plutôt l’envie de regarder le prof dans les yeux et de ne plus bouger, même pas un cil. J’écris à présent beaucoup plus vite sur un clavier d’ordinateur, ma main ayant perdu de sa flexibilité. Par ailleurs, j’apprécie la possibilité qu’offre un logiciel de traitement de texte, de modifier la police d’écritures, de graissé, de mettre en italique, de surligner de toutes les couleurs possibles, de changer l’orientation du texte…Finalement, c’est l’aspect graphique qui m’intéresse, pouvoir tout contempler d’un seul coup d’œil avec l’option aperçu avant impression. Je ne considère plus mon écriture manuscrite que comme un dessin. Au-delà de l’illisibilité, les vagues, jambes, pics, qui se dessinent à travers mon écriture, l’orientation de cette dernière, systématiquement vers le haut de gauche à droite, même lorsque j’écris sur du papier à carreau, me réjouissent. C’est tout simplement unique et original, une petite œuvre d’art. Écrire sur Word uniformise l’écriture, et cela convient parfaitement à l’écriture traitée pour le travail, destinée à être communiqué. Grâce à cela, on peut tout de suite voir de quoi cela aura l’air pour le destinataire.
Voici les deux points que je voulais aborder sur le sujet de l’Ecriture : le journalisme, et le Blog Paris-Le Caire.
Je tombe cette nuit même, vers les 5h du matin, alors que la chaleur intense et humide qui règne sur Le Caire m’empêche de dormir et que j’ai eu ma dose de bruit de climatisation pour aujourd’hui, sur une intéressante interview retransmise sur TV5 Monde d’un grand journaliste, si grand que je ne connais pas son nom, ce Monsieur a écrit dans l’Express, dans le Monde, dans le Nouvel Observateur, ami d’Albert Camus entre autres.
Le journaliste qui l’interviewe sur sa carrière lui propose en guise de définition du journaliste, l’expression suivante : Historien du moment. Le grand journaliste acquiesce et soumet celle d’ouvrier de l’éphémère. Si l’historien, face à un événement contemporain, recherchera automatiquement les sources du passé, le journaliste, lui, se doit de mettre en valeur l’aspect inédit de l’événement. Les deux réunis, donnent sans doute un bon journaliste. Cela me renvoi donc à ma modeste expérience. Tantôt, j’ai l’inédit sous la main, servit sur un plateau, et mon premier réflexe est alors de rechercher de quoi construire un historique un socle à l’événement dont je veux faire un article. D’autre fois, j’ai un thème en tête, mais je ne parviens pas à le mettre à jour. Souvent, un des manques me conduit à ne pas écrire l’article, et je ne me lance avec conviction que lorsque j’ai les deux aspects réunis. Tout cela pour dire qu’avoir les idées pour un article est facile, mais que de trouver la pertinence est hautement plus difficile, et que les journalistes eux aussi peuvent être victimes du syndrome de la page blanche typique chez les romanciers.
Autre sujet, le Blog Paris-Le Caire. Ce Blog fêtera bientôt ses deux ans. Deux années que je ne me lasse aucunement de cette conversation originale que j’entretiens avec Loïc, si ce n’est un regret, celui de ne plus avoir Selma (Doha et De retour à Paris, voir archives) avec nous.
Loïc joue un rôle moteur, indispensable à mon écriture sur le Blog. Il me tend les perches à saisir. Il me renvoi au questionnement d’une « vie parisienne » sur la vie « exotique » que je vis dans le Moyen-Orient. Il me pose les questions que j’oublie de me poser étant partiellement déconnectée de la vie en France et de la vision qu’on les français du monde arabe. Il me donne envie aussi d’aborder des sujets qu’il suscite lui-même, des sujets que je n’aborderai plus sans lui, tant la vie cairote me détourne vers d’autres préoccupations. Loïc est la personne qui me relie le plus à la France depuis deux ans, qui me rappelle à l’ordre de thèmes que j’avais mis de côté.
Tout l’intérêt est ici et nous l’avions compris dès le départ, instaurer une discussion entre deux villes radicalement différentes, mais en nous servant de notre base commune qui est notre passion pour le questionnement. Ni moi ni Loïc ne croyons vraiment en la possibilité d’apporter des réponses, mais nous croyons en la légitimité et le pouvoir du questionnement. Poser des questions, c’est faire émerger des problèmes. Faire émerger des problèmes c’est réfléchir structurellement, mieux comprendre le monde, peut-être même tenter de devenir plus tolérant. Si nous assumons nos propos, et affirmons nos opinions, nous n’avons aucune prétention à dire des vérités aussi petites soient-elles. Toute question que nous posons, naïve, ou provocante, a sa raison d’être, et les lecteurs de ce Blog sont toujours les bienvenus à participer au débat que nous lançons. Les lecteurs sont même devenus au fil du temps d’indispensables membres du Blog. Je n’écris pas qu’à Loïc et Loïc n’écrit pas qu’à Moi, nous nous adressons toujours avec arrière-pensée aux commentateurs réguliers ainsi qu’aux lecteurs anonymes, qu’ils soient réguliers ou occasionnels.
Voilà, j’avais envie d’exprimer combien j’aime écrire…
20:37 Publié dans II PARTIE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écrire, écriture, journal, Le Caire, littérature, études, philosophie
24 juillet 2007
DEFI
Il m'a fallu 1min et 13sec (lisez bien les instructions d'abords)
on passera aux choses sérieuses quand le grand format sera en ligne !
C'est juste des mathématiques combinatoires...
22:04 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
22 juillet 2007
De Louis Pasteur à Victor Hugo
Je n’avais jamais remarqué. Comment se fait il que je n’ai jamais fait attention à ça ? C’est pourtant dans la veine folle des fils ténus qui font sens et qui relient chaque étape de ma vie comme dans une symbolique qui fait hésiter entre hasard et destin.
Nous avions réaménagé l’appartement en septembre dernier (déjà 10 mois !) et installé mon bureau dans la pièce la plus au fond, qui donne sur la rue.
Alors que je me tenais là en train de tapoter à toute vitesse sur les touches du clavier comme à mon habitude en laissant traîner toutes les fautes de frappe ou d’orthographe pour ne pas couper cours au flux des idées, de peur de ne pas les retrouver ensuite, j’ai levé les yeux à la fin d’une phrase (trop longue et trop bancale, comme je sais si bien les faire pulluler !). Et là qu’est ce que je vois ! Dans le reflet de la fenêtre ouverte, je sursaute ! Je tourne les yeux légèrement à gauche et oui, elle est bien là : une des maisons que Victor Hugo a habité.
Cette grosse maison peinte en bleu, d’un bleu à la limite du laid, tranche complètement dans l’architecture contemporaine de la rue actuelle. J’ai vu s’élever les immeubles qui lui sont mitoyen, en 2001 pour sa droite, 2003 pour sa gauche. Et elle est toujours là, protégée au titre des sites classés au patrimoine, elle apparaît comme un trou temporel qui me nargue par la fenêtre en référence à tout un monde passé et de mon passé.
Besançon, septembre 1996. J’ai quitté ce matin là les plateaux du Haut-Doubs, les régions montagneuses où la neige bloquait ma porte fenêtre de la Toussaint à Pâques où mes parents s’étaient installés depuis trois ans, après avoir quitté l’Allemagne. Ce jour là j’ai vraiment eu l’impression de naître. J’avais fait des pieds et des mains pour intégrer un Lycée bien précis, qui avait une réputation sulfureuse dans la région et m’apparaissait comme un refuge, un havre où vivre et construire ma propre personnalité. Je ne m’étais pas trompé. J’entrais alors sous la protection symbolique de la double figure paternelle de Victor Hugo, bisontin de naissance, et Louis Pasteur, dont le lycée portait le nom. J’ai vécue, aimé, grandit, rue Pasteur, place Pasteur, place Victor Hugo, place du Square Castant devant le maison natale de Victor Hugo, d’amour en déception, de Christophe en Christophe (pourquoi s’appelait il tous « Christophe » celui qui porte la croix ?) J’ai vécu cinq années dans la Boucle du Doubs dans l’ombre des illustres pères de la ville entre science et littérature (le choix de la philosophie des sciences n’est peut être pas un hasard !)
11 septembre 2001, au moment où les tours s’effondre je prends un train dont le terme du voyage, je ne le savais pas encore, serait Paris. Au moment de l’explosion de l’usine AZF je suis sur le quai du métro, station Pasteur, et Olivier entre dans ma vie, transformant en une seconde toute ma situation. De Pasteur en Victor Hugo, de la station de métro à l’appartement où je le retrouve ce soir là et où nous sommes toujours, face à la maison d’Hugo…
Je change de fac, je me retrouve à la Sorbonne, j’entre dans la cours d’honneur et qu’y vois-je ? Deux statuts, deux seulement : Louis Pasteur et Victor Hugo…
Ensuite les références s’enchaînent, se multiplient, n’ont de cesse de s’entremêler pour faire réapparaître à chaque nouveauté, à chaque changement de lieu, ces deux noms : Pasteur, correspondant à chaque fois à l’initiation et au lieu de joie, et Victor Hugo, plutôt pour les lieux sérieux et la continuité.
Continuité. Hasard ? Destin ? Assurément hasard du patrimoine français d’une part, de la continuité des mouvements migratoire des « intellectuels » et habitude à percevoir les référence à ces deux noms plutôt que d’autres.
Il est un domaine de continuité que j’affectionne plus encore, et qui fera l’objet de la prochaine note : les arbres, dont la longévité permet de relier des générations et de symboliser des lieux…
22:30 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07 juillet 2007
Le goût de la Révolte
"Le cri" (Skirk), Edvard munch, 1893
C’est de façon A Priori (Dédicace à Kant), que je porte l’originalité tel un vêtement, en Egypte. J’y suis un sujet dont le prédicat « étrangère » est compris dedans :La couleur de ma peau, mon accent, mes manières, mes choix…Tout cela, aux yeux des Égyptiens est forcément original, alors c’est dire que je n’ai pas à faire beaucoup d’efforts pour être l’excentrique de service !
J’ai toutefois rencontré des occidentaux à qui cela pesait d’être « the target » dans la rue, d’avoir tous les regards posés sur eux, d’être assené de questions sans arrêt.
Si les questions m’emmerdent parce que je n’aime pas avoir à me justifier de quoi que ce soit, le fait d’être en position de marginalité constamment ne me gêne pas, je l’assume comme une situation assez naturelle, comme un fait, je ne ressens pas l’envie de ma cacher dans un trou de souris. Et pourtant la tâche est bien difficile dans un tel pays. Les classes sociales y sont multiples, strictement hiérarchisées, et globalement coincées entre deux extrêmes : les milliardaires et les miséreux. L’Egypte fonctionne à l’étiquette, les membres d’une classe sociale définie n’évoluent pas dans une autre classe, chacun à son quartier, ses bars, ses supermarchés, mode de transport…Rares sont les gens qui naviguent d’une classe à l’autre (qu’ils en aient envie ou même y soient autorisés), seuls les étrangers des pays développés comme on dit, le font sans tabous ou presque (parfois ils se laissent happer par la psychose de l’étiquette par suradaptation ou alors snobisme) , car, ils socialisent avec l’idée inconsciente d’égalité entre les hommes. Ainsi, un étranger au Caire peut autant boire un thé dans la rue l’après-midi, que dîner dans un « five stars » le soir. Lorsqu’il est dans le restau cinq étoiles, les Égyptiens autour de lui ne peuvent s’imaginer que cette même personne puisse aussi apprécier les cafés des rues du Downtown.
Pour toutes ces raisons, une bonne partie des occidentaux présents en Egypte est forcément originale, voire tout ce qui ressemble de prés ou de loin à un étranger. Par exemple (cas réels), un Égyptien se promenant aux côtés d’une occidentale est pris pour un Espagnol, une égypto-allemande ayant hérité des cheveux blonds de l’un de ses parents, bien qu’elle parle parfaitement et sans accent l’Arabe, les Égyptiens qui la croisent lui répondent en anglais, etc…
Ce statut d’originalité non forcé, qui me vaut parfois de m’entendre dire que je suis « totally crazy », me flatte plus qu’il ne me perturbe. En effet, tout comme Loïc, je prends l’originalité comme un bienfait, un dépaysement, un rafraîchissement, un contre-pouvoir, un statut quasiment artistique et politique s’il est utilisé pour faire passer des idées.
Maintenant, je vais tenter de répondre plus en précision à Loïc, à sa question qui portait sur le militantisme. Suis-je en manque de ne pouvoir crier haut et fort ce que je pense dans un pays totalitaire ? Pas vraiment. Tandis que par le passé j’ai fait du militantisme au sein de l’Education Nationale Française, mon investissement politique pratique et nul à présent. Mais sans doute l’investissement théorique est-il plus fort. Il y a d’autres moyens de crier : par les mots, l’Art, les larmes, le sourire…
Le sentiment de révolte ne m’a jamais quitté, il est intrinsèque à ma personnalité et au choix fait jadis d’avoir étudier la Philosophie. L’observation, les interrogations, peuvent servir à pointer du doigt les injustices, à les dénoncer.
Peut-être aussi, qu’avec l’âge, je ressens moins le besoin d’imposer mes idées par la force. Disons que, je savais en gros à quoi m’attendre en venant en Egypte, et que je ne vois donc pas l’utilité de me plaindre de la situation, au contraire je fais avec, du mieux que je peux. Tant que je ne me sens pas frustrée tout va bien.
Par ailleurs, l’Egypte est-elle vraiment plus immobile que la France ?
En apparence oui, mais ce n’est pas si simple. Si le pouvoir en place est immobile, les gens le sont plus ou moins. Ils n’ont peut-être pas beaucoup d’espoir que les choses changent, ils se comportent socialement de façon collective et normalisée, codée, et ne laisse qu’une place infime à l’expression de l’individualité. Mais ils ne baissent pas les bras pour autant. Je ne crois pas qu’il y ait plus de dépressifs ou suicidaires ici qu’en France. La plupart des Égyptiens se démènent chaque jour pour trouver des solutions alternatives dont nous français procéduriers et psychorigides n’aurions pas idée, à leurs problèmes quotidiens. La nécessité de trouver un système parallèle pour s’en sortir les pousse à être ingénieux, à user de la modernité bien plus que nous : téléphones portables, Internet…Ils n’acceptent pas qu’un problème n’ait pas sa solution. Lorsqu’un Français n’a pas le papier nécessaire pour obtenir quelque chose, il ronchonne contre l’administration, à raison d’ailleurs, car il n’y a guère d’autres façons de procéder en France. Dans la même situation, un Égyptien cherchera automatiquement à faire sans le papier, et il trouvera très facilement des réseaux pour y parvenir.
Je ne dirais pas non plus des idées en Egypte qu’elles sont immobiles. L’extrémisme religieux est une minorité, des embouchés on en trouve partout dans les provinces françaises aussi, mais l’Egypte a ceci de précieux qu’elle accueille une quantité phénoménale d’étrangers expatriés, de touristes…Les idées nouvelles pénètrent donc régulièrement sur son sol, mais avec chocs et fracas parfois. La culture américaine et la seconde culture en Egypte (les films, la bouffe…). Tout cela ne suffit pas à créer une avant-garde efficace et intellectuellement noble, c’est certains. Mais l’Egypte bouge à son rythme, lentement, mais sûrement. Bouger ne signifie pas non plus obligatoirement avancer, cela veut aussi dire reculer, mais tout est relatif. Qu’est ce que le Progrès ? avoir élu Sarkozy en France est un progrès pour ceux qui pensent qu’il faut surtout avance sur le plan économique par la libéralisation du travail, sur le plan sécuritaire par plus de contrôle sur les mœurs. C’est un recul pour ceux qui pensent que le progrès passe par la Culture, l’Education, L’Art, la mixité culturelle…
Photogramme de la révolte des ouvriers dans "Metropolis" de Fritz Lang, 1926
17:25 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Libera me
Il est une phrase grecque de philosophie antique qui dès le jours où ce cher Monsieur Cotten l’avait inscrite sur un tableau vert sombre à la craie blanche dans une petite salle de la faculté des lettres de Besançon s’est comme gravé au fond de mon globe occipital pour ne jamais en sortir. De manière « translittérale » ça donne : Autarkeia kei autokalon.
Cet aphorisme, qui en gros veut dire « autofondé et autonome » est censé désigner Dieu… Mais cette idée m’a obsédé comme un but inaccessible, qui a le dont de frustrer terriblement.
Je me suis souvent dit qu’il était impossible de s’affranchir de ses automatismes, de s’abstraire de son contexte socioculturel, de la factualité dont parle Sartre, de l’habitus de Bourdieu, de tous ces innombrables et inextricables déterminismes génétiques ou sociaux qui font de nous le produit figé d’une histoire et de l’Histoire…
Et pourtant j’ai toujours en arrière plan, en plus de cette assertion grecque, un sentiment de liberté radicale. Je sais bien que ce sentiment est lui-même le produit de plusieurs déterminismes : les discours nihilistes et mon père, le résultat d’un cursus de philosophie et la pratique artistique, parfois intense selon les années, en plus de l’indépendance dès 19 ans… mais qu’importe, il n’en demeure pas moins que l’omnipotence que certains m’attribuent sur le ton de l’humour touchent probablement à quelque chose…
L’acte gratuit, impossible d’après Gide, n’en demeure pas moins la preuve qu’il est possible de dépasser le carcan des conventions et de l’habitus, ce qui devrait faire plaisir à l’ethnologue !
J’avoue parfois jouer sur le fil de l’impertinence avec un plaisir malin, simplement pour me prouver que je sais aller au-delà du carcan, que j’ose le faire, et qu’on me laisse le faire.
Et c’est cathartique !
Evidemment, je passe souvent pour un original, voir même un psychopathe, mais une fois ce jugement admis par mes interlocuteurs, ils se montrent d’une tolérance surprenante et savent mettre cette désinvolture et la créativité qui va avec au service des projets communs.
Alors pourquoi, si la force de cette liberté individuelle est admise, le monde est il de plus en plus unilatéral, conventionnel et uniforme ??????
Marie, je sais que nous avons le même attachement farouche à l’esprit critique et à l’indépendance d’esprit, est ce que tu n’as pas envie de faire du militantisme en ce sens en Egypte lorsque tu te confrontes à des immobilismes plus forts encore qu’en France ? J’ai parfois envie de crier pour réveiller tous ces dormeurs qui nous entourent ! Alors je cris, évidemment !
12:59 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03 juillet 2007
Blogs d'Expats
Un article sur les Blogs d'Expatriés français en Egypte, sur....
http://www.lepetitjournal.com/content/view/16396/1291/
15:02 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Blogs, Egypte, français, lepetitjournal, Le Caire, Marie Girod
25 juin 2007
Adultance de l'Expatriation
En ce qui me concerne, plus j’approche des 30 trente ans plus cela devient intéressant. Je n’éprouve aucune nostalgie envers ma jeunesse, il y a eu trop de moments détestables et plus cela avance moins je vois de positif là-dedans à part ce qui a tout de même fait de moi qui je suis, un être non pourri, mais bon, c’est du passé, et maintenant il s’agit de ne pas perdre les bons acquis, de ne pas se laisser dévaster par le passé, de maîtriser le présent et surtout pas l’avenir.
Quelque part, je suis née il y a deux ans, à mon arrivée en Egypte. Le reste, l’avant, c’est comme un code génétique, de l’inné : ma politesse trop formelle, mon éducation gustative, mon goût pour l’étymologie, ma répulsion pour la chaleur, mes idées utopiques…Bref, tout ce qui me vient de mes 27 ans en France et qui sont le naturel qui revient au galop chaque jour, ici. À cela s’est superposé un autre naturel, de nouvelles habitudes bien étranges : manger la viande et le poisson avec mes doigts, me luxer la hanche dés qu’il y a de la musique, regarder la TV française comme si c’était une autre planète, respecter l’idée de Dieu…J’ai encore du mal à croire que c’est moi parfois, mais c’est pourtant le cas.
J’ai encore des rêves à réaliser, mais ces deux dernières années j’en ai eu pour mon grade en hallucinations et ça continue, et ça continue…
Je n’ai pas peur de m’éterniser dans le Proche-Orient pendant la trentaine. Qu’ais-je de mieux à faire que de continuer à être témoin, mon activité favorite, d’un monde hallucinant : Tout est sous mes yeux au Caire ou presque : la géopolitique arabe (la star du début du XXI ème siècle), le cosmopolitisme, la richesse à dégueuler, la pauvreté qui remet en place, le spirituel, le religieux, l’injustice, le désespoir, le rire et le sourire, la joie dans le malheur, la naïveté et le pessimisme, l’apolitisme et le nihilisme, la corruption et l’administration, la bouffe Thaï, le Mac Do, Fauchon, les Shawermas et Awawchis, et la Crêperie bretonne, Les Maserati et les Peugeot 505 Break, la mer Rouge et les mers de sables, l’eau d’Evian et l’eau du Nil, la nuit et le jour….Tout ça pour dire que dans la cour des miracles, cette Babylone moderne, j’aurai toujours à penser, à manger, à boire, à faire en option…
Je suis témoin et cela me plait, témoin de la vie des autres, et de la mienne.
Précédemment, je philosophais dans le boudoir, une bibliothèque bien garnie, du thé, un coussin calé dans le dos. Aujourd’hui c’est plutôt du reality show, je passe 12 heures par jour minimum à être témoin : lecture quotidienne de la presse internationale, en France, en Egypte, lecture des blogs, visionnage de France 24, Al Jezira, Dubaï TV, interview pour des articles : artistes, éleveur d’Autruches, vendeur sde bouquins…Observation en terrasse de café, baladi, Centre culturel français, ou le jardin de Mariott (ou endroits secrets, qui restent secrets car la meilleure observation se fait en tout anonymat derrière des lunettes noirs pas discrètes), ainsi je balaye l’éventail de la société en Egypte (celle qui va dans les cafés, et c’est la plupart). Lorsque je suis en action, c’est moi l’observée, et que ce que les Égyptiens en pensent ? J’ sais pas. Sans doute que je dois passer pour une tarée à leur yeux bien des fois. Mes petites bourdes de nanas tête en l’air passent encore en France on apprécie une certaine fantaisie dans le comportement, mais ici, je suis indécodable.
Et je fais quoi de tout cela ? Je me délecte du grouillement de la vie sur terre, de la capacité de l’être humain à aller du bien au mal, du mal au bien. Je n’ai pas d’idée là-dessus. L’homme est-il un être de bien ou de mal a priori ? Sûrement ni l’un ni l’autre et c’est pas si défrisant que cela.
Témoin mais pas moins actrice. Quelque chose a t-il vraiment changé en moi ? Oui. Si Dieu ne m’est toujours pas connu ni reconnu, je ne le tolère pas moins, et ne le respecte pas moins. Le bain tantôt spirituel, tantôt religieux, tantôt extrémiste, m’a mis face à Dieu d’une certaine façon, voire à mes côtés. Disons que j’ai appris à le respecter à travers les croyants et pratiquants que je respecte via l’affection que je leur porte. Finalement on ne peut pas rester bien longtemps complètement en dehors de cela, même si on est athée. Je vis avec Dieu d’une certaine façon, je vois qu’il fait du bien à certains, qu’il est très présent dans leur vie, irréfutable, alors pourquoi continuer à le bannir. Je n’en ai pas besoin, mais je lui accorde enfin une place en ce monde, dans le mien. Comme par magie, cette évolution m’a fait comprendre beaucoup de choses et m’a rendu certainement plus tolérante. Je confesse au passage un certain extrémisme anti-religieux de ma part, dans le passé. Dommage que ceux qui ne m’ont pas connu jadis, n’ayant pas de moyen de comparaison, me trouve par conséquent très matérialiste et peu flexible. Je ne peux les blâmer de ne pas avoir été témoin du chemin que j’ai parcouru.
Ce qui n’est pas évident est ici : vivre comme si on existait que depuis deux ans, car on a pas de traces du passé : pas d’ancienne école, pas de premier vélo, pas d’ancien instit, pas sa famille, pas ses vieux potes. Mon passé est mon secret, ma tombe, on ne peut me comparer que sur une échelle de deux petites années et cela n’est définitivement pas assez pour me juger, pourtant je ne suis pas exempt de jugements trop prompts et donc faussés. Heureusement, certains me surprennent lorsqu’ils parviennent à me lire, à deviner quelque chose de mon passé que je n’ais pourtant pas révelé. C’est drôle d’être parfois traité comme une enfant qui a tout à apprendre, la langue, les coutumes, comme si je n’avais rien fait de ma vie auparavant.
Alors tu vois Loïc, en ce qui me concerne, je ne sais plus bien sur quoi baser mon adultance, c’est plus que relatif en ce qui me concerne
02:31 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
24 juin 2007
adulte ?
Petit prologue sans lien, je pense bien à Marie ces dernières semaines puisqu’il ne cesse de pleuvoir, presque tous les jours, et le thermomètre reste raisonnable cette année, malgré les records de taux de CO2… Cette pluie en averses parfois aussi concentrées que le serait une cascade et l’humidité fraîche qui l’accompagne ne manquent pas à chaque fois d’évoquer notre Franche-Comté commune et les jours de pluie battante que nous aimons tant.
Je lis avec avidité les posts de Marie depuis le Caire et la soif de liberté qu’ils expriment. C’était un pari osé d’aller là-bas pour se sentir libre et c’est une réussite. Je lis avec passion la plume affûtée de Pierre-Yves qui par delà une certaine mélancolie nous offre des envolées lyriques et exprime lui aussi une assurance et une liberté radicale.
Rien de tout ça avec moi ! Mais j’avoue sentir un besoin récurrent de relâchement ou de divertissement après toutes ces années si sérieusement concentré sur mon double objectif de boulot et de cursus universitaire. J’arrive à la fin de la thèse et le boulot semble bien parti lui aussi, reste à trouver un nouvel équilibre…
Je me dis que c’est peut être tout bêtement ça devenir adulte… et il est vrai que je me suis pris une claque quand j’ai compris que j’avais définitivement changé de statut… Le déclencheur a été lorsque le beau Patricio, un ami à qui je tient même si on se voit rarement, m’a appelé pour m’annoncer la naissance de son fils… évidemment j’y suis allé de mes petites phrases cyniques sur les enfants et ce que je pense de la paternité… mais qu’à cela ne tienne, un à un mes proches expriment leur désirs d’enfant, ou pire, le concrétise… Il faut dire que la plupart sont proches ou ont récemment dépassé les trente ans…
Le second élément de contexte qui a participé à cette prise de conscience, ce sont mes amis plus jeunes que moi, les premiers, parce que j’avais l’éternelle habitude d’être toujours le plus jeune… mais c’est fini, que ce soit Sébastien ou Thomas, tout deux ont trois ans de moins que moi et ont tendance à me prendre pour référent ou pour conseil sur leurs choix d’avenir. Le rôle qu’ils me donnent en faisant cela, s’il flatte mon ego hypertrophié, n’en signifie pas moins que je suis passé de l’autre côté de la barrière à leurs yeux…
Le plus fou c’est que je ne l’ai pas vu venir, la limite entre la « jeunesse » (les fameux moins de 25 ans) et la classification adulte. Pourtant, toutes mes actions de ces dernières années, la stabilité de ma relation avec Olivier, mon acharnement à trouver un emploi stable intéressant et ma constance dans les études tendaient vers cette situation. Une fois quasi atteinte, je suis un peu surpris parce que je n’ai pas prévu ce qui se passerait « après ». Cela signifie peut être que le champs des possibles s’ouvrent à nouveau, sur un horizon totalement différent, et que donc une nouvelle forme de liberté est à tester, libéré des angoisses du lendemain et du compte bancaire en perdition ? Aurai-je enfin le temps de me mettre aux occupations de loisirs que je repousse au lendemain depuis tant d'années ?
A suivre…
23:40 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
21 juin 2007
Auto Pub
En ligne encore pour quelques jours sur http://www.lepetitjournal.com/le_caire.html
CULTURE - "Danse, un rêve sur scène", une performance théâtrale de Sherif Al Morsi, le frère de mon boyfriend, avec leur petit frère dans le rôle du dormeur, et mon amie Lulu en guest star.
A voir aussi (c'est mon Blog, alors je passe avant :-), les articles de mes collègues, dont l'une nous quitte sous peu pour vivre en Australie, Bon voyage Flavie !
"Tamer"
Photo Marie Girod
12:05 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sherif El Morsi, ludivine perrin, short feature dream, festival danse for theater 2007, cairo opera house
20 juin 2007
Good Bye Lulu !
Trois mois ? J’ai pourtant l’impression que c’était hier. Trois mois pour ma vieille pote Lulu, c’est assez pour être triste de me quitter, moi, le Caire et les autres, mais pas assez pour ne pas avoir envie de revenir. On a fêté ce départ du Caire, et retour à Paris, en tête à tête sur la terrasse du Nile Hilton, vue sur le Nil, le coucher de soleil, les pyramides au loin, sirotant des mojitos. Sur le chemin du retour de l’aéroport, vers 1h du matin, il faisait chaud, tout était calme aux alentours, j’avais le temps, alors je me décide à emprunter pour la première fois un bus de ville pour rentrer dans le centre du Caire. J’ai attendu dans le bus une bonne demi-heure, avec des passagers égyptiens sortant d’un vol quelconque, exténués. Lorsque le chauffeur a réapparu, il s’est aperçu que le système de bouteille de gaz qui sert à ouvrir et fermer les portes fuyait. En effet, cela sentait rudement mauvais. Il entrouvrit le compartiment des bouteilles et des vapeurs dynamiques s’exhalèrent. J’ai bien cru qu’on allait exploser ! Une fois rassurée (par quoi ? par rien, mais « incha’Allah » dans mon esprit a suffi), je me suis remise à respirer, on s’est mis en route.
Puis ce fut la découverte. Depuis deux déjà, je me rends chaque dimanche à Héliopolis dans le quartier du Sheraton : grandes avenues, grands immeubles, et rien d’autres. Autant dire que l’image d’Héliopolis que je cultive depuis ce temps est assez négative. Mais le bus a sillonné le vieil Héliopolis sur le chemin du Downtown, celui de l’époque coloniale. Mes yeux se sont écarquillé durant une demi-heure voyant défiler une cinquantaine de ces magnifiques immeubles aux balcons et terrasses en alcôves dentelées. Ils sont splendides et nullement noircis comme le sont les bâtiments plus haussmannien du Downtown. J’ai remarqué au passage qu’un café Starbuck avait élu domicile au rez-de-chaussée d’un de ces beaux immeubles, avec une grande terrasse. C’est Starbuck, mais c’est pas n’importe où. Remarquez, celui qui se trouve sur la place de l’Opéra à Paris est bien situé lui aussi.
Bref, pendant que Lulu grimpait dans son avion en partance pour Paris, moi je voyageais dans Héliopolis avec une réelle sensation de découverte.
Arrivée dans le centre, j’étais moins fière lorsque je me suis rendu compte que le bus ne s’arrêterait pas sur le midan Tahrir mais à la station de microbus derrière le musée archéologique. Pour ceux qui connaissent, c’est un parking infâme, sous des autoponts, entouré de grandes voies dont la traversée est suicidaire. J’ai eu toutes les peines du monde à trouver un chauffeur de taxi qui veuille bien me ramener chez moi, non loin, pour un prix normal, et m’inspirant la sécurité. Je l’ai quand même trouvé, et une fois dans les rues calmes de Garden City, j’ai eu un grand sentiment de Home Sweet Home.
Je suis sur mon balcon, il est trois heures du matin, il fait 27 degrés d’après le widget météo de mon dashboard. B est encore au boulot, de retour d’Alexandrie pour la couverture du concert de Souad Massi, merde, j’ai manqué ça ! Mais je ne manquerais pas celui de jeudi au Caire.
Heliopolis, Al Kurba.
02:08 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
13 juin 2007
Je vous avais prévenu...
Sarkozy ivre au G8
Vidéo envoyée par LesInsoumis
21:15 Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
09 juin 2007
Pour changer le monde … il faut le penser ! Une profession de foi.

photo Olivier Martin Delange
Les chiffres défilent dans mon crâne et se bousculent après une journée de boulot. Les flux financiers, (les exportations hier), les bilans CO2, CO, NH4 (etc.), les codes innombrables et ces alambiqués indicateurs de biodiversité de l’OCDE sur lesquels j’ai passé la journée en compulsant des données et des évaluation des services écosystémiques (Eco indicateur 99, UBP etc.)… En laissant ces chiffres dérivés librement le soir ou la nuit, bien souvent il en émerge des configurations pertinentes auxquelles je n’aurai pas autrement songé. Ces processus d’émergence des idées sont aussi bien valables en philosophie, en art ou en mathématique, peu importe, et je me surprends toujours à les considérer comme des effusions extérieures à mon propre esprit, comme des éléments étrangers qui apparaissent subitement ex nihilo. Je reste proche de la définition de l’intuition chez Descartes… Rétrospectivement je me rends bien compte du hiatus qu’il peut y avoir entre ce quotidien, je dirais même cette permanence, et la projection que je me faisais enfant de ma vie d’adulte ! Ce quotidien ne me déplait pas, loin de là, je me prends facilement au jeu et plus la recherche ou l’étude en cours est complexe et plus je me pique de passion pour mon sujet. Mais il est vrai que je suis loin de l’activisme tel que je l’imaginais, pour un résultat pourtant aussi solide, voire même plus encore ! Je croyais que la manière la plus efficace de mouvoir le monde, c’était d’agir. Je m’imaginais harponnant les baleiniers, guerroyer au fin fond du bassin du Congo contre les braconniers ou perpétrer des sabotages contre telle ou telle entreprise complice de crime contre l’humanité en détruisant les capacités de la planète à nous accueillir. Bien sûr, ces actions coup d’éclat ont leur efficacité médiatique et font avancer dans le bon sens, à condition d’admettre soit que la fin justifie les moyens soit que l’urgence légitimise ces engagements qui relèvent d’une éthique de la conviction, décriée par certains. Ai-je renié ces convictions en choisissant une orientation professionnelle plus conventionnelle ? Non, au contraire. J’aurai pu me laisser enfermer dans la tour d’ivoire de la théorie pure, prof de philo dont la seule révolution dans l’existence aura été de passer de l’autre côté du bureau, d’étudiant à professeur… si je ne douterai jamais de la nécessité de la recherche et de l’enseignement, ou même de l’indépendance de la recherche, mais je ne croirai jamais qu’elle peut se suffire à elle-même comme elle le fait trop souvent en France. Comment influer sur les décisions, même subrepticement, les orienter… la politique ? Non plus, trop soumises aux aléas électoraux et à des choix subjectifs sans compter sur le milieu délétère dans lequel elle s’exerce (mais j’avoue être parfois tenté), non, reste la figure la plus influente de notre modèle d’organisation sociale, celui que le politique, l’entreprise comme le citoyen écoute : l’expert. On me rétorquera que l’universitaire est un expert, oui, assurément, mais ses avis ne sont pas directement sollicités et souvent réduits à un seul domaine de compétence… non opérationnel. Il faut aller plus loin. Se battre aujourd’hui c’est frapper à coup d’email, de présentations Power Point et de rapports, de synthèse d’étude ou de note de service ! C’est ni plus ni moins la technique japonaise du « sabotage » telle que définie par Amélie Nothomb… ou plus trivialement être le vers dans la pomme… en infiltrant les milieux pollueurs ou les grandes institutions et en y distillant stratégiquement des idées vers un développement durable on peut réellement changer les choses à grande échelle avec les effets de levier qu’entraînent ces entités… (merci BD pour ces leçons de chose !), et on le peu d’autan mieux si c’est précisément votre fonction dans l’entreprise ! Ces sortes de « trafics d’influence » ne sont ni au détriment de la vérité scientifique, ni au détriment des entreprises ou des citoyens, au contraire. La réalité du changement climatique, des risques liés aux diverses pollutions et l’érosion de la biodiversité ne sont pas un mythe… les risques de santé publique, stratégiques, de communication, de développement et les risques économiques ne sont pas des moindres non plus avec ces enjeux écologiques. Reconsidérer l’économique de manière globale, en incluant les coûts environnementaux, et en anticipant sur ces changements, on peut, avec cet angle de discours, influer sur les pollueurs. Les entreprises ne sont pas destructrices par vocation, ce n’est qu’une conséquence de leur unique but, aussi monomaniaque et stupide que dangereux : l’argent. Alors en prouvant par A+B qu’elles gagneront plus d’argent en limitant au maximum leurs impacts négatifs sur l’environnement (les arguments ne manquent pas) alors on les tire par la corde sensible sur la voie d’un développement durable et l’action est possible à grande échelle. Je suis donc plus efficace comme cela que sur un bateau de Greenpeace ou enfermé dans une bibliothèque, je tisse ma toile de l'un à l'autre en lien avec le terrain de tous les enjeux... Par contre, les « experts » qui maîtrisent ces jeux d’influence peuvent bien entendu le faire au détriment de toute efficacité et de toute éthique au seul bénéfice de quelques-uns quand ce n’est pas que d’eux-mêmes… Mais bien sur, ces actions ne peuvent être cohérentes qu’en référence à une réflexion préalable sur les principes théoriques (éthique ?) qui président aux messages que les rapports cherchent à faire passer en toute objectivité… d’où la complémentarité de mes travaux universitaires…
16:27 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
08 juin 2007
Le monde est à portée de pensée…
Je laisse de côté la montagne de boulot en retard que j’ai accumulé et même s’il est déjà tard et que je travaille demain matin j’ai une irrépressible envie d’écrire, tellement irrépressible que je pianote à toute vitesse sur le clavier de mon portable, couché dans le lit, avec des écouteurs sur les oreilles et la musique à fond. C’est le genre de moment, d’heure et d’ambiance dans lesquelles je me sens le mieux.
Je réponds rapidement au dernier post de Marie, sur le travail. Je n’ai pas tout à fait le même regard. Bien sûr je ne vais pas me lancer dans un discours très en vogue chez mes ennemis politiques sur la valeur travail, je ne suis pas adepte de la pensée unique et la diversité des points de vue, et des styles de vie est primordiale à me yeux, mais mon expérience me pousse à croire que malgré les difficultés conjoncturelles et culturelles auxquelles ma génération fait face pour entrer dans le « marché du travail » il y a encore la possibilité de s’y épanouir, c’est juste que le coût d’entrée et les sacrifices nécessaires sont terribles. Je ne regrette pas de les avoir fait, c’est évident, mais Marie m’est témoin que cela m’a coûté un temps et une énergie que j’ai certes en réserve encore, mais qui nécessite un investissement que d’autres n’ont pas voulu faire, je les comprends. C’était juste une parenthèse pour nuancer un peu le tableau… Mais il est vrai que je sacrifie toute vie sociale à mes ambitions « sociales » justement, ce qui déclenche parfois des excès lorsque la soupape de sécurité cède.
En ce moment je redécouvre les joies de la musique, chose que je n’ai plus fais depuis des années. J’ai pris l’habitude des morceaux MP3 le long du chemin appartement/travail et souvent le soir, en séance de travail, enfin et surtout, mes amis m’ont collectivement offert la guitare de mes rêves pour mes 26 ans en avril et je me remets lentement à l’apprentissage… Je ne savais pas en jouer une seule note (j’ai fais du piano) mais j’ai toujours eu cette folle envie en référence à un des personnages légendaires de la famille, mon grand cousin Freddy, mort bien avant ma naissance, fils d’un colonel SS et de ma grand-tante qui malgré ce pénible héritage était d’une douceur extrême, artiste peintre et musicien. Je me rappelle encore de l’émotion de ma mère lorsqu’elle me parlait des visites qu’il lui faisait et qui égayaient ses journées d’enfant en lui apportant toujours un petit présent, comme cette boite ornée d’une image de Pimprenelle et Nicolas que j’ai sauvé de la décrépitude il y a quelque Noël en rachetant un cadre spécial pour protéger l’image. J’ai passé des heures à imaginer la vie de cet homme dont les tableaux ornaient les murs de la famille. C’est étrange, mais je crois que je n’ai jamais parlé de lui à personne à ‘extérieur de la famille… enfant, comme souvent couché sur la tombe de ce cousin éloigné (le cimetière était un terrain de jeu amusant), juste derrière la maison des grands-parents, j’avais forgé le vœux d’un jour me mettre à la guitare. A l’occasion de ces retrouvailles avec la musicalité je me remémore les textes étranges de Schopenhauer sur cet art qu’il imagine comme des trouées dans le continuum du vécu, des percées vers un ailleurs intellectuel. Ces expériences nous les avons tous fait, ces espèces d’évasions dans ce que les stoïciens appellent la « citadelle intérieure ».
Et voilà mon message : apprenez, lisez, vivez, votre citadelle intérieure est la seule imprenable richesse ! La mémoire et l’obsession pour la connaissance me donne parfois l’impression d’avoir le monde entier à porté de pensée. L’évasion est possible, et on n’est jamais seul ! La musique me le rappelle étrangement.
Juste un exemple : je me souviens de ma rencontre avec Montaigne comme d’un rencontre réelle. Lorsqu’un soir j’ai pris les Essais dans les mains, il y a huit ans déjà, j’ai ouvert ce livre sans savoir ce qui m’attendais et je ne l’ai plus lâché, je n’ai pas cessé un instant de lire avant de l’avoir terminé. Je n’en ai pas dormi pendant deux jours, le temps de parcourir ces 1300 pages en vieux français truffées de citations latines et grecques dans lesquelles d’ailleurs il a fait pas mal d’erreur et certaines mêmes sont de pures inventions de sa part !
Mais ces jours passées dans « le monde » de Montaigne, une œuvre intimiste, m’ont vraiment donné l’impression de le connaître personnellement, d’avoir discuté intensément avec lui pendant des heures. J’ai même dit à mes parents chez qui j’étais à ce moment là un truc du genre « j’ai passé la nuit avec Michel», ils n’ont pas tout de suite compris que le Michel en question se réduisait à un volume blanc de 14x15x10 cm environs… Depuis c’est un peu comme si je portais Montaigne en moi, comme tous les autres auteurs emmagasinés dans ma citadelle intérieure, et lorsque certains sujets ou événements font échos à son œuvre j’imagine les commentaires qu’il pourrait en faire. Virtuellement, je ne suis jamais seul !
J’ai l’impression d’avoir assisté aux cours de Hegel sur l’esthétique, à Berlin ou Heidelberg, il suffit que je me concentre un peu pour me proposer une reconstitution des cours délirants de Kant sur la géographie à Königsberg, je suis avec César croyant que le celtes ont réellement la peau bleue, je suis à Ur devant la grande Ziggourat, j’y assiste à une incompréhensible hiérogamie, une pensée plus loin j’écoute un homme en aillons faire un sermon sur une colline proche de Jérusalem, je croise Bergson dans les couloirs de l’institut catholique, Sade devant la Sorbonne, le lycée où il a fait sa scolarité, Camus hante un autre coin de ma mémoire, au même titre qu’un groupe Magdalénien dans la Dordogne exotique de cette période reculée, je vois cette famille qui la première a semé du blé sauvage sur les bords de l’Euphrate il y a 8 000 ans, cet autre encore qui a allaité un louveteau dans le cadre d’un pratique religieuse sans se douter que 11 000 ans plus tard ce geste initial aura permis la domestication du chasseur transformé en une sous espèce aux phénotypes si divers, j’imagine les exo planètes les plus invraisemblables, la poésie gigantesque d’une nébuleuse planétaire comme celle dite « du crabe », les bactéries thermophiles à partir desquelles on a développé la PCR, ou je pense même à une représentation de ce mystérieux L.U.C.A. (Last Universal Common Ancestor) etc. Le monde est à porté de pensée, il n’y a pas de limite à la citadelle intérieur, tour de Babel que la colère divine elle-même ne saurait faire s’effondrer…………………………………………………………………………………………………….
01:57 Publié dans II RESTE | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05 juin 2007
Cruauté Ô cruauté
Cette semaine dans le magazine télévisé « Envoyé Spécial », un reportage sur l’entreprise et les suicides.
Fait-divers ou nouveau phénomène social ?
Les accusées ? les grosses entreprises qui, pour maintenir leur niveau de profit, l’augmenter, suivre la compétition internationale, mettent la pression sur leurs employés, du simple ouvrier au cadre supérieur : des heures sup gratis, de l’humiliation, de l’injection de stress parce qu’on pense que c’est moteur…
Et l’on commence à se rendre compte que le stress, à haute dose, peut être destructeur…
Franchement, quel est le meilleur compliment que l’on puisse faire sur quelqu’ un ? Dire qu’il est gentil ? Non, trop facile, cela concerne un tas de gens, c’est banal.
Dire qu’il est créatif ? Non, ceux qui ont une tendance artiste sont automatiquement assimilés à des originaux, un peu rebelles, un peu bizarres…C’est forcément louche.
Dire qu’il est beau ? Non, c’est trop superficiel.
Dire qu’il est travailleur ? Oui, Bingo. La valeur Travaille, voilà le Graal ! Personne ne trouvera à y redire.
Car la notion de travail charrie aujourd’hui avec elle l’idée de docilité, de soumission. Un bon travailleur, c’est celui qui obéit, s’adapte, casse son originalité pour se mouler dans l’ambiance de l’entreprise, c’est celui qui se soumet à la hiérarchie, qui, par respect, troque son jean dans lequel il se sent tant à l’aise pour se serrer la glotte dans un col cravate pour saluer son patron. Le bon travailleur, c’est celui qui sait faire du mauvais travail parfois, pourvu que cela rapporte du fric à l’entreprise, pas d’éthique, pas de scrupules !
Mais, c’était comment avant ? Avant, il y avait des mineurs qui travaillaient 14 heures par jour, pour un salaire de misère et dans des conditions ignobles. Maintenant, il y a des cadres qui travaillent 14 heures par jour dans des cages à vaux insipides pour acheter une maison Bouygues et une 406. Quel Progrès !!!!
Rien à changer au final.
En réalité, l’humiliation commence dès la sortie de la fac. On vous annonce froidement que vous avez fait tout ce chemin pour rien, qu’il ne s’agit pas d’avoir lu plein de livres, mais qu’il faut s’adapter à la demande du marché, prouver sa motivation en bossant plus que les autres au début, accepter de quitter famille et patrie pour trouver l’opportunité là où elle est…Bref, futur travailleur, oublie que tu as une vie, des envies, et focalise-toi sur le seul domaine dans lequel la société te reconnaîtra et te félicitera, si tu joues le jeu, Travaille !
Il est amusant d’observer à l’œuvre les recruteurs qui ont la mémoire courte, qui ont oublié qu’eux aussi ont dû mettre leur orgueil dans leur poche pour en arriver là où ils sont. Ils se vengent, ni plus ni moins, il traite le demandeur d’emploi comme un coupable, qui, au banc des accusés doit justifier de tout ce qu’il a fait ou n’a pas fait dans sa vie, justifier de ce qui est jugé comme un point faible chez lui.
Non, le travail n’est pas une valeur mais une obligation. Il est dans de rare cas une passion.
Il est bien difficile de savoir si le travail, seul, peut conduire au suicide. Sûrement que s’il reste à sa place, non. Les dégâts commencent selon moi, quand il prend tout l’espace de la vie, empiète sur les loisirs, la famille, le sommeil…Lorsqu’il passe avant tout le reste et que cela n’est pas un choix.
Méfions-nous…Certains disent qu’ils veulent remettre les Français au travail ! Je ne crois pas qu’ils se contentent de faire baisser le taux de chômage, mais cela sous-entend qu’il y a trop de flemards. Et le flêmard, c’est la seconde bête noire après les immigrés…
01:14 Publié dans I LE CAIRE | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : valeur, travail, exploitation, travailleur, entreprise, suicide










